Le gaz de schiste ne sera jamais «sécuritaire», croit la ministre Ouellet

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La nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, assure que ses promesses électorales tiennent toujours. « Notre position est très claire : on veut un moratoire complet, tant sur l'exploration que sur l'exploitation du gaz de schiste. Et nous n'avons pas changé d'idée », a-t-elle lancé ce matin à l'entrée de la première réunion du Conseil des ministres du gouvernement Marois.

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Gaz de schiste
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(Québec) Même si elle veut confier l'étude environnementale stratégique sur le gaz de schiste au BAPE pour obtenir un portrait « indépendant », la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, penche déjà pour un moratoire permanent. «Je ne vois pas le jour où des technologies permettront une exploitation sécuritaire», a-t-elle indiqué ce matin à l'entrée de la première réunion du Conseil des ministres du gouvernement Marois.

Mme Ouellet a tenu à se rendre à pied au parlement, et non dans sa voiture de fonction. Ses promesses valent toujours, assure-t-elle. «Notre position est très claire: on veut un moratoire complet, tant sur l'exploration que sur l'exploitation du gaz de schiste. Et nous n'avons pas changé d'idée.»

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La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet.

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Le moratoire actuel est temporaire. Le Parti québécois attend les résultats d'études qui permettront d'obtenir plus d'information sur cette ressource controversée. Mme Ouellet a déjà indiqué qu'elle ne se fie pas à l'étude environnementale stratégique commandée par le gouvernement Charest.

«Nous avons dénoncé le comité d'étude environnementale stratégique, où des gens sont directement en conflit d'intérêts. Comment voulez-vous avoir la confiance de la population quand des gens directement intéressés sont ceux qui prennent des décisions? Donc nous confierons au BAPE l'étude environnementale stratégique, avec un mandat élargi et des intervenants indépendants», a-t-elle annoncé.

À l'hiver 2011, un rapport du BAPE avait poussé le gouvernement libéral à décréter un moratoire partiel et à lancer une étude environnementale stratégique. Des 11 membres du comité, 2 provenaient de l'industrie et aucun des groupes environnementalistes. Devant la controverse, on avait ajouté au groupe un écologiste, François Tanguay. Cette nomination avait néanmoins «vivement déçu» plusieurs environnementalistes.

Même si elle pense déjà que les gaz de schiste ne pourront jamais être exploités sans danger, Mme Ouellet croit que cette étude reste nécessaire pour obtenir un portrait complet de la situation et ainsi «documenter ce que le PQ a dit» pendant la campagne électorale.

Hier, le nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Daniel Breton, a déclaré que «les verts sont au pouvoir». M. Breton a cofondé le Parti vert, le groupe Maîtres chez nous 21e siècle et la Coalition versKyoto.

Le ministère du Développement durable sera aussi responsable de la Faune. Il s'agit d'un important changement d'orientation. Cette responsabilité relevait auparavant au ministre des Ressources naturelles. 

Mme Ouellet, ingénieure et ancienne présidente d'Eau secours, a été chef des projets spéciaux à Hydro-Québec Production. Elle a tenu à rassurer les lobbys économiques qui s'inquiètent de voir autants de verts dans le gouvernement Marois. «Qu'ils ne s'inquiètent pas. J'ai travaillé 10 ans avec le secteur industriel du Québec. On a travaillé en très grande collaboration, et c'est ce que j'entends faire dans mes fonctions», a-t-elle affirmé. «Lorsque les règles vont être claires, ce sera le climat le plus propice pour les investisseurs», a-t-elle ajouté.

Bonne nouvelle, dit Steven Guilbeault

Steven Guilbeault, d'Équiterre, comprend mal l'inquiétude de l'industrie. «À part pour le ton, la position du PQ n'est pas si différente de celle du PLQ, a-t-il dit. Les libéraux avaient interdit les forages industriels et commerciaux. Ils les permettaient seulement à des fins scientifiques, autorisés par le comité d'étude. Mais ce comité a dit qu'il n'en ferait pas. Donc dans les faits, même si on n'utilisait pas le mot, c'était un moratoire en attendant le dépôt des études.»

Et par la suite, même si ce moratoire devait être levé, il n'est pas évident que l'industrie serait prête à exploiter le gaz de schiste au Québec. «Le prix de la ressource a beaucoup diminué. Déjà, plusieurs projets sont retardés ou abandonnés ailleurs. Par exemple, en Colombie-Britannique, l'industrie a récemment mis à pied 5000 employés. Lucien Bouchard (président de L'Association gazière et pétrolière du Québec, NDLR) peut bien déchirer sa chemise, mais aucun projet n'est prévu pour bientôt au Québec.» 

L'environnementaliste défend la nomination de Mme Ouellet et M. Breton: «Depuis des décennies, on nommait des gens sans expérience en environnement, mais on insistait pour qu'il y ait un ministre solide aux Finances. Et là, scandale: on nomme un écologiste à l'Environnement. Ce n'est pas cohérent. L'élite économique veut le beurre, l'argent du beurre et la crémière!»

«Étonnant», dit Boisclair

André Boisclair, consultant en développement stratégique et affaires publiques notamment pour la gazière Questerre, ne comprend pas la déclaration de Mme Ouellet. «Cela m'étonne. Au Québec, 30% du gaz qu'on consomme vient de gisements non conventionnels (et donc exploités par fracturation hydraulique) de l'ouest canadien. Sa déclaration laisse entendre que ce gaz n'est pas produit de façon sécuritaire.» 

L'industrie réussit à bien y encadrer l'industrie, estime le consultant et ex-chef du Parti québécois. Selon lui, le risque y est acceptable pour la population.

Il se réjouit toutefois que le PQ veuille mettre sur pied une nouvelle politique énergétique. «Le Québec est un grand consommateur de mazout lourd. Le gaz constitue une bonne solution de remplacement. Je suis pour les énergies renouvelables, mais elles n'ont pas besoin de s'opposer au gaz de schiste», soutient-il. 

Le cas du Québec est particulier, répond M. Guilbeault. «Pour un État qui consomme du charbon, le gaz de schiste est un moindre mal. Ce n'est pas le cas au Québec. On a d'autres sources d'énergie. De plus, nous avons des surplus énergétiques.»  

Autres défis de la ministre Ouellet

Outre le gaz de schiste, plusieurs dossiers importants sont sur la table de Mme Ouellet. Le PQ veut changer la Loi sur les mines et le régime de redevances, déclasser puis fermer la centrale nucléaire Gentilly-2 et annuler le prêt de 58 millionsd e dolalrs consenti à la mine d'amiante Jeffrey. Cette dernière mesure pourrait coûter des millions au Québec.

«On veut faire du bon développement économique qui va profiter à l'ensemble de la collectivité. Il y a des choix que vous connaissez très bien, où on a décidé que ce n'était pas dans l'intérêt des Québécois et Québécoises. Je pense en particulier au gaz de schiste», a expliqué Mme Ouellet.

Elle a souvent critiqué le Plan Nord du gouvernement Charest. La Société du Plan Nord verra-t-elle le jour? «Je n'en suis pas là encore. On va regarder le détail. J'ai parlé à des sous-ministres, mais on va s'asseoir et discuter», a-t-elle répondu.

Vandal restera-t-il à Hydro-Québec?

Le patron d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, gardera-t-il son poste? Mme Ouellet, ministre responsable de la société d'État, n'a pas manifesté grand enthousiasme et a préféré réserver ses commentaires.

M. Vandal, ancien président de la commission politique du Parti libéral du Québec, est en poste depuis 2005.

L'automne dernier, M. Breton a porté plainte à la Sûreté du Québec contre le gouvernement Charest, qu'il accusait d'avoir commis «le vol du siècle» en vendant à Pétrolia les permis d'exploration pétrolière à Anticosti que détenait Hydro-Québec. M. Vandal a prétendu que la société d'État ignorait le potentiel pétrolier lors de la vente. M. Breton a quant à lui abandonné cette démarche depuis qu'il s'est joint au Parti québécois.

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