Le pari solaire de l'Ukraine pour Tchernobyl

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Un immeuble à logements abandonné à Pripiat, près de Tchernobyl.

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Oleksandr SAVOCHENKO
Agence France-Presse
Kiev

Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l'Histoire, transformé en gigantesque parc solaire? C'est le pari des autorités ukrainiennes, qui misent sur ce symbole fort pour attirer les investisseurs étrangers.

Le projet peut sembler surréaliste à ceux qui ont gardé le souvenir du drame de Tchernobyl et des conséquences désastreuses qu'il avait entraînées pour toute forme de vie.

Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl, situé dans le nord de la république socialiste soviétique d'Ukraine, explose, contaminant une bonne partie de l'Europe. Et dans un rayon de 10 kilomètres autour de la centrale, fermée en 2000, le niveau de radiation atteint toujours 1700 nanosieverts par heure, un chiffre 10 à 35 fois supérieur à la norme observée aux États-Unis.

«Bien sûr que ce territoire n'est pas convenable pour un usage agricole, mais la zone est adaptée pour des projets d'innovation et de recherche», justifie le ministre de l'Ecologie, Ostap Semerak, dans un entretien à l'AFP.

6000 hectares disponibles

D'ici à la fin de l'année, deux compagnies privées doivent construire deux centrales solaires d'une puissance allant jusqu'à 3 mégawatts chacune. Elles seront installées sur une superficie d'environ 6 hectares.

C'est peu comparé aux quelque 4000 mégawatts produits par Tchernobyl à l'époque soviétique, mais il est prévu d'installer d'autres panneaux solaires dès 2017.

Les autorités ont indiqué qu'en tout 6000 hectares situés dans la «zone d'exclusion», qui se situe dans un rayon de 30 kilomètres autour du site accidenté, étaient disponibles pour construire le parc solaire, sans préciser combien d'énergie elles espéraient produire.

Actuellement, environ 50% de l'électricité est produite en Ukraine par des centrales nucléaires et près de 40% par des centrales thermiques, alimentées principalement en charbon. Les installations hydroélectriques fournissent quant à elles près de 7% de l'électricité et les panneaux solaires moins de 1%.

«De nombreuses compagnies internationales sont intéressées par ce projet. Je pense qu'en cas de négociations fructueuses les projets pourront être lancés l'année prochaine», se réjouit M. Semerak.

Il estime que les sociétés étrangères seront attirées par la main-d'oeuvre qualifiée et par le fait que les terres situées dans la zone de Tchernobyl restent très peu chères, étant donné qu'elles ne peuvent pas être utilisées pour l'agriculture.

Trente ans après la catastrophe, la zone, qui a été abandonnée par ses habitants si ce n'est une centaine de personnes âgées revenues après le drame, s'est d'ailleurs transformée en une réserve unique où prospèrent animaux et flore sauvage.

Le ministre de l'Écologie a déjà présenté le projet à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Fin juillet, cette dernière a indiqué qu'elle pourrait «envisager de participer au projet à partir du moment où des propositions d'investissements viables sont faites» et des réponses apportées concernant les risques environnementaux.

«Beaucoup d'argent»

Pour les analystes, le projet paraît «techniquement» viable.

«Les conditions climatiques et la quantité de rayonnement solaire sont meilleures en Ukraine qu'en Allemagne, où l'énergie solaire est très répandue. De ce point de vue, la zone d'exclusion est adaptée à l'énergie solaire», indique Dmytro Loukomski, directeur exécutif de la société ukrainienne Rentechno, spécialisée dans les énergies renouvelables.

De plus, les infrastructures héritées de la centrale accidentée, notamment les lignes à haute tension, sont encore sur place et utilisables, ce qui représente un atout non négligeable.

«C'est un facteur très important, étant donné que l'électricité produite par les parcs solaires doit être transportée aux consommateurs», dit l'expert.

Il ajoute cependant que le projet «va nécessiter beaucoup d'argent». «Si des investisseurs s'impliquent, alors les perspectives sont assez bonnes. Sans investisseurs, les chances de réussite sont maigres», estime-t-il.

Et entre le conflit armé dans l'est rebelle de l'Ukraine, qui a fait plus de 9500 morts depuis son déclenchement en avril 2014, l'instabilité politique, et surtout la corruption endémique régnant dans le pays, l'Ukraine n'est pas en première ligne pour les investissements.

«En général, le climat (des affaires, NDLR) n'est pas attrayant», résume l'expert en énergie Oleksi Khabatiouk.

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