La lutte contre le changement climatique attendra chez ExxonMobil et Chevron

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ExxonMobil et Chevron restent les deux plus gros producteurs de brut au monde à résister aux pressions des défenseurs de l'environnement.

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Luc OLINGA
Agence France-Presse
New York

Les actionnaires d'ExxonMobil et de Chevron ont rejeté mercredi des propositions favorables à la lutte contre le changement climatique, un coup d'arrêt pour les militants écologistes dont la pression sur les deux majors pétrolières commençait à porter ses fruits.

Quelque 38,2% seulement des actionnaires d'Exxon ont approuvé, lors de leur assemblée générale annuelle à Dallas, dans le sud des États-Unis, une résolution demandant au géant texan d'évaluer l'impact financier des politiques publiques environnementales sur son activité suite à l'accord de Paris sur le climat.

Chez Chevron, 41% des actionnaires, réunis à San Ramon (Californie), ont soutenu la motion. Dans les deux cas, c'est un énorme progrès par rapport aux années précédentes où de telles propositions avaient été largement rejetées.

Une autre motion voulant contraindre les deux compagnies pétrolières à adopter une politique limitant le réchauffement climatique à 2°C par rapport à la période pré-industrielle n'a recueilli que 18,5% des suffrages exprimés chez Exxon et 8% chez Chevron.

Le rejet a également été massif pour une proposition portant sur la nomination d'un expert climat au sein des conseils d'administration respectifs des deux entreprises: elle n'a recueilli que 21% des suffrages chez Exxon et 19% chez Chevron.

Les conditions d'une victoire étaient pourtant remplies: plongeon des prix du pétrole, fonte des bénéfices et des dividendes et ouverture de multiples enquêtes aux États-Unis contre Exxon, soupçonné par l'État de New York d'avoir financé des études climatosceptiques.

Exxon et Chevron avaient recommandé à leurs actionnaires de s'opposer à ces résolutions déposées par des fonds de pension publics américains et britanniques et soutenus par d'importants actionnaires tels le fonds souverain de Norvège, le plus gros au monde, les banques européennes BNP Paribas, Natixis et HSBC ou encore les assureurs Axa et Aegon.

Au final, ce sont les fonds américains Vanguard, BlackRock et State Street, principaux actionnaires, qui ont fait la différence.

ExxonMobil et Chevron restent les deux plus gros producteurs de brut au monde à résister aux pressions des défenseurs de l'environnement car leurs principaux rivaux européens BP, Royal Dutch Shell et Statoil ont adopté des politiques pro-climat. 

Le pétrole moins lucratif 

«Suivant l'accord de Paris, le temps de publier les risques pour le climat est bel et bien arrivé et l'appel des investisseurs à cet effet est clair. On ne lâchera pas», veut croire Edward Mason, responsable des investissements pour l'Eglise d'Angleterre.

«Exxon a le devoir d'expliquer à ses actionnaires comment il va adapter son activité pour répondre aux efforts globaux de réduire la consommation des énergies fossiles», renchérit Pete Grannis, adjoint au contrôleur financier de l'État de New York à l'origine des propositions.

Les défenseurs de l'environnement demandent à ExxonMobil et à Chevron de réduire leurs investissements dans l'exploration de nouveaux puits pétroliers parce que, font-ils valoir, les nouvelles politiques environnementales vont rendre cette activité, première contributrice aux bénéfices, moins lucrative.

Les deux sociétés se défendent en expliquant que la demande énergétique va augmenter et qu'il faudra par conséquent satisfaire tout le monde et surtout proposer l'énergie à un coût abordable pour tous.

S'ils ont perdu cette importante bataille, les activistes écologistes ont réussi néanmoins à transformer les deux assemblées générales en tribunes pour sensibiliser sur les risques posés par les énergies fossiles.

«Des décennies ont été perdues à cause de la campagne délibérée de désinformation de notre entreprise», a fustigé Patricia Daly, une religieuse américaine dont la congrégation, basée dans le New Jersey (est), est actionnaire d'ExxonMobil. Agir contre le changement climatique est «une responsabilité morale. Exxon doit faire sa part», a-t-elle enjoint durant l'assemblée générale, réussissant à subtiliser un aveu inédit au PDG Rex Tillerson.

«Nous reconnaissons que les risques sont sérieux et exigent des mesures réfléchies», a admis le dirigeant. «Nous n'ignorons pas les risques. La différence est juste dans la façon dont nous approchons le problème», a-t-il fait remarquer.

Défaits sur le climat, les petits actionnaires peuvent se consoler avec l'adoption - 61% des suffrages - chez Exxon d'une motion permettant à des actionnaires minoritaires remplissant certaines conditions de nommer un membre de leur choix au sein du conseil d'administration. En 2015, une proposition similaire avait été approuvée chez Chevron.

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