«Il faut absolument agir» sur le climat avant 2020

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La communauté internationale est «au pied du mur», estime le climatologue Jean Jouzel, qui souligne qu'il faut «absolument agir» contre le dérèglement climatique avant 2020.

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Catherine HOURS
Agence France-Presse
PARIS

La communauté internationale est «au pied du mur», estime le climatologue Jean Jouzel, qui souligne qu'il faut «absolument agir» contre le dérèglement climatique avant 2020 et l'entrée en vigueur du futur accord de Paris.

Faute de quoi, le monde se dirigera vers un réchauffement de 3 °C, aux impacts dévastateurs, rappelle le vice-président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), alors que se tient à Bonn un nouveau round de négociations sur le sujet.

Q : L'accord espéré lors de la conférence de Paris en décembre doit prendre le relais du protocole de Kyoto pour l'après-2020. Quelle doit être la priorité de la négociation?

R : «Tout d'abord, il faut absolument faire quelque chose d'ici 2020. Si rien n'est fait d'ici 2020 pour infléchir les émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20 %, si on reste sur la tendance sur laquelle on est, alors, quoi qu'on fasse par la suite, on ira à + 3 °C (Les États ont pour objectif de limiter à + 2 °C la hausse du thermomètre, NDLR).

Car il y a un effet d'inertie. Donc, il faut faire quelque chose tout de suite.

Et c'est faisable : il suffirait que tous les pays regardent ce qu'ils font, fassent un peu d'efficacité énergétique. La preuve : selon une première évaluation de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), à confirmer, les émissions de CO2 auraient stagné entre 2013 et 2014, en grande partie grâce à la politique de la Chine. Ce serait la première année où croissance du PIB global et émissions de CO2 seraient découplées!

Ensuite, entre 2020 et 2050, il faudra diviser les émissions par deux, voire trois (entre moins 40 et 70 %) et arriver à la neutralité carbone (un bilan neutre, NDLR) à la fin du siècle.»

Q : Que pensez-vous des premiers engagements publiés par les États en matière de réduction d'émissions?

R : «On ne va pas avoir à Paris des engagements jusqu'en 2100; ça n'aurait aucun sens, car les technologies vont évoluer. Ce qu'on peut espérer de Paris, ce serait que les réductions d'émissions pour 2020-2030 soient compatibles avec la possibilité de rester à long terme à + 2°. Mais pour moi, intuitivement, les contributions actuelles des États ne sont pas assez ambitieuses pour cela. C'est pour ça que l'avant-2020 est très important, même si on en parle moins.»

Q : La bataille est âpre, en particulier autour du CO2 et des énergies fossiles...

R : «La stabilisation (du réchauffement) est directement proportionnelle à la quantité cumulée de CO2 dans l'atmosphère. Agir sur le CO2 est donc une condition nécessaire pour rester au-dessous de 2 °C.

On a déjà consommé environ 540 milliards de tonnes de carbone. Si on veut rester en dessous de 2°, il ne faudrait pas utiliser plus de 250 milliards de tonnes dans le futur. Au rythme actuel (d'utilisation des énergies fossiles), cela correspond à 25 ans!

Or les réserves de combustibles fossiles, c'est autour de 1500 milliards de tonnes. Donc, on est au pied du mur : si on veut limiter le réchauffement climatique à 2 °C, il faut laisser 80 % des fossiles facilement accessibles là où ils sont.»

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