Réchauffement: les souris québécoises se transforment

Souris à pattes blanches capturée par la biologiste... (Photo fournie par Alex Tran)

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Souris à pattes blanches capturée par la biologiste Virginie Millien

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Changements accélérés de leur morphologie. Migrations qui provoquent une compétition entre les espèces. Extinctions locales. Les souris québécoises réagissent fortement aux changements climatiques, selon une étude de l'Université McGill. Et ce qui leur arrive n'est qu'un baromètre des bouleversements qui secouent la planète.

Souris à pattes blanches... (PHoto fournie par Virginie Millien) - image 1.0

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Souris à pattes blanches

PHoto fournie par Virginie Millien

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Les souris québécoises réagissent fortement aux changements climatiques, selon une étude de l'Université McGill.

PHoto fournie par Virginie Millien

DES SOURIS DIFFÉRENTES

Vous ne le remarquerez pas si vous les voyez filer entre vos pieds au chalet. Mais les souris du sud du Québec sont différentes de celles qui épouvantaient votre grand-mère dans les années 50. Virginie Millien, biologiste et directrice de la Réserve naturelle Gault de l'Université McGill, au mont Saint-Hilaire, a comparé minutieusement les souris d'aujourd'hui avec des photos et des spécimens capturés il y a plusieurs décennies. Et découvert que le devant du crâne des souris est maintenant plus long et que leurs molaires ont reculé dans leur bouche. « Il y a très peu d'études qui documentent ce type de changements et il est difficile d'avoir un comparatif. Mais selon certains taux d'évolution connus, il semble que le rythme des changements est extrêmement rapide », dit la professeure Millien.

LE RÉCHAUFFEMENT EN CAUSE

Pourquoi les souris se transforment-elles si rapidement ? Pour Virginie Millien, l'hypothèse la plus probable est claire : les rongeurs tentent de s'adapter au rythme implacable des changements climatiques. « Le devant du crâne comporte tout un système d'os qui est poreux et qui sert de système de ventilation », explique la scientifique. Le fait qu'il soit plus long n'est donc pas surprenant : quand le climat se réchauffe, quoi de plus logique que d'agrandir son système de ventilation ? Quant au recul des molaires, la professeure Millien l'attribue à l'alimentation qui se modifie, encore une fois à cause des bouleversements provoqués par les changements climatiques. « Au mont Saint-Hilaire, le sous-bois a presque disparu à cause de la densité de chevreuils. On le constate visuellement : la végétation a beaucoup changé », dit-elle.

UN RENVERSEMENT DES ESPÈCES

Un autre changement majeur s'est produit chez les souris du mont Saint-Hilaire. Dans les années 70, les données historiques montrent que 90 % des souris qu'on y capturait étaient des souris sylvestres, contre 10 % de souris à pattes blanches. Aujourd'hui, cette proportion est complètement inversée, si bien que 90 % des souris observées sont des souris à pattes blanches. « C'est un cas typique de compétition entre les espèces provoquée par le réchauffement climatique », dit Virginie Millien. Les chercheurs ont montré que l'aire de distribution de la souris à pattes blanches, un animal historiquement plus à l'aise au sud, monte de 10 kilomètres par année vers le nord. « La souris à pattes blanches est en mode migration-colonisation. Elle est beaucoup plus agressive et opportuniste que la souris sylvestre, qui voit arriver son voisin du sud sans y être préparée. Il n'est donc pas surprenant d'observer un déclin de la souris sylvestre », dit la chercheuse.

EXTINCTIONS ET DIFFÉRENCIATIONS

Dans certains sous-bois québécois, la souris à pattes blanches a déjà complètement chassé la souris sylvestre - une extinction locale qu'on appelle « extirpation ». Fait intéressant, Virginie Millien a montré que les changements morphologiques subis par les deux espèces de souris sont en train de les rendre de plus en plus différentes. « Une autre stratégie, en cas de compétition entre deux espèces, est de se différencier. Le fait que les deux espèces soient plus distinctes permet d'exploiter des ressources différentes et de diminuer la pression de compétition », explique la scientifique.

UN BAROMÈTRE

Ce qui arrive à la souris est loin d'être unique. Partout sur la planète, les changements climatiques poussent les espèces à coloniser de nouveaux territoires, à entrer en compétition avec de nouvelles espèces, à changer leur morphologie pour s'adapter à la fois au nouveau climat et aux nouveaux venus. « C'est le paradoxe de la biodiversité. Dans les régions du nord, on voit une augmentation du nombre d'espèces à cause de celles qui viennent du sud. Mais cette augmentation sera ensuite suivie d'une série d'extinctions pour retrouver le nombre d'espèces qui peut être supporté par l'environnement », dit Virginie Millien. Et pendant que tout le monde migre vers le nord, les perdants sont ceux qui se trouvent à l'extrême nord et qui, eux, n'ont nulle part où aller.




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