Hiver fatal pour les abeilles québécoises

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Cette photo a été prise chez Miel anicet, à Ferme-Neuve.

OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

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Le printemps est souvent un moment de réjouissances pour les apiculteurs du Québec, qui ouvrent leurs ruches et laissent leurs abeilles trouver le chemin du pollen. Cette année, la fête est pas mal plus sombre. L'hiver a été fatal dans plusieurs colonies, et certains producteurs ont perdu plus de la moitié de leurs abeilles.

« Le téléphone ne dérougit pas ici », raconte Anicet Desrochers, qui produit des reines à Ferme-Neuve, dans les Laurentides. « Les gens ont perdu entre 40 % et 80 % de leurs colonies, dit-il. Et pas des amateurs ! » Malgré tous ses efforts, il ne pourra répondre à la demande de ses collègues qui sont trop nombreux à rebâtir des colonies complètement décimées. Anicet prépare 10 000 reines annuellement, mais il y aura pénurie.

Le phénomène touche l'ensemble du Québec, et il y a autant d'hypothèses que d'apiculteurs. La Fédération des apiculteurs du Québec confirme cette situation atypique observée dans plusieurs régions. 

À la ferme Les Trois Acres, on vient de lancer une campagne de sociofinancement pour compenser la perte : 80 % des abeilles sont mortes durant l'hiver. Le couple d'apiculteurs de Dunham doit acheter 150 ruches pour maintenir sa production. « On ne comprend pas ce qui est arrivé », s'interroge Liliane Morel. D'autant que les colonies étaient en pleine santé à l'automne. L'apicultrice discute avec des collègues, chacun cherche à comprendre la situation. 

Des 20 % de ruches qui restent aux Trois Acres, probablement que la moitié ne produira pas de miel, car les abeilles sont trop faibles, confie Liliane Morel. Heureusement, la récolte de miel de 2017 avait été excellente. 

Que s'est-il passé ? 

La science apicole n'est pas exacte, et plusieurs facteurs influent sur le taux de survie des abeilles. On a beaucoup parlé du varroa, ce parasite meurtrier, et de l'impact des néonicotinoïdes ces dernières années pour expliquer la mortalité inhabituelle des butineuses. 

« C'est toujours multifactoriel », précise Anicet Desrochers d'entrée de jeu. Par exemple, dans certaines régions, il y a eu peu de neige et beaucoup de vent l'hiver dernier, ce qui n'a pas aidé les abeilles. 

Cette fois, en plus, les températures élevées de l'automne semblent bien être en cause. Normalement, au Québec, les apiculteurs ferment leurs ruches à la mi-septembre, selon les régions et la température. On laisse les abeilles aller en semi-hibernation (elles ne dorment pas vraiment) en les traitant et en leur donnant de la nourriture sucrée qui leur permettra de passer l'hiver. Mais les automnes chauds des dernières années ont peut-être joué contre les apiculteurs. Le comportement des abeilles a changé, ce qui a mené à l'épuisement d'un nombre anormalement élevé d'entre elles. De nombreuses abeilles n'ont pas passé l'hiver, malgré les soins des apiculteurs. 

Selon Scott Plante, de la Fédération des apiculteurs du Québec, dans certains cas, les premières abeilles à avoir quitté la ruche au printemps étaient trop vieilles et trop faibles. 

À Ferme-Neuve, Anicet Desrochers a rapidement flairé le problème, tôt au printemps. « Je pensais que j'en perdais 40 % ou 50 % », raconte-t-il. Il a décidé de retarder l'ouverture des ruches, pour que ses abeilles soient à la chaleur, et leur a fourni le sucre dont elles ont besoin à l'extérieur pour qu'elles puissent d'elles-mêmes le consommer lorsqu'elles seraient prêtes à quitter la ruche. La stratégie a porté ses fruits : l'apiculteur s'en tire avec 25 % de pertes, ce qui n'est quand même pas négligeable. Selon Anicet Desrochers, il va peut-être falloir modifier les techniques et la technologie pour s'adapter à ces nouvelles réalités climatiques. À la condition que ça en soit vraiment : qui peut dire que les conditions météo de 2018-2019 suivront celles des années précédentes ? « On va faire des tests », confie Anicet Desrochers, qui précise que la situation n'est pas unique au Québec. Plusieurs parties du Canada vivent avec des pertes importantes, les Prairies notamment, là où est produit la majorité du miel canadien. 

Heureusement, certains producteurs québécois ont eu plus de chance. Christian Macle, président d'Intermiel, dans la région de Mirabel, s'en tire avec 14 % de pertes, ce qui, dans les circonstances, est une excellente nouvelle. « J'ai fait exactement comme d'habitude », dit cet apiculteur qui travaille avec les abeilles québécoises depuis plus de 45 ans. Son entreprise compte maintenant pratiquement 10 000 ruches. Le secret de son succès ? Impossible de le dire, dit-il, puisqu'il n'a justement rien changé à ses pratiques. M. Macle croit que, peut-être, certains de ses collègues ont justement été trop audacieux avec ces changements de températures. Mais, dit-il, en apiculture, les années se suivent et ne se ressemblent pas.




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