Manchots d'Antarctique cherchent crevettes

Pilier de l'écosystème antarctique, le krill est un... (PHOTO NATACHA PISARENKO, ARCHIVES AP)

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Pilier de l'écosystème antarctique, le krill est un aliment de base pour plusieurs espèces animales, dont les manchots.

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Roland LLOYD PARRY
Agence France-Presse
ÎLE PETERMANN

Une armée de manchots affamés se dandine sur la glace de l'Antarctique avant de plonger dans l'eau froide. Mais le krill, petites crevettes dont ils raffolent, est moins abondant qu'auparavant, en raison de la pêche et du changement climatique.

Pilier de l'écosystème antarctique, le krill est un aliment de base pour les manchots, baleines et phoques. Selon les scientifiques, il commence à se faire un peu plus rare dans la péninsule occidentale de l'Antarctique, même si la tendance n'est pas encore confirmée pour l'ensemble du continent.

«Le krill est le mets incontournable de l'Antarctique, c'est une espèce clé pour tout le monde», assure Ron Naveen, qui dirige un groupe américain de recherche sur l'Antarctique, Oceanites, alors que derrière lui des manchots font entendre leur voix.

Ces crevettes translucides ont absolument besoin de la glace qui les protège et leur apporte les algues nécessaires à leur alimentation et leur croissance. Or celle-ci est de plus en plus fine, notent les défenseurs de l'environnement. La péninsule occidentale de l'Antarctique s'est réchauffée de trois degrés Celsius en un demi-siècle, s'inquiètent des ONG comme le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Conséquences: «un recul du front glacier» et «des changements dans les tendances de glaciation qui ont, selon nous, un impact sur les manchots», indique Steven Chown, biologiste de l'université australienne Monash.

«L'effet combiné de la hausse des températures, d'une acidité plus forte de l'océan et (...) des activités de pêche va créer une pression sur les populations de prédateurs qui se nourrissent surtout de krill», dit-il.

La pêche en partie responsable

Sur les glaciers bleus du continent gelé, des phoques à fourrure marron crient et se bousculent, et des baleines à bosse s'élancent au-dessus des flots, un spectacle magique pour les dizaines de touristes participant à une luxueuse excursion.

Au milieu des hordes de manchots papous, on aperçoit de temps à autre un manchot Adélie, les yeux cerclés de blanc, ou un manchot à jugulaire, qui doit son nom à la ligne noire visible sur sa gorge.

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le manchot Adélie et le krill font partie des espèces menacées par le changement climatique. Et «il se peut que la pêche du krill soit pratiquée trop près des zones de reproduction des colonies de manchots» et de celles «où les manchots se nourrissent», observe Ron Naveen.

Environ 300 000 tonnes de krill sont pêchées chaque année, selon l'UICN. Le krill est ensuite transformé en nourriture pour poissons d'élevage ou intégré à des gélules d'Omega 3, un complément alimentaire qui aide notamment en cas d'articulations douloureuses.

Les pêcheurs se défendent de mettre en danger cette espèce : le krill pêché ne représente que 0,5 % des 60 millions de tonnes avalées chaque année par les espèces marines de l'Antarctique, argue Cilia Indahl, responsable de la branche développement durable du groupe norvégien de pêche Aker BioMarine.

Pour limiter la nuisance environnementale, l'entreprise explique faire avancer au ralenti ses navires, équipés de filets spéciaux afin d'éviter de blesser ou d'attraper d'autres espèces. «Nous faisons aussi attention aux zones où nous pêchons, pour être le moins possible là où se nourrissent d'autres animaux comme les manchots et les baleines», explique Mme Indahl.

La Chine, la Russie et les autres

La pêche en Antarctique fait l'objet d'une surveillance spéciale par la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR), dont les pays membres (24, plus l'Union européenne) doivent s'accorder sur des questions sensibles comme les quotas et les zones interdites.

Certains pays ont proposé d'instaurer une grande zone protégée dans la mer de Ross, un endroit reculé et vierge abritant des espèces rares. La Chine a dit oui, mais la Russie, autre grande puissance de la pêche, refuse au grand dam des défenseurs de l'environnement.

Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, la Chine a donné son feu vert après avoir obtenu quelques changements pour parvenir à un meilleur équilibre «entre protection (des espèces) et usage rationnel des ressources».

Le ministère de la Pêche russe a, lui, déclaré à l'AFP que le système de régulation de la pêche, supervisé par plusieurs organisations mondiales, «répond pleinement aux exigences modernes concernant la préservation de la diversité et ne nécessite pas de changement radical».

La CCAMLR devrait mettre à jour sa régulation concernant la pêche du krill lors de son assemblée annuelle en octobre.

«Il va y avoir une bataille pour savoir si l'on maintient ou non une partie dédiée à la pêche du krill, qui protège actuellement des prédateurs comme les manchots», relève Andrea Kavanagh, responsable des projets antarctiques au sein de l'ONG américaine The Pew Charitable Trusts.

«Certains pays comme la Russie et la Chine ont dit, lors de l'assemblée l'an dernier, qu'ils ne voyaient pas le besoin» de la maintenir, déplore-t-elle, ajoutant: «Ils veulent être libres d'attraper autant de krill que possible près de la Péninsule Antarctique, y compris dans des zones très proches de colonies de manchots déjà en déclin depuis trois décennies», dit-elle.

Les défenseurs de l'environnement estiment qu'un accord sur des mesures de protection sera crucial pour l'avenir de l'Antarctique, l'une des dernières régions au monde complètement sauvages.

«Quand je suis ici, j'ai l'impression d'être sur la ligne de front du changement climatique», dit Ron Naveen.

Sa spécialité depuis 22 ans: compter les manchots.

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