Home: un film en retard sur son époque

Yann Arthus-Bertrand en action.... (Photo AFP)

Agrandir

Yann Arthus-Bertrand en action.

Photo AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est aujourd'hui la Journée mondiale de l'environnement, un événement qui permet annuellement, depuis 1972, de faire le point sur l'état de la planète. Pour marquer l'occasion cette année, le photographe Yann Arthus-Bertrand lancera simultanément dans une centaine de pays ainsi que sur l'internet un film très attendu, qui a déçu notre journaliste spécialisé en environnement.

L'homme a un impact sur l'environnement. Si, si, c'est le photographe Yann Arthus-Bertrand qui nous l'apprend dans le documentaire Home, qu'il signe avec le producteur Luc Besson.

 

Pendant un peu plus d'une heure et demie, le film nous fait faire le tour de la planète ou, plus précisément, des atteintes à la planète. Tout y passe, des ravages de l'agriculture, à la disparition des stocks de poisson, en passant par la fonte de l'Arctique et les inévitables gisements bitumineux d'Alberta.

Les images sont à la hauteur du talent du photographe, qui nous a habitués depuis près de 10 ans à des prises de vue hors du commun, souvent du haut des airs. L'empreinte écologique prend ainsi une dimension surprenante, déboussolante même.

Et pourtant, Home n'aura probablement pas l'impact du documentaire Une vérité qui dérange, d'Al Gore...

D'abord parce que les images sont si spectaculaires qu'elles ont pour effet de nous désensibiliser, de rendre presque beaux les dégâts faits aux écosystèmes, que ce soit les banlieues de Pékin aux allures de DIX30, la transformation de Dubaï en Disneyland des opulents ou même les rejets pétroliers de Fort McMurray, c'est dire.

Contrairement à son confrère canadien Edward Burtynsky, qui a réussi à transmettre le côté sombre des dommages environnementaux dans son superbe documentaire Manufactured Landscapes, Arthus-Bertrand se complaît malheureusement dans la beauté de ses propres clichés.

L'autre point faible du film, c'est qu'il se contente de mettre en images un constat archiconnu (l'homme détruit), sans aller plus loin. En ce sens, il dissocie nos comportements et leurs impacts, alors qu'Al Gore avait réussi à les rapprocher.

On sort ainsi pantois du film: face à la beauté des images certes, mais aussi face à l'ampleur de cette tâche qui semble soudainement hors de notre portée, sans solutions réalistes. Les yeux écarquillés, les bras ballants, nous sommes soudainement atteints du «syndrome du spectateur passif»: un crime violent est commis sous nos yeux, mais nous n'intervenons pas, la passivité de chacun étant confortée par l'inaction générale du groupe.

Pourtant, au coeur du battage médiatique qui a accompagné le film se trouvait un mot: «agir».

Yann Arthus-Bertrand soutient d'ailleurs avoir réalisé ce documentaire «pour inviter au changement». Il ajoute, dans le livre qui accompagne le film, que «nous savons très bien qu'aujourd'hui, les solutions existent» et que «nous avons tous le pouvoir de changer».

Mais comment? Mystère.

Et c'est là que le bât blesse. Une fois le générique terminé, le lien entre nos habitudes et leurs répercussions semble soudainement bien ténu et surtout, aucune solution ne semble à la hauteur du problème.

En ce sens, Home est un film en retard sur son époque. S'il y a deux ans à peine, la population était avide d'information sur l'environnement et sur les changements climatiques, elle cherche aujourd'hui des manières de faire une différence. Concrètement.

On peut certes déplorer le manque d'ambition des gestes qui sont faits, ou la vitesse avec laquelle les comportements évoluent, mais force est de reconnaître l'existence de cette volonté, à tout le moins, d'agir.

Or Arthus-Bertrand fait fi de cette ouverture et conclut en comprimant en quelques minutes à peine son message d'espoir, ses initiatives positives, son appel au changement. «Il suffit d'apprendre à cultiver le soleil», lance-t-il à la va-vite...

Comprenons-nous bien, Home mérite d'être vu pour la beauté des images et le message qu'il véhicule, à la manière des documentaires Le peuple migrateur, de Jacques Perrin, et La marche de l'empereur, de Luc Jacquet.

Mais il faut le prendre pour le documentaire esthétisant qu'il est, non pour l'appel à l'action qu'il prétend être.

Pour voir des extraits du film et en savoir plus: youtube.com/homeprojectfr

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer