Fantasia: la résilience du genre

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La comédienne Laurence Leboeuf joue dans Turbo Kid, film présenté les 23 juillet (complet) et 31 juillet dans le cadre du festival Fantasia.

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À l'image des zombies, monstres et autres vampires qu'on y croise souvent, le cinéma de genre a la couenne dure au Québec. C'est entre autres grâce au festival Fantasia, qui s'ouvre aujourd'hui.

Lindsay Peters le reconnaît d'emblée. Le cinéma de genre n'a pas toujours bonne réputation. Dites «cinéma de genre» et d'aucuns, encore aujourd'hui, y voient des oeuvres trash, des slashers, des têtes coupées, du sang giclant comme l'eau d'une fontaine dans un parc.

Bref, le cinéma de genre tarde à se défaire d'une tenace connotation péjorative et dépasse largement les frontières du film d'horreur de série B.

«Nous avons tellement à offrir, lance Mme Peters, directrice du marché de coproduction Frontières mis sur pied par les dirigeants du festival. Fantasia propose aussi des films pour le grand public.»

Difficile de la contredire. Au cours des éditions 2013 et 2014, Fantasia a présenté des titres tels Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf, 1987 de Ricardo Trogi, Les 4 soldats de Robert Morin. L'an dernier, on avait ouvert l'édition avec Guardians of the Galaxy, grosse production hollywoodienne. Et rebelote cette année avec Ant-Man, plus récent opus puisé au royaume des bandes dessinées de Marvel.

Le festival a connu une croissance fulgurante depuis sa première édition, en 1996. Cette année-là, l'événement alignait une soixantaine de longs métrages et avait été fait avec un budget de moins de 100 000$, se souvient son fondateur et président, Pierre Corbeil.

«Aujourd'hui, nous présentons environ 150 longs métrages et près de 300 courts, dont 175 du Québec, et un budget de 1,6 à 1,7 million de dollars, dit ce dernier. D'une seule salle - le Cinéma Impérial - en 1996, nous sommes maintenant au Théâtre Hall et à la salle J.A. de Sève de l'Université Concordia et à l'auditorium de la Grande Bibliothèque.»

Les premiers journalistes étrangers ont commencé à couvrir Fantasia en 1998. Cette année, il y en aura une soixantaine, dont deux du magazine Variety ainsi que des représentants de Screen International, Indiewire, The Hollywood Reporter et même du Wall Street Journal.

À cela, il faut ajouter que l'événement bénéficie maintenant de subventions versées par des organismes de fonds publics et que son marché de coproduction attire des poids lourds de l'industrie tels Blumhouse, Amazon, Gaumont, Wild Bunch, Kickstarter, Magnolia, Mongrel Media et eOne.

Faire sa place

Avec d'autres festivals, plus modestes, tels SPASM et Vitesse Lumière, Fantasia est donc un phare pour les créateurs québécois. Car la majorité des artisans du cinéma de genre travaille encore aujourd'hui avec des moyens limités.

«Moi, je fais tout, tout seul, dit le réalisateur Renaud Gauthier dont le film Discopathe a été lancé à Fantasia avant de faire le tour de plusieurs festivals dans le monde. Je travaille comme directeur artistique dans plusieurs productions et je mets mes sous dans mes films.»

«Les artisans de films de genre ont un grand besoin de créer, dit Jarrett Mann, directeur du festival SPASM. Ils investissent leurs économies dans leurs films, consacrent leurs vacances estivales à faire leurs projets. À l'image d'autres artistes, ils ont aussi des histoires à raconter.»

Même les projets plus importants ont parfois du mal à faire leur place. Parlez-en à la productrice Nicole Robert, de GO Films.

«Pour tous les films de genre que j'ai faits, j'ai eu beaucoup de difficulté à les financer, dit-elle. Par exemple, la SODEC n'a pas embarqué dans Sur le seuil. Pour Les 7 jours du talion, ni Téléfilm ni la SODEC ne voulaient embarquer. J'ai fait ce film avec mon enveloppe à la performance sur deux années, en réduisant le budget et avec une très grosse participation de Vision Globale.»

À la SODEC, on se défend de bouder le cinéma de genre. «Nous sommes ouverts à toutes les propositions. Mais comme le drame ou la comédie, le genre est analysé avec les mêmes critères: originalité et cohérence», indique Laurent Gagliardi, directeur au contenu.

Preuve que la SODEC s'intéresse au genre, dit M. Gagliardi, le prochain concours annuel Cours écrire ton court! s'adressant aux scénaristes de 18-35 ans portera sur le cinéma fantastique.

Turbo Kid: l'espoir

Depuis quelques mois, il y a de l'effervescence autour du genre québécois. Effervescence imputable à la sortie du film Turbo Kid réalisé par un trio de trentenaires doués: François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell. Lancé à Sundance, leur thriller post-apocalyptique fait un tabac partout où il passe.

Productrice du film, Anne-Marie Gélinas (EMA Films) a plusieurs autres projets de films de genre dans sa besace. «Il y a beaucoup de place pour élargir l'intérêt pour le genre, car c'est un cinéma participatif», dit-elle.

Participatif? Oui, dans le sens où il y a une relation de proximité entre les artisans des films et leur public. Les amateurs ne se font pas prier pour être figurants dans les oeuvres et lorsqu'un film est projeté en salle, il y a une interaction évidente entre l'écran et la salle.

Andrew Noble, qui est le conjoint de Mme Gélinas et vice-président chez le distributeur Filmoption (qui distribue Turbo Kid), estime qu'il faut donner la chance au coureur. «Si Fantasia est le festival de cinéma qui connaît actuellement le plus de succès à Montréal, c'est parce qu'il y a une soif pour ce genre de films», dit-il.

Pour Lindsay Peters, il est important que Turbo Kid ne soit pas vu uniquement comme un succès de genre. «On doit le considérer comme un succès du cinéma québécois. Il y a dans ce film l'indicateur d'une génération émergente de cinéastes qui sont prêts à travailler en dehors des circuits officiels et ont pourtant des projets très intéressants à offrir.»

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Le festival Fantasia se déroule jusqu'au 4 août.

Turbo Kid

Cote La Presse

1997, après l'Apocalypse. Secondé par un célèbre champion de bras de fer, un orphelin fou de bandes dessinées combat le chef des terres dévastées,...
Fiche du film
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