Atom Egoyan: déception sur la Croisette

Le réalisateur Atom Egoyan (à gauche) et son... (Photo: Reuters)

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Le réalisateur Atom Egoyan (à gauche) et son acteur Ryan Reynolds ont présenté The Captive en compétition.

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(Cannes) Dès qu'est monté le générique de fin à la toute première projection de The Captive, la déception était palpable. Des huées se sont même fait entendre. Les applaudissements étaient à peine audibles. Quelques minutes plus tard, alors que l'équipe se faisait attendre à la table des conférences de presse, les commentaires des journalistes n'étaient guère élogieux. Deux scribes français se disaient que depuis maintenant trop longtemps, «Egoyan, ça ne fait que descendre.» D'autres éliminaient d'emblée les chances qu'aurait le film de figurer au palmarès. «Le Canada a maintenant deux chances sur 18 pour la Palme d'or plutôt que trois», pouvait-on entendre.

La réalité n'est peut-être pas aussi cruelle. The Captive est quand même de meilleure tenue que Chloé. Mais il est clair que le cinéaste a du mal à retrouver la grandeur des films qui, d'Exotica à The Sweet Hereafter en passant par The Adjuster, ont marqué le cinéma mondial des années 90. La déception est d'autant plus grande que le cinéaste annonçait justement une parenté entre The Captive et ses films phares d'il y a 20 ans.

Mettant en vedette Ryan Reynolds, un acteur canadien qui fait carrière à Hollywood, The Captive relate l'enfer que vivent des parents dont la fillette est disparue sans laisser de traces. Huit ans plus tard, des indices laissent croire qu'elle serait peut-être en vie quelque part. De là s'enclenche tout un mécanisme dans lequel les forces policières seront impliquées, notamment les enquêteurs chargés des dossiers de pédopornographie.

Invraisemblable

Fidèle à son habitude, Egoyan s'interroge sur la place qu'occupent les images dans l'espace social, cette fois à travers les multiples écrans qu'a installés le pédophile (Kevin Durand) dans son bunker, histoire d'espionner tous ceux qui ont gravité autour de l'existence de la victime. Cette dernière, maintenant adolescente (et par définition maintenant peu attirante pour son ravisseur), trouve ainsi le moyen d'orchestrer peut-être sa propre évasion.

The Captive étant essentiellement un thriller, Egoyan installe son intrigue de belle façon dans la première partie du récit mais tombe rapidement dans l'invraisemblance et la caricature dans la seconde.  

Qui plus est, le cinéaste semble être tombé dans le piège hollywoodien sur le plan narratif. Vrai qu'une scène de poursuite entre deux camions pick ups est plutôt bien tournée, mais il reste que l'accumulation de dénouements heureux ne colle pas du tout à la réalité de ceux qui vivent de tels drames. Dans le genre, le Prisoners de Denis Villeneuve était de loin supérieur.  

«J'ai vécu dans une ville de la côte ouest canadienne, a expliqué Atom Egoyan hier. Une histoire similaire a eu lieu à l'époque. Chaque fois que je retourne là-bas, je vois des avis de recherche du petit garçon disparu. C'est ce qui m'a inspiré ce film. J'ai toutefois dû essayer des approches différentes. J'ai finalement retenu celle qui me semblait la meilleure: raconter l'histoire sous l'angle de trois couples: celui, véritable, que forment les parents; celui que forment Rosario Dawson et Scott Speedman dans les rôles d'enquêteurs; et celui créé par le ravisseur avec sa victime.»

Toujours préoccupé par la notion de vie privée à une époque où la technologie devient très intrusive, le cinéaste a aussi voulu explorer ce thème de nouveau et l'emmener plus loin. Dans The Captive, le ravisseur a même installé des caméras de surveillance dans toutes les chambres de l'hôtel de Niagara Falls où la mère de la victime (Mireille Enos) fait des ménages. Il peut ainsi regarder les images en circuit fermé depuis son bunker.

«Nous vivons dans un monde où nous sommes constamment observés, fait remarquer Atom Egoyan. Là, j'ai poussé cela à l'extrême mais qui sait si nous n'en viendrons pas là en se basant sur la même logique?»

Avec de bons cinéastes

De son côté, Ryan Reynolds indique que sa présence dans un film d'Atom Egoyan n'est pas vraiment due à un élan de solidarité nationale.

«J'aime varier les projets et je peux très bien enchaîner un drame indépendant à un gros truc hollywoodien, a-t-il déclaré. Je cherche surtout à travailler avec de bons cinéastes. J'exerce ce métier depuis 23 ans et je me suis enfin rendu compte que le cinéma est avant tout le médium du réalisateur. Atom est un cinéaste remarquable et l'histoire qu'il met de l'avant est très forte. Mes choix découlent uniquement de la qualité du projet qu'on me propose.»   

The Captive sera distribué au Canada par eOne/Films Séville. La date de sortie n'est pas encore fixée.




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