Ça sent la coupe: ça sent le succès

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On se plaint souvent que le cinéma québécois est trop hermétique, trop sombre, trop niché pour un public cinéphile. Ça sent la coupe, qui sera présenté en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois, le 22 février, avant de prendre l'affiche deux jours plus tard, est l'antidote parfait à ces récriminations récurrentes. L'exemple typique du film populaire rassembleur, fait d'humour fin et d'émotions subtiles. «Assez fort pour elle, mais conçu pour lui» (pour trafiquer le vieux slogan publicitaire).

Max (Louis-José Houde) est un inconditionnel du Canadien de Montréal qui a hérité de la boutique de souvenirs de hockey de son père, décédé il y a quelques années. Lorsque sa soeur (Julianne Côté), exilée depuis à Vancouver, rentre au bercail et que sa blonde (Émilie Bibeau) décide de le quitter sans avertissement, il est contraint à une soudaine remise en question.

Est-ce que sa passion pour le hockey - et ses amis aussi maniaques que lui - prend trop de place dans sa vie? Est-ce que sa relation amoureuse fanée peut refleurir sur de nouvelles bases? Halak ou Price? Le temps d'une saison de hockey 2009-2010 faite de hauts et de bas, et d'une peine d'amour jalonnée par une centaine de matchs - incluant les séries, mémorables -, Max tentera de répondre à toutes ces questions.

Une comédie dramatique sensible et intelligente

Ça sent la coupe parle de hockey, de couple, d'amitié, de relations père-fils, et met en vedette Louis-José Houde. On aurait voulu trouver une formule plus susceptible de faire vibrer les fameuses «cordes sensibles des Québécois» qu'on n'aurait pas trouvé mieux. Le film, adapté par Matthieu Simard de son propre roman, ne se résume pourtant pas à une recette. C'est une comédie dramatique sensible et intelligente, à la fois drôle et émouvante, qui sans révolutionner le genre, a tout ce qu'il faut pour plaire à un large public.

Son réalisateur, Patrice Sauvé, reste prudent lorsqu'on lui parle de potentiel succès populaire. Son premier long métrage, Cheech, une adaptation de la pièce de François Létourneau, a été reçu assez froidement par la critique en 2006. Et son deuxième long métrage, inspiré de la télésérie Grande Ourse - qu'il a aussi réalisée -, n'a pas eu le succès escompté aux guichets en 2009.

«Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais c'est comme si ça recommençait à sentir la coupe pour moi aussi!» reconnaît toutefois le réalisateur de 50 ans, révélé par l'excellente série télé La vie, la vie il y a 16 ans.

«Je n'ai pas le privilège comme certains de générer ma propre matière première. Je suis un vrai interprète. Un réalisateur plus à l'américaine.»

Ça sent la coupe marque-t-il une réconciliation entre lui et le cinéma, huit ans après son dernier film? «Il faudrait demander au cinéma!» dit Sauvé, qui s'est consacré davantage à la télé (Vertiges, Karl et Max) et à la publicité ces dernières années.

Ça sent la coupe se déroule pendant la... (photo Véro Boncompagni, fournie par Les Films Séville) - image 2.0

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Ça sent la coupe se déroule pendant la saison 2009-2010 du Canadien de Montréal.

photo Véro Boncompagni, fournie par Les Films Séville

La trame de Ça sent la coupe n'est pas particulièrement originale. C'est dans la justesse de ton, à la fois des dialogues, de l'interprétation et de la mise en scène, que le film de Patrice Sauvé se démarque d'autres oeuvres épousant les codes habituels de la comédie romantique ou du récit d'apprentissage.

Le scénario de Matthieu Simard, comme son roman, est structuré tel un journal intime autour des matchs du Canadien. «Je trouve ça intéressant dans la mesure où ça rythme la vie de Max (Louis-José Houde). C'est presque un dogme», dit Sauvé, qui se sert habilement de ce procédé narratif pour bien camper les allers-retours temporels.

Patrice Sauvé, qui n'est pas un joueur de hockey - il pratique plutôt le hockey bottine - , a été marqué, comme bien des Québécois de sa génération, par les succès du Canadien dans les années 70. «On sait peu comment être fiers et le Canadien, c'est quelque chose dont on est fiers depuis très longtemps», explique le réalisateur, qui a pris pleinement conscience pendant le tournage du vecteur social qu'est le hockey, et de son importance dans les relations père-fils au Québec.

«J'avais oublié à quel point ces moments-là, à regarder ensemble un écran, étaient des moments d'intimité avec mon père», dit-il, en faisait écho à la voix hors champ de son personnage principal, dont le récit prend la forme d'une longue lettre à son père. Ça sent la coupe est d'ailleurs dédié «À nos papas»...

Que le film trouve ou non un large public en salle, qu'il soit bien reçu ou pas par la critique, Patrice Sauvé considère qu'il s'agit de l'un des plus beaux tournages de sa carrière. «Je me sentais comme un chercheur d'or, dit-il. J'espérais que le récit se densifie et devienne plus vrai. J'espérais trouver le juste équilibre entre le comique et le dramatique. Comment faire pour que ça reste léger, tout en glissant vers la vérité?»

Le prospecteur a trouvé le ton qu'il fallait pour illustrer, sur fond de fanatisme sportif, la rupture amoureuse du couple embourbé dans la routine, les amitiés profondes, mais parfois improbables ou encore les difficultés du deuil, sans sombrer ni dans la caricature ni dans la lourdeur psychologique. Ça sent la coupe est un film doux-amer, cohérent, fluide et sans fausses notes. Qui a des odeurs de succès.

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Ça sent la coupe prend l'affiche le 24 février.




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