Bunker: huis clos avec, à la clé, le conflit de base du soldat

Bunker est «un faux huis clos, dit Patrice... (Photo: fournie par Films Séville)

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Bunker est «un faux huis clos, dit Patrice Robitaille (à droite). On sort souvent du bunker, mais, en même temps, le huis clos est total parce que les deux personnages se retrouvent enfermés avec leur histoire et leur combat devant la décision à prendre.»

Photo: fournie par Films Séville

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Daniel Lemay
La Presse

Dans la vie, Patrice Robitaille a toujours eu «un peu de misère avec l'autorité». Dans le film Bunker, son personnage de Gagnon est aux prises non pas avec l'autorité militaire à laquelle il s'est toujours soumis, mais avec le choix auquel font face tous les militaires des armées des pays démocratiques. Peut-il, comme individu, assumer l'ampleur des conséquences de l'exécution de l'ordre clairement détaillé dans la procédure de sa mission? Par contre, à quoi s'expose-t-il s'il refuse d'obéir à l'ordre en question?

Dilemme cornélien s'il en est, auquel est également confronté Tremblay, vétéran du bunker incarné par Martin Dubreuil. Traumatisé par l'expérience qu'il a vécue au Rwanda, Tremblay aborde la question d'une manière très différente de son compagnon d'armes, mais n'en porte pas moins le poids.

De la même façon, les deux acteurs ont abordé différemment leur préparation pour ces rôles de soldat. Chacun sa clé... Pour ce premier rôle principal dans un long métrage, Dubreuil a lu J'ai serré la main du diable, douloureux témoignage du général (devenu sénateur) Roméo Dallaire qui, il y a 20 ans, a participé à la mission des Nations unies au Rwanda dont il est revenu psychologiquement défait.

«J'ai aussi regardé beaucoup de films et de documentaires sur la guerre», nous a dit Martin Dubreuil, rencontré quelques heures avant la première de Bunker, la semaine dernière aux Rendez-vous du cinéma québécois. «Des productions américaines pour la plupart que j'ai visionnées avec un certain recul parce que je me méfie de l'approche gung-ho des Américains.»

Patrice Robitaille, de son côté, n'a lu qu'un seul document: le scénario écrit par Olivier Roberge et Patrick Boivin qui ont aussi réalisé Bunker. «L'armée est une affaire que tout le monde connaît», nous dira Robitaille qui a grandi à côté de la base de Valcartier, la plus grosse garnison en territoire québécois. «Je ne me sens pas obligé de faire de recherche documentaire, seulement de me poser, à la lecture du scénario, les questions que je me poserais comme spectateur.»

Des questions, Olivier Roberge et Patrick Boivin s'en sont posé pas mal en écrivant le scénario de ce film qui, à l'origine, devait mettre en vedette Antoine Bertrand (Louis Cyr) et Martin Dubreuil... dans le rôle de Gagnon. «Antoine avait beaucoup de projets et il nous aurait fallu retarder le tournage d'un an», explique Boivin, un crack du clip (23 millions de clics pour Dragon Baby en 2012). «L'arrivée de Patrice nous a obligés à réécrire le scénario.»

Un scénario où l'armée ne semble pas connaître la hiérarchie, pourtant son caractère essentiel. Gagnon et Tremblay sont-ils de rang égal, si oui, lequel? «Plus jeunes, explique Olivier Roberge, Patrick et moi, nous étions antimilitaristes; comme tout le monde de notre génération, on se disait «l'armée, ça ne sert à rien». Nos recherches nous ont fait évoluer sur ce point, mais Bunker n'est pas un film sur l'armée. Nous voulions montrer le conflit du soldat...»

«Un faux huis clos»

Sans insister sur le «petit budget» - 300 000$ - les scénaristes-réalisateurs soulignent qu'ils ont été obligés de réduire le «décor militaire» pour augmenter le nombre de jours de tournage: 23 jours au total, sur trois saisons dont l'hiver, la haute saison du bunker...

«C'est un faux huis clos», souligne Patrice Robitaille, qui se prépare à jouer Cyrano de Bergerac, l'été prochain au TNM. «On sort souvent du bunker, mais, en même temps, le huis clos est total parce que les deux personnages se retrouvent enfermés avec leur histoire et leur combat devant la décision à prendre.

«Le personnage de Martin, qui déploie une force incroyable, est celui qui fait avancer l'histoire. Quant à moi, j'ai essayé d'être à la hauteur de ce merveilleux métier qui me permet de faire à l'écran ce que je ne voudrais pas faire dans la vie...»

Martin Dubreuil, lui, a cherché comment réagirait un Québécois devant un choix semblable, de quels mots il se servirait pour s'exprimer son questionnement et son désarroi. «L'obligation de faire avancer l'histoire, finalement, m'a obligé à faire une job d'acteur...» Dans le prochain film de Maxime Giroux, Félix et Meira, le personnage qu'incarne Martin Dubreuil va «cocufier un juif hassidique du Mile End».

«Acteur dans la quarantaine cherche bunker solide dans Rosemont...»

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Bunker prend l'affiche aujourd'hui.




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