André Melançon, l'enfant du cinéma

Après Marcel Sabourin, Gilles Carle, Anne-Claire Poirier, Michel Brault, Denise... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Après Marcel Sabourin, Gilles Carle, Anne-Claire Poirier, Michel Brault, Denise Filiatrault, Michel Côté et plusieurs autres, au tour du cinéaste, scénariste et acteur André Melançon d'entrer dans la légende. Ce dernier recevra dimanche soir le prix hommage du 17e gala des Jutra saluant l'ensemble de sa carrière. La Presse l'a rencontré.

À Rouyn-Noranda, où il est né en 1942, André Melançon a découvert la télé vers l'âge de 13 ou 14 ans. Mais le cinéma l'a happé beaucoup plus jeune. Les sept (sept!) salles de cinéma de la ville étaient ouvertes tous les jours de la semaine et il les fréquentait assidûment.

Le coup de foudre avec le grand écran s'est cristallisé. Melançon est devenu un enfant du cinéma. Quarante-cinq ans plus tard, cet homme de cinéma sera honoré par ses pairs dimanche soir en recevant le Jutra-hommage.

«C'est une belle brochette, dit-il à propos des confrères et consoeurs l'ayant précédé dans cette catégorie très spéciale. J'accueille cet hommage avec émotion. Et je le dis sans aucune flagornerie.»

«Ce métier me rend heureux et je le vis régulièrement comme un privilège. Et là, c'est comme si on donnait une chaleur supplémentaire à ce privilège.»

Avant de faire du cinéma son métier, Melançon a séjourné un an au Pérou, où il a travaillé auprès des jeunes de la rue avant de revenir au Québec, où il a décroché un emploi auprès de délinquants mineurs au centre Boscoville. Durant cinq ans, il y anime des ateliers de théâtre et de cinéma alors que le mot «psychoéducation» fait peu à peu sa place dans notre vocabulaire.

«Mes six années en psychoéducation n'ont pas été un détour, dit-il. Parce qu'être psychoéducateur, c'est apprendre à regarder et à écouter. Comme c'est le cas avec le cinéma. Parmi les pionniers du cinéma québécois, Michel Brault nous a appris à regarder, tandis que Pierre Perrault nous a appris à écouter. Car chez ce dernier, le verbe dominait.»

Avec et pour les enfants

Lorsqu'il fait son premier film, en 1970, un documentaire sur Charles Gagnon, Melançon a 28 ans. Dans les années qui suivront, l'homme se fait, sans que ce soit un plan de carrière, une niche dans le cinéma avec et pour les enfants. En parallèle, il mène une carrière d'acteur. Arrive 1984 et La guerre des tuques, premier opus (en excluant Le Martien de Noël) des Contes pour tous produits par Rock Demers.

«Au début, il n'y avait pas d'agences de casting pour les enfants. Je trouvais mes comédiens en faisant le tour des écoles», se remémore Melançon en riant.

Interprète de Luc Chicoine, le héros de La guerre des tuques, Cédric Jourde, aujourd'hui professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, évoque avec chaleur le tournage de ce film-culte. «André a fait fi des trois conseils qu'on lui avait toujours prodigués, soit ne jamais tourner en hiver au Québec, ne jamais tourner avec des enfants et ne jamais tourner avec des animaux. En outrepassant ces sages conseils, il a contribué à faire un classique du cinéma jeunesse québécois. Il ne se passe pas une session sans que des étudiants m'en parlent. Et pourtant, ceux d'aujourd'hui sont nés 20 ans après la sortie du film!»

Amateur de Charlie Chaplin et d'Alfred Hitchcock, André Melançon sait être reconnaissant. Au cours de l'entrevue, il salue le programmateur Roland Smith, qui lui a fait découvrir Buster Keaton, ou encore Rock Demers.

Aujourd'hui, à 73 ans, il a toujours plusieurs projets en tête. Il travaille actuellement à un troisième court métrage parlant de violence conjugale, écrit un long métrage, enseigne le jeu devant la caméra à l'École nationale de théâtre, etc.

On le sait atteint de la leucémie depuis neuf ans. Il dit que le cancer est en rémission depuis 30 mois. «Mon médecin me dit que ma leucémie hiverne», raconte-t-il alors que sa chatte Charlotte, trouvée par sa conjointe Andrée Lachapelle, se prélasse à quelques pas de lui.

Comme d'autres, il se réjouit de la force et de la singularité du cinéma québécois. «On parle de crise et de chiffres. Alors que le cinéma, ce sont des images, des mots, de la musique. Je regarde le bilan de ce que nous faisons et je me dis que nous sommes des battants.»

Ses projets historiques

André Melançon s'est aussi intéressé à l'histoire du Québec, à travers son film sur le felquiste et leader communiste Charles Gagnon et les séries Cher Olivier et Asbestos. «Gagnon est un être d'une conviction incroyable et j'ai voulu faire ce film par devoir de mémoire. Dans le cas d'Asbestos et de Cher Olivier - sur Olivier Guimond, un personnage fascinant -, ces projets me permettaient de raconter une histoire sur une toile de fond qui est l'histoire du Québec.»

Sa carrière d'acteur

On l'oublie, mais André Melançon est aussi un acteur qui a joué tant dans des films tels Réjeanne Padovani et Joyeux calvaire de Denys Arcand, Pouvoir intime d'Yves Simoneau que dans des téléséries, dont la deuxième saison de Lance et compte. Mais le film auquel il est le plus associé est Taureau de Clément Perron, sorti en 1973, où il incarne le rôle-titre d'un niais d'une famille marginale, objet de tous les ragots.

Ses débuts dans le cinéma pour enfants

«Je ne connaissais pas le cinéma pour enfants lorsque, au début des années 1970, le programme "Toulmonde parle français" a démarré à l'ONF. Celui-ci visait à faire des films pour sensibiliser les Canadiens à la culture et au langage québécois. Le producteur Jacques Bobet m'a demandé si ça me tentait d'écrire ou réaliser un film pour les enfants, compte tenu de ma formation de psychoéducateur. Ce fut le départ avec Les tacots, "Les Oreilles" mène l'enquête et Le violon de Gaston

Sa ligne directrice

«S'il y a une ligne directrice dans mes films, c'est qu'il vaut la peine de se parler. Il y a des films où cela se sent davantage. Par exemple, Bach et Bottine est un film sur l'absence de communication. J'ai fait aussi cette série de 40 capsules de trois minutes intitulée La parole aux enfants pour justement leur donner la parole, ce qu'on ne fait pas beaucoup. Même chose avec le documentaire Les vrais perdants

La guerre des tuques

«On ne tourne pas un film en se disant que ce sera une oeuvre culte. On veut juste faire le meilleur film possible. Je pense que les enfants ont retenu de ce film le plaisir de faire des choses ensemble, comme construire un château de neige. Au fil des ans, plusieurs personnes m'ont confié que leur enfance ressemble à La guerre des tuques. Quant au projet en 3D que réalisera Jean-François Pouliot, des gens qui ont vu quelques images m'ont confié qu'elles sont magnifiques.»

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