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Chienne de vie: l'ultime lien à l'existence

La cinéaste Hélène Choquette a suivi à Montréal... (Photo fournie par Filmoption International)

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La cinéaste Hélène Choquette a suivi à Montréal huit sans-abri qui entretiennent avec leur chien un lien unique.

Photo fournie par Filmoption International

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Dans une des plus belles scènes du documentaire Chienne de vie, une femme critique un sans-abri qui mendie près d'un édicule du métro, accompagné de ses deux chiens. Pourquoi avoir deux chiens si on a de la misère à manger?, questionne-t-elle.

Or, la réponse tient dans plusieurs autres plans de ce film d'Hélène Choquette. Coupés du monde, de leur famille et de ce qu'il convient d'appeler la normalité, ces individus trouvent leur réconfort, leur amour, leur lien à l'existence dans ce qu'ils partagent avec leur animal de compagnie. «Mon chien ne va jamais me juger», dit une personne interviewée à la caméra.

Forte d'une longue expérience et de films tournés dans 13 pays du monde, Hélène Choquette estime que Chienne de vie constitue une des expériences les plus difficiles et intenses qu'elle a vécues dans sa carrière. La Presse l'a rencontrée.

D'où vient l'idée, originale, de parler des sans-abri à travers leur chien?

En 2012, je voulais faire un film autour du parc Émilie-Gamelin. Je voulais parler de l'itinérance, mais aussi des origines du parc où se trouvaient autrefois les soeurs de la Providence. 

Or, j'ai réalisé que les soeurs, dont la moyenne d'âge est de 85 ans, aidaient encore les gens de la rue. Ressentant une certaine urgence, je leur ai consacré mon film Les discrètes. 

En passant un an avec elles dans les rues du centre-ville, j'ai découvert qu'il serait plus intéressant de parler d'itinérance à travers les chiens. J'ai senti qu'il y avait un rapport très intéressant entre un sans-abri et son chien. On ne parlera jamais assez d'itinérance et j'ai trouvé une autre façon d'aborder ce sujet.

Que sont les sans-abri sans leur chien?

Il m'a été plus facile d'aborder les sans-abri parce que je m'intéressais d'abord à leurs animaux. Ils avaient besoin de dire aux gens qu'ils s'en occupent bien. C'était très important pour eux de le dire. Comme un des sans-abri le dit dans le film, leur chien est souvent leur dernier lien avec la réalité et la dignité. C'est parfois même leur animal qui leur rappelle qu'ils doivent se nourrir, se loger. Ils sont fiers de leurs animaux comme on peut l'être de ses enfants. Et comme dans la rue, tout est plus intense, plus exacerbé, l'amour pour leur chien devient central et fondamental.

Comment avez-vous abordé vos sujets?

J'ai travaillé avec une ancienne jeune fille [22 ans] de la rue qui est maintenant intervenante et un ancien sans-abri de 65 ans. Ils connaissent bien la rue et plusieurs personnes qui y vivent.

 Avec eux, je suis entrée en contact avec ces gens. Je les ai aussi intégrés au tournage, comme assistants. Ce film était très difficile à faire en raison de sa charge émotionnelle, parce qu'il y a beaucoup de crises dans la rue. 

Il m'est arrivé de recevoir des appels de gens en détresse au milieu de la nuit. Et j'en suivais huit durant 18 mois. Je ne pouvais pas gérer ça toute seule et mes assistants m'ont aidée à faire le suivi et à communiquer cette charge émotionnelle.

Qu'avez-vous appris de ce tournage?

Il existe très peu de refuges pour sans-abri et leurs animaux au Canada. Sans-abri, c'est déjà difficile de trouver un endroit pour dormir et avoir une soupe chaude. Et quand on a un chien, ce l'est encore plus. Les sans-abri qui possèdent un chien maintiennent leur équilibre mental grâce à leur animal, mais ils sont encore plus tenus à l'écart en raison de sa présence. Donc, plusieurs ne vont pas ou presque jamais dans les refuges de crainte de laisser leur chien. Il faudrait penser à créer plus de ressources pour eux.

Vous avez filmé au square Viger, qui est dans l'actualité. Pourquoi?

Plusieurs sans-abri vont dormir au square Viger en raison des structures. Et puis, Dan Boucher, le narrateur du film, y a habité. Aujourd'hui, il ne vit plus dans la rue, mais dans une maison de chambres. Comme il nous raconte son parcours, on revient sur ses traces. 

Mais plus étrange encore, Dan demeure près du square et lorsqu'il se promène, son chien, qui a grandi là, veut y retourner d'instinct.

Quels sont vos prochains projets?

Un documentaire en Italie sur les vendeurs ambulants illégaux. Le titre est: Un caillou dans la botte, une référence à la forme géographique du pays. Et je vais aussi réaliser un deuxième documentaire inspiré de la série Unité 9.

Chienne de vie est présentement à l'affiche, à l'Excentris.

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