Critique
Holy Motors : ça mérite d'être vécu...
Marc-André Lussier
Pour apprécier le très déroutant Holy Motors, mieux vaut d'abord l'approcher sous l'angle du cinéma. C'est d'ailleurs ce que semble indiquer Leos Carax lui-même en apparaissant dans la toute première scène de son nouveau film, comme sorti au beau milieu d'un songe pour se retrouver à l'arrière d'une salle remplie de spectateurs captifs.
Très vite, le relais est passé à Denis Lavant, acteur fétiche du cinéaste, complice depuis 30 ans, présent dans trois des quatre longs métrages que le cinéaste «maudit» a réalisés depuis Boy Meets Girl.
Lavant incarne ici une dizaine de facettes d'un même personnage, nommé monsieur Oscar. Au milieu d'un récit éclaté, duquel il est bien difficile de tirer une trame narrative distincte, monsieur Oscar se fait tour à tour homme d'affaires, vieillard malade, père de famille, mendiant, monstre. Une seule constante dans sa vie: la limousine dans laquelle il trimballe ses dégâts intérieurs est toujours conduite par le même chauffeur, une dame élégante prénommée Céline (formidable Édith Scob).
À travers leurs errances, Carax orchestre des «moments». Qui empruntent parfois la forme de fulgurances visuelles. Qu'il plonge ses personnages dans un monde virtuel, qu'il transforme Lavant en gnome difforme kidnappant une Eva Mendes dont la robe de mannequin devient burqa, ou qu'il compose un plan-séquence vertigineux en épousant la frénésie d'une bande d'accordéonistes, l'auteur cinéaste parvient à marquer les esprits à sa façon.
S'il est traversé par certains traits de génie, Holy Motors n'est pourtant pas le chef-d'oeuvre absolu qu'a annoncé une certaine presse française. Heureuse de réhabiliter enfin le cinéaste, dont le long métrage précédent, Pola X (jamais distribué en salle au Québec), fut traîné dans la boue il y a 13 ans, la critique hexagonale s'est enthousiasmée sans réserve plus tôt cette année au Festival de Cannes. Elle a même réclamé à cor et à cri une Palme d'or pour celui qui a défini le cinéma des années 80 grâce à Mauvais sang.
Il se trouve pourtant qu'à l'arrivée, Holy Motors est une suite de scènes impressionnistes disparates, certaines mieux réussies que d'autres, qui intrigueront le spectateur en quête d'originalité, le fascineront et l'agaceront à la fois.
À noter l'utilisation de la musique de tous genres, de Chostakovitch à Kylie Minogue (une chanson originale de Neil Hannon), en passant par les Sparks et, surtout, la sublime chanson de Gérard Manset Revivre. Rien que pour ça, l'expérience cinématographique à laquelle nous invite Carax vaut la peine d'être vécue.
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HOLY MOTORS. Essai dramatique de Leos Carax. Avec Denis Lavant, Édith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue. 1h55.
Holy Motors: méchant bazar
Normand Provencher
Il s'agit de l'un des films les plus bizarroïdes de l'année. Treize ans après Polax X, de sinistre mémoire, le controversé cinéaste français Leos Carax propose avec Holy Motors une expérience cinématographique qui fascine, déroute, étonne, ennuie, contrarie et dégoûte, tout à la fois.
Holy Motors relate une nuit bien remplie dans la vie d'un certain Monsieur Oscar (Denis Lavant, acteur fétiche de Carax). Roulant dans Paris dans une limousine qui fait office de loge de maquillage, avec sa fidèle collaboratrice au volant (Edith Scob), l'homme d'affaires empruntera successivement l'apparence d'une série de personnages : mendiante, meurtrier, créature monstrueuse, accordéoniste, vieillard mourant, acteur spécialisé dans la motion capture, homme au foyer...
Le spectateur passe d'un personnage à un autre, sans guide d'instructions. Le plus sidérant étant Monsieur Merde, un type repoussant qui habite les égouts parisiens, où il séquestre une mannequin (Eva Mendes).
Weirdo, vous dites? Et vous n'avez rien vu. Le dernier sketch, simiesque à souhait, laisse pantois...
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Carax a le sens de l'image et de l'innovation. La séquence où Lavant se présente le corps recouvert de capteurs blancs, sur fond d'écran vert, est absolument fascinante. Surtout le coït auquel il se livre avec une femme qui, lentement, se transforme en créature virtuelle.
De la même façon, comment ne pas être séduit par la scène tournée dans les décors désaffectés du grand magasin La Samaritaine. Kyle Minogue interprète la chanson Who Were We? sur une terrasse surplombant le Pont-Neuf, clin d'oeil au film maudit de Carax, Les amants du Pont-Neuf.
Audace rare
Au dernier Festival de Cannes, où le film de Carax était présenté en compétition officielle, plusieurs ont crié au génie. Au final, Holy Motors a été ignoré au palmarès. On l'aurait bien vu remporter un prix, ne serait-ce que pour saluer son audace, une denrée rare de nos jours au septième art.
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Holy Motors. Genre: essai dramatique. Réalisateur: Leos Carax. Acteurs: Denis Lavant, Édith Scob, Kylie Minogue, Eva Mendes, Élise Lhomeau, Jeanne Disson et Michel Piccoli. Classement: 13 ans. Durée: 1h55.
On aime: l'audace de la proposition, Denis Lavant en acteur de capture de mouvements (motion capture), la séquence au magasin La Samaritaine.
On n'aime pas: des bouts qui nous échappent complètement, le personnage de Monsieur Merde.
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