Stewart Goodyear: hors de l'ordinaire

Stewart Goodyear... (Photo: archives La Presse)

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Stewart Goodyear

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Claude Gingras

Même si la saison musicale est encore jeune, on peut déjà y inscrire au sommet le récital Beethoven de Stewart Goodyear dimanche au LMMC. Son enregistrement des 32 Sonates, ses passages à Lanaudière aussi, nous avaient préparés à cette expérience hors de l'ordinaire. Seuls pris au dépourvu, ceux qui ne savaient rien du pianiste torontois de 36 ans. À l'entracte, pendant que l'accordeur examinait le piano quelque peu - disons-le - malmené, certains auditeurs ont préféré quitter les lieux et d'autres sont venus se plaindre: le pianiste jouait «trop fort».

Stewart Goodyear joue très fort lorsque le texte musical l'exige. Mais il ne joue jamais «trop fort»: le volume de son qu'il produit, si considérable soit-il, reste toujours dans les limites de l'audible et du bon goût.

Quoi qu'il en soit, il avait choisi des sonates qui, bien que conçues à trois moments différents de la vie de Beethoven, présentent celui-ci, homme et musicien, comme un grand révolté, et c'est cette image survoltée, rageuse, pour tout dire dérangeante, qu'a projetée celui que j'aime décrire comme «le petit homme à la peau noire et aux grands yeux d'enfant étonné».

Concert et disque étant deux choses bien différentes, il y eut deux ou trois fausses notes et des imperfections plus infimes encore, le tout restant sans importance car ne gênant en rien le souffle et la grande ligne. La notice biographique du pianiste parle de technique «exquise». Quelle idiotie! Stewart Goodyear possède une technique terrifiante, avec une main gauche toujours égale en force à la main droite. Grâce à ce parfait équilibre, toutes les voix de la redoutable fugue finale de la Hammerklavier ressortaient avec une hallucinante clarté.

Porté sur le fortissimo, M. Goodyear est aussi capable de douceur et d'intériorité. Ainsi, dans le même op. 106, son Adagio chante de l'aigu au grave comme un grand suspense annonçant la fugue que tous attendent.

Le programme débutait par la toute première des 32 Sonates, l'op. 2 no 1. On souhaiterait des trilles et gruppettos plus précis encore, mais l'esprit y est et le pianiste scrute l'Adagio comme s'il cherchait un secret derrière les notes. D'un op. 31 no 3 riche en surprises et en contrastes, on regrette, comme dans l'enregistrement, un Menuet carrément trop rapide. Beethoven a bien écrit «moderato»...

Malgré l'ovation, le pianiste ne donna pas de rappel. On ne joue rien après une telle Hammerklavier...

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STEWART GOODYEAR, pianiste. Dimanche après-midi, Pollack Hall de l'Université McGill. Présentation: Ladies' Morning Musical Club.

Programme consacré à Ludwig van Beethoven:

Sonate no 1, en fa mineur, op. 2 no 1 (1795)

Sonate no 18, en mi bémol majeur, op. 31 no 3 (1802)

Sonate no 29, en si bémol majeur, op. 106 (Hammerklavier) (1817-1818)

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