Opéra de Montréal : Almaviva éclipse Figaro

Étienne Dupuis incarne avec une bonne voix (après... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Étienne Dupuis incarne avec une bonne voix (après un départ à l'aigu métallique), de l'intelligence et un bon sens du comique ce barbier Figaro dont l'ingéniosité permet à Rosina d'échapper au zèle de son tuteur Bartolo et d'épouser le jeune comte Almaviva. On sent néanmoins que Dupuis pourrait raffiner un peu plus son interprétation. Et le costume dont on l'a affublé n'aide pas...

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Claude Gingras

Le succès populaire est indiscutable : Il Barbiere di Siviglia, l'ouvrage le plus connu de Rossini, a fait salle comble à la première, samedi soir, et provoqué des éclats de rire continuels et une bruyante ovation pour chacun des interprètes. On sait d'ailleurs que l'Opéra de Montréal a dû ajouter une représentation aux quatre déjà annoncées.

Sur le plan artistique, la réussite est généralement en accord. Premier bon point : le décor très ingénieux du regretté Robert Prévost, constitué d'un seul élément, soit la maison du vieux docteur Bartolo, dont on voit d'abord l'extérieur, et qui s'ouvre ensuite pour découvrir l'intérieur sur deux paliers. Dévoilé en 1976 aux Jeux olympiques par ce qui était alors l'Opéra du Québec, ce dispositif a été utilisé trois fois par la suite. Cette cinquième exposition, où le nom de Guy Neveu s'ajoute à celui de Prévost, ne découvre aucune ride.

La nouvelle mise en scène, du jeune Oriol Tomas, s'inscrit dans la bonne tradition rossinienne, vivante et riche en gags, mais elle comporte des longueurs et s'augmente d'ajouts discutables. Ces quatre figurantes, du genre danseuses espagnoles, n'ajoutent rien à l'action, non plus que la servante, qui est toujours là sans qu'on l'ait appelée. Par ailleurs, l'effet que produit le fameux Air de la calomnie n'a rien à voir avec l'habituel grand numéro de voix de basse, mais a pour origine un jeu d'ombres et de fumée qui envahit la scène de toutes parts.

Étienne Dupuis incarne avec une bonne voix (après un départ à l'aigu métallique), de l'intelligence et un bon sens du comique ce barbier Figaro dont l'ingéniosité permet à Rosina d'échapper au zèle de son tuteur Bartolo et d'épouser le jeune comte Almaviva. On sent néanmoins que Dupuis pourrait raffiner un peu plus son interprétation. Et le costume dont on l'a affublé n'aide pas...

Les quatre rôles qui suivent en importance sont tous tenus par des chanteurs étrangers faisant leurs débuts ici. Le plus remarquable est le ténor roumain Bogdan Mihai, dont la prestation surpasse, en fait, celle de Dupuis. En plus de jouer un Almaviva raffiné et de faire rire dans ses déguisements, il projette la vraie voix de tenore di grazia souhaitée, à l'aigu suave et aux roulades aisées.

On aimerait une Rosina plus présente et plus fine encore, mais, déjà, la mezzo espagnole Carol Garcia se montre parfaitement convaincante sur le plan vocal : beau timbre, justesse (sauf au tout début), agilité, grande facilité dans les ornements.

Les deux autres nouveaux venus sont identifiés comme «basses» mais n'ont pas vraiment l'étoffe requise. Carlo Lepore possède une évidente expérience scénique, mais son Bartolo pâlit à côté de ce que nos regrettés Napoléon Bisson et Pierre Charbonneau tiraient du personnage. Bien sûr, ceux qui voient Barbiere pour la première fois pourront trouver cela drôle...Quant au Basilio de Paolo Pecchioli, il passe à peu près inaperçu.

Les quatre petits rôles sont tenus par de jeunes chanteurs locaux. Josh Whelan pousse une jolie voix, mais Alexandra Beley ne fait rien de l'amusant air où la servante Berta se plaint de son sort.

Comme toujours, bonne préparation du choeur. Le chef autrichien Christoph Campestrini, lui aussi dans ses débuts ici, suit bien les chanteurs et dirige avec efficacité les ensembles vocaux et l'Orchestre Métropolitain. Jérémie Pelletier accompagne au clavecin les nombreux récitatifs. Entracte compris, la soirée totalise près de trois heures.

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IL BARBIERE DI SIVIGLIA, opéra bouffe en deux actes, livret de Cesare Sterbini d'après la comédie Le Barbier de Séville, de Beaumarchais, musique de Gioachino Rossini (1816). Production : Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts. Première samedi soir. Autres représentations : 11, 13, 15 et 17 novembre, 19 h 30. Avec surtitres français et anglais.

Distribution :

Le barbier Figaro : Étienne Dupuis, baryton

Rosina, pupille de Don Bartolo : Carol Garcia, mezzo-soprano

Don Bartolo, vieux médecin de Séville : Carlo Lepore, basse

Le comte Almaviva, amoureux de Rosina : Bogdan Mihai, ténor

Don Basilio, professeur de musique de Rosina : Paolo Pecchioli, basse

Berta, servante de Bartolo : Alexandra Beley, mezzo-soprano

Fiorello, serviteur d'Almaviva : Josh Whelan, baryton

Un officier de police : Dylan Wright, basse

Ambrogio, serviteur de Bartolo : Benoît Le Blanc, baryton

***

Mise en scène : Oriol Tomas

Décors : Robert Prévost et Guy Neveu

Costumes : Robert Prévost et Joyce Gauthier

Éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe

Choeur de l'Opéra de Montréal (dir. Claude Webster) et Orchestre Métropolitain Direction musicale : Christoph Campestrini

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