OM: un soir mémorable!

Le chef de l'Orchestre Métropolitain Yannick Nézet-Séguin.... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le chef de l'Orchestre Métropolitain Yannick Nézet-Séguin.

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Claude Gingras
La Presse

Voilà une soirée dont tous se souviendront longtemps. Toujours un peu plus auréolé de gloire à chacun de ses retours chez lui, désormais accueilli tel un héros national, mais demeurant toujours simple et affable, Yannick Nézet-Séguin ouvre avec ce concert double la 34e saison de l'Orchestre Métropolitain et sa 15e comme titulaire. Du même coup, il complète son intégrale OM-Mahler avec l'ultime symphonie du compositeur, cette dixième restée inachevée et qu'on entend telle que «complétée» par le musicologue britannique Deryck Cooke.

La Maison symphonique était presque comble hier soir et on prévoit une foule semblable pour la reprise, ce soir. Mais la soirée d'hier avait quelque chose de spécial. Il y avait là le maire Denis Coderre, l'ancien ministre des Finances, Raymond Bachand, la consule générale des États-Unis et plusieurs ministres actuels dont Hélène David, responsable de la Culture, que la salle ovationna longuement, et par deux fois. Non seulement venait-elle d'indiquer que les conservatoires de région ne fermeront pas, mais elle renchérit au micro en rappelant que l'OM est «formé en grande partie de gradués de nos conservatoires».

Le préambule fut particulièrement long: 20 minutes. D'autres personnalités prirent la parole et Yannick (comme tous l'appellent) y alla de son traditionnel «mot», en plus d'assister, aux premiers rangs, à la projection d'une vidéo sur ses «jeunes» années.

Le Mahler débuta à 19 h 50 et nous mena, sans entracte et sans applaudissements entre les mouvements, à 21 h 10, soit 80 minutes plus tard. De sa 10e Symphonie, Mahler ne compléta entièrement que le 1er mouvement, un Adagio de 25 minutes habituellement joué seul en concert. Il orchestra en partie seulement les 2e et 3e mouvements et laissa les 4e et 5e à l'état d'esquisses. Plusieurs musicologues ont tenté de «compléter» la 10e Symphonie de Mahler. La réalisation la plus souvent utilisée est la «performing version» de Deryck Cooke. Pour diverses raisons, Cooke la modifia à quelques reprises, si bien qu'il en existe trois moutures. Toutes trois restent cependant assez semblables et ne diffèrent qu'en de minimes détails.

Les chefs choisissent habituellement celle de 1975, la dernière, que Cooke signa l'année précédant sa mort. C'est la quatrième fois qu'elle est jouée à Montréal. Entre deux exécutions à l'OSM, en 1988 (direction Moshe Atzmon) et en 2003 (direction Mark Wigglesworth), on l'entendit par Alexis Hauser et l'Orchestre symphonique de McGill en 2002. Nézet-Séguin y vient à son tour, après avoir dirigé l'Adagio isolé en 2012, et déjà à la Maison symphonique.

Du Métropolitain augmenté à une centaine de musiciens, le jeune chef obtient une exécution exceptionnellement en place et, surtout, une interprétation toujours extrêmement sentie. Bref, tout est prêt pour l'enregistrement que ATMA réalise ce week-end. Cette musique n'est pas toujours de la main de Mahler, elle est même «inventée» en grande partie, mais elle sonne toujours comme du Mahler, et comme du Mahler dans ce qu'il a de plus disloqué et, disons-le donc, de plus dément, l'écho de l'une des pires périodes de la misérable vie du compositeur: il découvre que sa chère Alma le trompe, il consulte Freud, sa santé chancelle...

Très concentré devant sa partition et son orchestre, Nézet-Séguin, durant ces 80 minutes, dessine une sorte de vaste et tapageuse fresque d'horreur, poussant cuivres et percussions à leurs limites, allège ici et là le délire par de grandes envolées lyriques des cordes, pour l'anéantir finalement dans le silence le plus absolu. Tout serait à citer: la mystérieuse phrase d'entrée des altos seuls (que le chef assortit de légers sforzandos non indiqués chez Cooke), l'incroyable justesse des violons très souvent sollicités au suraigu, les accents littéralement arrachés aux contrebasses, le sinistre dialogue du grand tambour militaire et du tuba-basse de part et d'autre de la scène, au début du finale, et, plus tard, le solo de flûte, comme lointain et solitaire, et cette note perçante de trompette tenue «fortissimo» sur huit mesures.

Tout aussi impressionnant - et malgré les incorrigibles tousseurs et tousseuses -, le silence de la salle confirme encore une fois le sérieux et la réconfortante absence de prétention avec lesquels le public du Métropolitain reçoit la musique.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN. Chef d'orchestre : Yannick Nézet-Séguin. Hier soir, Maison symphonique, Place des Arts. Reprise ce soir, 19 h 30. Conférence de Claudio Ricignuolo : 18 h 30.

Programme :

Symphonie no 10, en fa dièse majeur (1910) - Mahler (orchestration de Deryck Cooke, révision finale : 1975)

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