Guy Bélanger: l'harmonica, entre la tête et le coeur

Lors du lancement de son album Traces & Scars, Guy... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Lors du lancement de son album Traces & Scars, Guy Bélanger a joué la chanson My Dearest Friend, inspirée par le regretté Bob Walsh. « C'est écoeurant l'effet que ça fait, sans même savoir que c'est pour Bob », souligne Guy Bélanger.

Photo Olivier Jean, La Presse

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Avec Traces & Scars, son septième album, Guy Bélanger fait toujours le tour de son jardin. Sauf que cette fois, plutôt que de le dédier à un membre de sa famille, il en fait un hommage senti à Bob Walsh, son frère en musique disparu en novembre dernier.

My Dearest Friend, la première chanson de l'album qu'il a inspirée à son ami harmoniciste, Walsh ne l'aura jamais entendue. Mais il l'habite.

«Je voulais faire une pièce dans le même esprit que moi et Bob, quelque chose de simple dans les couleurs qu'on aimait beaucoup, explique Bélanger. J'étais gêné de lui faire une toune de son vivant, tout allait bien. Et là, il disparaît. J'ai jonglé avec ça, je me suis demandé si ça allait être mal perçu. Mais on se connaissait depuis si longtemps que je ne suis pas allé danser sur la tombe de Bob.»

Traces & Scars, ce sont des blessures qui se referment et qui laissent des traces, dont, évidemment, la mort de son ami Bob.

«Ç'a été une année en dents de scie, mais je me dis que je suis quand même chanceux: j'ai joué avec Céline Dion pour l'amour! Et je suis capable de prendre un papier et un crayon et d'écrire ce que je veux faire avec mon album.»

À ce jour, Bélanger a encore de la difficulté à réécouter des disques de Bob Walsh. Quand, dans le temps des Fêtes, quelqu'un a voulu faire jouer son album de Noël, que Bélanger trouve fantastique, il l'a aussitôt enlevé.

«Ça va revenir lentement, comme c'est arrivé avec mon père ou ma mère, du monde très, très proche, dit-il. Bob venait à la maison, il connaissait ma mère. C'était un Irlandais comme elle, une O'Brien de la Haute-Ville de Québec. Récemment, j'ai joué My Dearest Friend au lancement de mon album et à Belle et Bum, et c'est écoeurant l'effet que ça fait, sans même savoir que c'est pour Bob.»

L'hiver dernier, Bélanger a participé à deux spectacles, à Montréal et à Québec, dont les recettes ont été versées à la veuve de Walsh. Avec les musiciens de son groupe et des invités spéciaux, il va remettre ça bientôt sur une scène extérieure du Festival de jazz et au Festival d'été de Québec.

Mais en attendant, il promène son propre spectacle, qu'il va donner samedi à L'Astral.

Un personnage à part entière

Ce «fort en thème» qui n'a jamais étudié la musique et qui, pourtant, en compose facilement s'est véritablement fait connaître par le film Gaz Bar Blues de son jeune frère Louis, dans lequel, dit-il à juste titre, l'harmonica était un personnage à part entière. Il propose d'ailleurs sur son nouvel album une version des Mauvaises herbes plus longue que celle qu'il joue dans le récent film du même nom de Ti-Louis: «Des trames sonores, on n'en sort plus, et je ne voulais pas laisser mourir cette pièce-là.»

L'harmonica est peut-être un instrument tout simple, mais il va droit au coeur de celui qui l'écoute et il est en quelque sorte le prolongement de celui qui en joue.

Traces & Scars, de Guy Bélanger... (Image fournie par Bros) - image 2.0

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Traces & Scars, de Guy Bélanger

Image fournie par Bros

«Je m'amuse à dire que l'harmonica est installé entre la tête et le coeur. T'es de mauvaise humeur, il est de mauvaise humeur; t'as la grippe, il a la grippe; tu tousses, il tousse.»

«Mais il y a un danger avec cet instrument-là, surtout au cinéma, parce que l'harmo souligne au crayon gras. Souvent, c'est trop Ennio Morricone, faut faire bien attention», ajoute Guy Bélanger.

Bélanger est un fan fini du guitariste Ry Cooder qui, au fil de sa longue carrière, a déjoué tous les pièges en donnant dans le folk tout autant que dans la musique cubaine et en jouant aussi bien avec Taj Mahal qu'avec les Stones.

«C'est un électron libre qui fait un voyage unique, explique-t-il. J'aime l'harmonica là où on l'attend le moins, comme sur la pièce Essaouira, ou encore, dans le dernier album, sur quelque chose d'amérindien comme Nitassinan

Des rencontres

Les rencontres de toutes sortes sont au coeur de Traces & Scars. On peut y entendre une amie de longue date comme Luce Dufault ou encore le guitariste Kaven Girouard et le percussionniste Paul Picard, que Bélanger a côtoyés sur scène lors de la tournée québécoise de Céline Dion l'an dernier. Et c'est au festival français Rochefort en accords, qui favorise les échanges entre musiciens venus de partout, qu'il a fait la connaissance du violoncelliste Eric Longsworth et du guitariste Preston Reed, qui jouent également sur son album.

«Preston mesure 6 pi 4 po et, avec ses longs cheveux blancs, il pourrait jouer dans le Seigneur des anneaux. Il a un immense répertoire, c'est un grand guitariste. Sur son site, on le voit avec un petit gars de 11 ans: c'est Ed Sheeran, dont il était le prof de guitare.»

Puis la conversation bifurque sur Toots Thielemans, le jazzman disparu l'an dernier lui aussi et dont l'harmonica sera toujours associé à la complainte du film Midnight Cowboy.

«Je m'aime beaucoup plus comme mélodiste qu'avant, lance Bélanger. Quand j'étais plus jeune, c'est comme si, dans ma tête, j'étais payé à la note. J'aime bien la phrase qui dit: "Quand tu penses que ton solo est correct, coupe-le de moitié et il va être pas pire."»

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À L'Astral, le 29 avril.

Traces & Scars. Guy Bélanger. Bros.




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