Tiga: danser en toute maturité

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Tiga a lancé vendredi son troisième album, intitulé No Fantasy Required, avec Counter Records, sous-label de Ninja Tune. Sa discographie va toutefois bien au-delà de ses parutions plus officielles: le DJ, producteur et auteur-compositeur électro montréalais a remixé les LCD Soundsystem, Depeche Mode, The xx et Moby. Entrevue.

Tiga n'a jamais quitté sa ville natale, Montréal, même si ce n'est pas le terreau le plus fertile de musique électronique. Il tourne partout dans le monde, mais son quartier général demeure dans le 514. «Je passe la plupart de mon temps libre ici. J'ai ma maison ici. J'aime ça», dit-il.

Tiga a lancé vendredi son troisième album, No Fantasy Required. Ce n'est pas la fin d'une trilogie, comme l'indiquait le communiqué de presse. «Une erreur», précise-t-il.

On y retrouve la signature de Tiga. L'ambiance est nocturne et plus minimaliste que chargée. Tiga a travaillé à cet album ici et là, sur une longue période de temps. «J'ai fait beaucoup de musique il y a trois ans pendant une période intense de création et quelques trucs ont survécu. Il y a eu une autre période chargée dans la dernière année.»

«C'est très facile de commencer de la musique, mais c'est difficile d'accomplir la dernière étape.»

Tiga combine son flair techno et électro avec une sensibilité pop, si bien qu'une chanson comme Make Me Fall In Love interpelle l'auditeur dès la première écoute, alors que 3 Rules flirte avec le hip-hop. Même que l'étiquette «ballade amoureuse» colle au titre Tell Me Your Secret.

Pour Tiga, un album finit par former un tout grâce à «des échantillonnages et des voix majeurs». Comme ceux de Bugatti, par exemple. Sortie en 2014, la pièce sur laquelle figure Pusha-T a notamment servi à une publicité d'Apple pour l' iPhone 6.

«J'ai écrit cette chanson en quelques heures. C'est l'une de mes préférées. Ça illustre à quel point le travail peut aller bien et vite. J'étais dans mon studio à Montréal avec Jori Hulkkonen [DJ et compositeur électro finlandais]. On expérimentait des rythmes. J'avais une idée en tête... et il y a eu ce groove où j'ai pris le micro pour répéter la ligne. Au départ, mes proches n'aimaient pas trop la chanson, puis Matthew Dear l'a mixée et lui a donné une puissance pop.»

La plus vieille composition est Plush. Elle date de 2012. Un autre titre bouclé rapidement. Selon Tiga, c'est peut-être sa chanson la plus emblématique, celle qui représente le mieux l'ensemble de son oeuvre.

L'éternelle jeunesse de la pop

La pièce-titre de No Fantasy Required et sa dernière, Blondes Have More Fun, renvoient au sentiment de jeunesse que procure la pop et au fait d'en écouter en vieillissant pour se sentir dans cet état.

«La musique dance est étrange. C'est perpétuellement jeune. C'est fait pour être simple. Mais quand les années passent, c'est difficile de cacher sa maturité. J'en suis encore capable, mais, parfois, tu veux que la musique reflète qui tu es devenu.»

Tiga travaille essentiellement en collaboration avec d'autres artistes. Pour No Fantasy Required, il a bossé avec Hudson Mohawke, Boys Noize, Matthew Dear, Martin Buttrich, Paranoid London et Jake Shears de Scissor Sisters. «Pour moi, c'est presque impossible de travailler seul. J'ai de bonnes idées et des inspirations, mais le contact avec l'autre m'apporte une pression et un échéancier.» 

«J'aime être à Berlin et avoir deux jours pour enregistrer un truc avec quelqu'un: si je n'ai pas d'idée, de quoi ai-je l'air?»

De nos jours, les producteurs électroniques sont de plus en plus mis en valeur. «L'industrie mainstream se rend compte que la musique électronique est établie», lance Tiga. Mais pour lui, cela a toujours été vrai.

Tiga est un grand partisan du soccer européen et du FC Barcelone. Il a signé récemment un texte dans la revue So Foot. On l'a invité à des émissions de télévision grand public comme Le grand journal de Canal +. Le retard de l'Amérique du Nord en musique électronique par rapport à l'Europe a beaucoup diminué, mais cela demeure, note-t-il.

«Tous les artistes ont un "fan base" naturel. Pour moi, ç'a toujours été l'Europe: l'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas, la France...»

Tiga remarque néanmoins que la scène grandit beaucoup aux États-Unis avec un bon circuit de clubs et de festivals. «Le public est plus jeune et c'est positif», ajoute-t-il.

«Montréal reste étrange. Il y a eu une période où sa culture de clubs était forte, mais ça s'est un peu perdu depuis 10 ans.»

Le 2 avril, Tiga se produira au Stéréo. «J'ai commencé à y faire des partys en 1993», se souvient-il.

Parmi ses performances montréalaises les plus mémorables, il y a celle sous la pluie à Osheaga en 2009. «Rufus Wainwright était dans les coulisses. Je me souviens aussi des premières soirées de Neon à la SAT. Et à la Saint-Jean-Baptiste en 2013 au Piknic Electronik. Il y a en a tellement eu», lance-t-il.

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ÉLECTRO. Tiga. No Fantasy Required. Counter Records.

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