Rhiannon Giddens: sur les traces de Nina, Patsy et Dolly

Rhiannon Giddens tenait à ce que son premier album solo soit constitué de... (PHOTO FOURNIE PAR BONSOUND)

Agrandir

PHOTO FOURNIE PAR BONSOUND

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Rhiannon Giddens tenait à ce que son premier album solo soit constitué de chansons créées ou interprétées par des femmes. La chanson Tomorrow Is My Turn, qui donne son titre à l'album, a été écrite à l'origine par Charles Aznavour, mais c'est la version de Nina Simone de L'amour c'est comme un jour qui a remué la chanteuse de la Caroline-du-Nord au point de devenir le déclencheur de son très bel album.

«Je savais qu'Aznavour avait écrit la chanson d'origine et, comme je parle un peu français, j'ai découvert que ce n'était vraiment pas une traduction fidèle de sa chanson, raconte au téléphone l'artiste de 38 ans qui se produira à La Tulipe lundi prochain. Au départ, je voulais la chanter moitié-moitié en anglais et en français, mais les deux versions sont tellement différentes que j'ai laissé tomber. Par contre, je trouve ça très intéressant qu'une chanson puisse avoir différentes vies.»

Le grand Charles serait sans doute d'accord avec elle, lui qui a enregistré deux versions anglaises de sa chanson - l'une, Love Is New Everyday, plus fidèle à celle d'origine, et l'autre, Tomorrow Is My Turn, qui témoigne sans doute de son admiration pour la version volontariste de Nina Simone.

«Qui ne le serait pas, renchérit Rhiannon Giddens. Quand on la voit la chanter [sur YouTube], les mots sont tellement puissants. Elle parle de ce qu'elle vivait, mais aussi de ce que la communauté afro-américaine vivait à cette époque. Certains ont cru que j'avais donné le titre de cette chanson à l'album parce que c'était mon tour désormais après avoir fait partie d'un groupe. Pas du tout. Par contre, le fait qu'une femme de couleur comme moi puisse être rendue où je le suis et avoir sa carrière bien en main aux États-Unis prouve qu'il y a eu du progrès, même s'il y a encore tellement de problèmes raciaux.»

On ne s'étonne pas que cette artiste qui milite pour la justice sociale ait été invitée à chanter au concert Shining a Light: A Concert for Progress on Race in America le 18 novembre, au même titre que les Pharrell Williams, Bruce Springsteen, Jamie Foxx et Sting - un concert qui sera diffusé sur Arts & Entertainment deux jours plus tard.

Les récentes émeutes raciales dans son pays la préoccupent, mais elle croit fermement que les réseaux sociaux sont un facteur de changement.

«Les gens qui vivent ailleurs qu'à Ferguson et à Charleston sont beaucoup plus au courant de ce qui s'y passe, même si ça ne les touche pas directement. Je trouve ça positif.»

De l'opéra au banjo

Rhiannon Giddens a un parcours pour le moins intéressant. Plutôt que de devenir la chanteuse d'opéra que sa voix puissante et ses études classiques auraient pu faire d'elle, elle a pris son banjo et son violon et a formé, avec d'autres musiciens afro-américains, le groupe Carolina Chocolate Drops qui, depuis 2005, fait revivre avec bonheur la tradition des « string bands » noirs du sud des États-Unis.

Mais c'est sa rencontre avec T Bone Burnett qui a changé sa vie. Le brillant réalisateur de disques, qu'elle avait croisé quand les Chocolate Drops ont enregistré la chanson Daughter's Lament pour la bande originale du film Hunger Games, l'a invitée à participer, en 2013, à un concert inspiré de la scène folk du début des années 60 dans la foulée du film Inside Llewyn Davis des frères Coen.

Ce soir-là, Burnett lui a suggéré de faire un album solo, qu'ils ont ensuite enregistré ensemble. 

Quelques mois plus tard, elle s'est retrouvée à Los Angeles avec le même Burnett, Elvis Costello et des membres des groupes Mumford & Sons, My Morning Jacket et Dawes pour mettre en musique des textes inédits écrits par Bob Dylan dans les années 60. 

C'est devant tout ce beau monde, à la fin de la dernière journée d'enregistrement de l'album Lost In the River: The New Basement Tapes, qu'elle a créé la seule chanson de son cru sur son album solo, Angel City.

«Je suis restée debout toute la nuit pour l'écrire et je l'ai chantée aux gars le matin avant qu'on se quitte, raconte-t-elle. C'était ma façon de leur dire ce que je venais de vivre avec eux: j'étais arrivée là comme la petite nouvelle, nettement moins expérimentée que les autres, mais j'ai tellement appris et ça m'a transformée.»

De Patsy à Dolly

Les autres chansons de Tomorrow Is My Turn sont autant de coups de chapeau à des femmes que Rhiannon Giddens admire profondément, certaines peu connues et d'autres qui n'ont plus besoin de présentation, comme Patsy Cline et Dolly Parton.

«Dolly est une auteure féministe incroyable, particulièrement sur ses quatre ou cinq premiers disques, explique-t-elle. En plus, elle a fait de la scène et du cinéma et elle a créé plusieurs emplois pour les gens de son patelin à Dollywood [un parc d'attractions au Tennessee]. Dans ses chansons, elle dit aux femmes: "Sois forte parce que tu es géniale et fais ce que tu dois faire." Quant à Patsy Cline, on ne parle pas uniquement de sa voix, mais aussi de sa façon de se comporter en tant que femme dans un monde d'hommes.»

Lundi, à La Tulipe, Rhiannon Giddens proposera un mélange de chansons de son album solo, de quelques inédites ainsi que de chansons des New Basement Tapes et des Chocolate Drops qui seront de son groupe, enrichi d'un batteur et d'un bassiste.

«La transition du groupe à ma carrière solo fut très difficile pour moi parce que je suis vraiment une joueuse d'équipe», dit-elle. Mais aujourd'hui, sans faire une croix sur les Carolina Chocolate Drops, elle sait que son prochain disque sera signé Rhiannon Giddens.

___________________________________________________________________

À La Tulipe le 9 novembre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer