Queen Ka: les mots, la musique, le feu, l'eau

Queen Ka a eu le déclic pour l'écriture... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Queen Ka a eu le déclic pour l'écriture politique lors d'une activité au sous-sol de l'église Saint-Vital, à Montréal-Nord.

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D'où vient le nom de cette artiste de feu dont le spectacle Chrysalides est présenté les 26 et 27 février au Quat'Sous? Queen Ka est une version, disons urbaine, de son véritable prénom: Elkahna, inspiré de la Kahena, reine berbère ayant combattu au VIe siècle l'invasion arabo-musulmane en Afrique du Nord.

D'où vient Queen Ka? Les parents d'Elkahna Talbi sont arrivés au Québec à la fin des années 70. Ils sont originaires de Tunis, ils sont berbères (amazighs). Leur fille est visiblement fière de l'être.

«J'ai appris cette différence sur le tard, raconte-t-elle. Lorsque je suis allée là-bas, on se posait des questions sur mon nom comme on s'en posait à Montréal-Nord!»

Elkahna Talbi, alias Queen Ka, 35 ans, est actrice et poète. Sa soeur cadette est une chanteuse indie pop qui promet, Ines Talbi. Famille d'artistes?

«Pas plus qu'il faut. Mon père est bijoutier, ma mère psychothérapeute.»

Elkahna Talbi écrit depuis l'adolescence. «C'était pour moi un outil de libération et d'expression. Je pouvais dire des choses que je ne disais pas dans ma vie d'ado. Mes premiers textes faisaient sortir le méchant. Je n'étais pas plus spéciale qu'une autre, mais ce n'était pas facile pour moi. On se moquait de mon nom, je n'aimais pas ma bouche, je n'étais pas bien... Aujourd'hui, je suis heureuse d'écrire aussi sur des choses lumineuses. Poser un regard plus tendre, plus doux. Prendre plaisir à le faire.»

Ni MC ni slameuse

Le déclic de l'écriture poétique se produisit lorsqu'elle prit part à une activité de quartier, au sous-sol de l'église Saint-Vital.

«Notre animatrice était membre d'une association qui regroupait des professeurs de théâtre aussi intéressés à l'art oratoire. Elle nous faisait travailler l'interprétation dramatique de nos propres textes ou de poèmes connus. On faisait des compétitions, on se faisait noter sur notre interprétation et notre plume. Au fil du temps, j'ai appris mes classiques: Miron, Godin, etc. Des années plus tard, j'ai eu la chance de fréquenter des poètes de ma génération, Daniel LeBlanc-Poirier, Shawn Cotton, feue Vickie Gendreau, etc.»

Le choix de son pseudo n'a donc rien à voir avec la culture hip-hop. Queen Ka ne se veut ni MC ni slameuse.

«Mes textes sont rarement rimés, mais... il y a un groove. Je n'ai pas de thèmes de prédilection. C'est ma vie et le monde dans lequel je vis. Je ne me gratte pas trop le nombril. J'écris ce que je ressens à partir de ce que j'observe.»

«Ces choses universelles ressenties dépassent largement mes problèmes personnels. Je suis engagée personnellement, sans être militante.»

Au fait, pourquoi ne pas avoir encore publié?

«J'aurais envie de publier, mais ce serait autre chose que ce que je donne sur scène et j'ai enregistré en studio Les éclats et Dépareillés]. Pour le moment, mes textes existent à l'audio ou sur scène. Ils sont tout de même autonomes par rapport à la musique qui les accompagne, leur autonomie est... scénique [rires].»

Intense

Elkahna Talbi est comédienne. Elle a étudié le théâtre à l'Université Concordia. Elle a sa propre compagnie, a joué dans moult productions et sera de la Collection Printemps-Été du Nouveau Théâtre expérimental, à l'Espace libre, à compter du 24 mars. À n'en point douter, ses talents d'actrice servent ses déclamations.

«Intense? Oui, c'est plus fort que moi. On me disait dès le début que ma poésie était théâtrale. Mais ce n'était pas intentionnel. Hier, j'étais au show d'Alex Nevsky, très intense dans certaines de ses interprétations. Mais moi, je ne chante pas, ça peut avoir l'air encore plus intense parce que je ne chante pas. Pourtant, il s'agit du même processus d'interprétation. Je ne crois pas en beurrer trop épais.»

Queen Ka accompagne ses mots de très bonne musique: Stéphane Leclerc (guitares, machines) et Blaise Borboën-Léonard (violon, claviers, piano, machines).

«Ils jouent différents instruments, leur feeling est aussi électro. Avec eux, des choses peuvent se passer. Rien n'est coulé dans le béton. Ce n'est pas de la musique improvisée, ce n'est pas non plus de la musique en conserve. Les gars s'adaptent au moment présent. Dans la majorité des cas de figure, ils me suivent. Ma propre interprétation a une incidence sur leur jeu, et vice versa. Ce qui rend le spectacle très vivant. Blaise et Stéphane composent généralement après l'écriture de mes textes. Ils peuvent aussi jouer les collaborations musicales de mon maxi Dépareillés (Yann Perreau, Marie-Jo Thério, Jorane, DJ Champion), à partir desquelles j'ai écrit.»

La musique, force est de le déduire, est un aliment essentiel à la survie de Queen Ka.

«Ma culture musicale est variée: musique classique occidentale, musique classique arabe, électro, jazz, des musiciens tunisiens comme Anouar Brahem ou Dhafer Youssef ou encore la chanteuse Emel Mathlouthi. Il y a aussi le post-rock du groupe américain This Will Destroy You avec lequel j'ai passé pas mal de temps. La musique me nourrit beaucoup.»

Femme de scène, femme de lettres, femme de sons, à la tête d'un royaume dont nous nous apprêtons à devenir les sujets.

Au Théâtre de Quat'Sous ce soir et demain, 20h.

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