FIMAV: nouveau chapitre d'un même livre

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Le groupe slovène Laibach

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(VICTORIAVILLE) Les journées de vendredi et samedi au FIMAV nous ont dévoilé les travaux récents d'artistes pour la plupart connus des férus de musique actuelle. Le groupe californien Deerhoof, le groupe slovène Laibach et autres pointures new-yorkaises telles Marc Ribot, Nels Cline ou Hans Tammen nous ont dévoilé de nouveaux pans de leur oeuvre. Nouveau chapitre d'un même livre que signe la direction artistique du Festival international de musique actuelle de Victoriaville.

Laibach: trompe-l'oeil, trompe-l'oreille

Vendredi soir, on nous avait suggéré de ne rien prendre au pied de la lettre au spectacle de Laibach, en marche depuis 35 ans mais dont la facture s'est passablement transformée depuis ses débuts. Parmi les pionniers de la mouvance industrielle dans les années 80, le groupe slovène préconise aujourd'hui une musique composite, multiréférentielle, à saveur résolument est-européenne, sorte de variété alternative et autodérisoire, balancée avec soutien audiovisuel de haute tenue. 

Menée par le narrateur à la voix infragrave Milan Fras et la très compétente chanteuse pop Mina Piler, tandem contrasté s'il en est, la formation démantèle slogans, codes, croyances et esthétiques musicales. Codes et idéologies: nazisme, communisme autoritaire, pop culture bonbon, soft porn, conspirationnisme, prophéties nouvel-âgeuses, science-fiction et relectures multiples. Esthétiques musicales: du chant patriotique aux marches militaires en passant par des relectures électro-industrielles de Bob Dylan et Serge Gainsbourg!

Détournements astucieux, il faut dire; pour qui ne s'est pas enquis de la démarche avant de se présenter au Colisée Desjardins, ce concert pouvait paraître ambigu, tendancieux voire répréhensible parce qu'il ne cessait de friser le premier degré. Or, le second se dégageait progressivement jusqu'à déclencher l'hilarité chez quiconque finissait par piger la patente. Bien envoyé!

Deerhoof... (PHOTO MARTIN MORISSETTE, FOURNIE PAR FIMAV) - image 2.0

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Deerhoof

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Deerhoof et Ovo

Plus tôt dans la soirée, certains découvraient l'avant-rock de Deerhoof, toujours pertinent depuis sa formation au milieu des années 90. La voix très Mini-Fée de la Japonaise Satomi Matsuzaki (également bassiste) s'oppose une fois de plus à cet excellent tandem de guitaristes que forment John Dieterich et Ed Rodriguez, le tout chapeauté par le batteur et compositeur Greg Saunier. On aura notamment eu droit à la matière de La Isla Bonita, douzième album de la formation (à ne vraiment pas confondre avec le vieux tube de Madonna), à de beaux échanges de musique improvisée, à de superbes grooves rock sertis d'harmonies recherchées et de rythmes d'une complexité nettement au-dessus de la moyenne. Cela étant dit, le cadre de Deerhoof ne présente aucune réforme majeure pour qui connaît bien ce quartette d'élite.

Quant au duo italien guitare-batterie Ovo, on reste un peu sur sa faim, c'est-à-dire qu'on fait rapidement le tour de ce langage hardcore, qui comporte néanmoins quelques pointes de singularité dans l'usage de la saturation guitaristique (Stefania Pedretti) et de la binarité rythmique (Bruno Dorella).

Third Eye Orchestra de Hans Tammen

Dans l'après-midi de samedi, le FIMAV suggérait aux mélomanes un deuxième grand jeu de musique improvisée pour grande formation, le premier ayant été présenté jeudi soir par le Montréalais Jean Derome et 19 musiciens. Cette fois, la proposition était new-yorkaise, soit 15 musiciens sous la gouverne de Hans Tammen. Le Third Eye Orchestra peut compter sur des cordes, des cuivres et anches, claviers, chants féminins et section rythmique. Tous les musiciens impliqués peuvent atteindre des niveaux élevés de virtuosité et doivent exécuter des consignes d'une complexité évidente. Qui plus est, les surimpressions commandées en temps réel par Hans Tammen construisent des musiques cohérentes, excitantes, multipolaires. Superbes dans leurs qualités polyphoniques, texturales, rythmiques. Tant et si bien qu'on nous a conduits à des niveaux rarement atteints par les praticiens du jeu d'improvisation pour grand orchestre. 

Deux clarinettes

Le concert qui suivit fut remarquablement subtil: sous la bannière The International Nothing, deux clarinettistes allemands cultivent un jardin zen parsemé de sonorités minimales et horizontales, desquelles émergent de superbes harmoniques. Exercice très difficile à mener pour obtenir des résultats aussi concluants. Bravo à Michael Thieke et Kai Fagaschinski, véritables chercheurs de la clarinette, concepteurs brillants, modestes et autodérisoires si l'on s'en tient aux titres de leurs oeuvres - The Dark Side of Success ou encore Less Action, Less Excitement, Less Everything. Ha ha!

Marc Ribot... (PHOTO MARTIN MORISSETTE, FOURNIE PAR FIMAV) - image 3.0

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Marc Ribot

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Marc Ribot Ceramic Dog

Habitué du FIMAV depuis au moins un quart de siècle, le guitariste vedette Marc Ribot n'a pas accompli de miracles avec son power trio Ceramic Dog, constitué du superbe batteur Ches Smith et du bassiste et bidouilleur (synthétiseur Moog, notamment) Shahzad Ismaily. Au programme du Pavillon Arthabaska, rock, blues, évocations hendrixiennes, déconstruction de Dave Brubeck (Take Five en mode saturé!) ou même une reprise très convenue de La Noyée, signée Serge Gainsbourg. On en passe mais... un peu plus de préparation aurait été nécessaire pour mener le trio aux altitudes escomptées.

The Nels Cline Singers Unlimited

Et voilà le dessert de samedi: The Nels Cline Singers Unlimited, quartette augmenté de musiciens vedettes de la musique actuelle, à commencer par Marc Ribot. Bien sûr, les grooves paroxystiques de ces musiciens top niveau n'étaient pas sans rappeler ceux d'Electric Masada, formidable détachement jazz-rock-funk que nous a maintes fois servi John Zorn au plus grand plaisir des mélomanes. Normal, car ces musiciens sont de la même mouture new-yorkaise et trois d'entre eux jouent régulièrement avec Zorn (le percussionniste Cyro Baptista, le bassiste Trevor Dunn et le guitariste Marc Ribot). 

Malgré quelques défauts de sonorisation (trop souvent, par exemple, on entendait mal la harpiste Zeena Parkins), ces décollages à sept musiciens furent jouissifs et nous ont permis de découvrir le côté jazz-rock du guitariste Nels Cline, dont l'articulation et la richesse du «tone» servent une expression très spéciale. Rien à voir, soit dit en passant, avec ce jazz-fusion antiseptique qui porte ombrage aux origines de la démarche, nul besoin de fournir d'exemples... Dans les moments moins zorniens, par ailleurs, on a pu goûter davantage la singularité de l'approche compositionnelle de Nels Cline. Pour une première expérience du genre, ce fut satisfaisant à tout le moins.

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