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Quitter la prostitution, s'évader dans la musique

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Mathieu Gionest, alias Silver Catalano, a lancé son premier clip il y a un mois. En préambule de la pièce Wave, il raconte son passé difficile. Puis, dès les premières notes, le rythme nous accroche. Cette première oeuvre marquante fait de lui un artiste à suivre cette année.

Miraculeusement, ce garçon de 21 ans a pu canaliser souffrance et traumatismes pour en générer un art instinctif et signifiant, fondé sur le peu qu'il connaît de la musique, de la danse ou de la mise en scène. Présenté sous la forme docufiction, un clip résume cette trajectoire de Mathieu Gionest, alias Silver Catalano, que porte la chanson Wave. La trame de ce court film est un rituel cathartique où la souffrance, la furie, la rage de vivre, le recueillement et la libération sont viscéralement entre-tissés.

Saisissant !

Tout petit, Mathieu Gionest n'a pu déterminer clairement son identité sexuelle. Il en a payé le lourd prix, pour employer cet euphémisme. Il a vécu l'intimidation, le rejet, le dénigrement, la cruauté, cette violence dont sont capables les enfants ou les adolescents inaptes à cohabiter avec la différence.

« J'étais le gai de l'école. Quotidiennement, je me faisais rentrer dedans. Ce n'était plus un environnement pour moi », raconte le jeune artiste androgyne. Look délicat, cheveux teints, vêtements modestes, sourire sincère, humilité et candeur dans le ton, malgré une histoire personnelle vécue aux extrêmes de la difficulté.

Cette existence misérable de Mathieu à Pabos Mills, petit bled gaspésien planté en périphérie de Chandler, ne s'est aucunement améliorée lorsqu'il s'est retrouvé dans les méandres de la prostitution, c'est-à-dire après avoir déserté sa région pour mener sa vie de queer à Montréal.

« Je n'avais pas d'expérience sexuelle lorsque j'ai quitté la Gaspésie. J'ai fait de la prostitution parce que je n'avais pas le choix. Vu l'image médiocre que j'avais de moi-même, je ne pouvais envisager de proposer mon CV à quiconque. J'étais sûr qu'on rirait de moi. J'ai ainsi vécu l'enfer de la prostitution, on m'a vraiment traité comme de la merde. Je n'ai jamais ressenti de respect, personne ne s'attachait à moi pour qui j'étais vraiment. »

Malgré tout, Mathieu trouvait le moyen de sortir dans les clubs ou même de faire de la figuration dans des films américains ou locaux.

« Ce qui m'a sauvé, c'est surtout la musique. J'écoutais beaucoup de musique, et j'écrivais des textes de chansons comme je le faisais depuis l'âge de 12 ans. »

Déchiré entre la prostitution et ses velléités artistiques, Mathieu ne savait guère comment se sortir de ce mode de vie, jusqu'à ce que... « À Montréal, le dernier client que j'ai croisé m'a dit : "La seule chose que tu pourras faire dans la vie, ce sera de sucer des graines." Lorsque j'avais 9 ans, un garçon m'avait dit exactement la même chose. »

Déclic. Au seuil de l'implosion, Mathieu a trouvé la force de boucler la boucle. Après avoir enchaîné les passes pendant trois années, croisé des clients que l'on n'imaginerait absolument pas enclins à cette pratique, il est finalement rentré chez lui dans la Baie-des-Chaleurs. Il a été accueilli par sa mère, où il vit depuis.

Raconter son histoire à tout (petit) prix

À la veille de rendre son histoire publique, Mathieu Gionest s'est présenté au journaliste avec le réalisateur et vidéaste montréalais Didier Charette, de six ans son aîné. Ce dernier a vu la richesse de son sujet, il en a réalisé un film percutant avec des moyens qu'on imagine d'emblée professionnels.

Ce qu'il infirme : « J'avais à peu près 200 $ pour réaliser ce clip, mais je me suis entouré ; je me suis rendu en Gaspésie avec un ami, directeur photo et propriétaire d'un drone avec lequel nous avons travaillé. »

Au départ, Didier voulait faire un court documentaire sur l'histoire de Mathieu, qu'il trouvait digne d'intérêt, mais... « Il a insisté pour chanter, transformer ce projet de documentaire en une aventure artistique. Il voulait chanter, il voulait une mise en scène. »

Le principal intéressé corrobore.

« Je voulais tourner dans les grands espaces, dans la nature gaspésienne. Je voulais aussi porter des costumes et chanter », dit Mathieu Gionest.

La musique serait de type synthwave, accrocheuse à souhait. Mathieu Gionest y camperait le personnage de son pseudonyme, Silver Catalano.

« Au cours d'un tournage, raconte-t-il, j'avais rencontré un DJ qui m'avait ensuite engagé dans son vidéoclip. J'y jouais le rôle d'une maquilleuse enragée au profil androgyne. J'étais devenu Silver pour la première fois. »

Après quoi, le jeune homme a envisagé une carrière artistique. Il a présenté des performances de travesti, entrepris d'enregistrer ses chansons et de tourner un premier clip. Pour ce, il a connu différents beatmakers et a multiplié les allers-retours entre Chandler et Montréal. Plusieurs projets ont avorté, il dit s'être fait arnaquer à quelques reprises. Puis, un certain Frédéric Messier (Frame) a réalisé l'emballage sonore de la chanson Wave, matière principale de ce docufiction dont il est ici question.

« Je me suis beaucoup impliqué dans la conception, même si je n'avais pas les compétences techniques pour la réalisation. J'ai formulé mes idées et Frame a assemblé les sons virtuels sur l'ordinateur. Mais ça demeure mon univers artistique. »

Et voilà ce premier clip qui consacre Silver Catalano, né au terme d'une tragique gestation.

« Avec ce premier clip, conclut-il, je voulais tourner la page, mais j'avais quand même peur de rendre ça public. Parler de ta propre prostitution, ce n'est pas rien. Mais c'est quand même important pour moi que ce clip sorte, qu'il puisse joindre des LGBT qui sont marginalisés comme je l'ai été. Qui ne savent pas où ils fittent. »




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