Boogat le conquérant

Deux ans après la sortie d'El Dorado Sunset,... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Deux ans après la sortie d'El Dorado Sunset, Boogat revient avec un nouvel album intitulé Neo-Reconquista.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Avec Neo-Reconquista, Boogat croit avoir en main «le plus produit» de ses albums depuis 2004, année de son premier opus, Tristes et belles histoires. Ce n'est pas peu dire puisque son précédent a obtenu d'excellents résultats: sorti en 2013, El Dorado Sunset avait décroché deux Félix à l'ADISQ.

Daniel Russo Garrido (de son vrai nom) nous a accordé cette entrevue dans un café de Verdun où il vit avec sa compagne et leurs deux enfants de 4 et 6 ans.

«Ce que tu récoltes aujourd'hui, c'est ce que tu viens d'accomplir, sauf exception, dit-il. Le concept travail-vacances ne s'applique pas pour moi, mais si je regarde ça autrement, je suis toujours en vacances!»

Boogat estime avoir changé ses méthodes de travail pour construire Neo-Reconquista.

«J'ai repris la composition, ce que je n'avais pas fait depuis cinq ans. Sauf exception sur El Dorado Sunset, je chantais ou rappais sur des beats que d'autres avaient créés pour moi. Or, plus j'ai présenté sur scène ce matériel, normalement destiné aux planchers de danse world 2.0, plus je me suis approché d'un spectacle de chansons. Ça m'a poussé à composer, avec des claviers, des échantillonnages, de vrais musiciens.»

Quelques fréquentations pop l'ont aussi mené à reprendre cette pratique.

«Après El Dorado Sunset, je me suis retrouvé dans des contextes vraiment différents; par exemple, j'ai partagé la scène avec Marie-Mai et Ariane Moffatt, des artistes qui conçoivent la musique autrement que moi. Malgré ces grandes différences, j'ai constaté que le mécanisme de leurs chansons avait des similitudes avec les miennes; le jeu des tensions dramatiques, descentes, montées, explosions, est souvent très comparable, au-delà des genres.»

Ainsi, Boogat s'est mis à la tâche. Il a travaillé auprès du percussionniste Kiko Osorio, «qui a apporté beaucoup de fraîcheur à l'affaire en suggérant des éléments cubains, brésiliens, funk».

Avec le guitariste Serge Nakauchi-Pelletier (Pawa Up First), il a poursuivi une collaboration amorcée depuis quelques années: «Nous avons déjà composé ensemble, je voulais continuer, car j'aime sa vision marquée notamment par le hip-hop.»

Étienne Lebel et David Jespersen ont joué des trombones, Jacques Kuba Séguin, de la trompette, Philippe Brault, de la basse, et Poirier a prêté main-forte à la programmation.

Bien entouré, Daniel Russo Garrido a mené ses 10 nouvelles chansons aussi loin qu'il le pouvait.

«Je me suis rendu à la limite de mes capacités, après quoi j'ai eu la chance de travailler avec Jean Massicotte, selon moi le meilleur réalisateur de chansons au Québec. Il a clarifié certaines de mes musiques, ajouté de la texture, réorchestré, en plus de jouer du piano, de l'accordéon, de la guitare, de l'autoharp et autres bidules. La qualité de mes chansons s'est grandement améliorée.»

Des reconquêtes actuelles

Neo-Reconquista signifie en français nouvelle reconquête. Qu'on ne s'y méprenne, il ne s'agit certes pas de la reconquête de l'Espagne chrétienne contre les Maures musulmans. Ce titre choisi par Boogat évoque des reconquêtes bien actuelles.

«Je pense à celle des hispanophones qui prennent leur place en Amérique du Nord ou encore à celle des jeunes adultes québécois de ma génération qui doivent sans cesse reprendre un territoire perdu par la déstabilisation des classes moyennes. En fait, le thème central de cet album est le conflit, inévitable à toutes fins utiles.»

Il fournit alors quelques exemples de son nouveau répertoire.

«El Lobo aborde le conflit à l'état pur: un singe se promène dans la forêt et se trouve devant un loup, il y aura un combat à mort.

«Se Van parle de la gentrification des quartiers modestes, je pense à celle que je vis moi-même à Verdun. Je suis locataire, le coût du loyer grimpe chaque année. Des gens achètent des édifices, ils veulent ensuite que tout leur ressemble.

«Londres, chantée avec Pierre Kwenders, parle de l'uniformisation culturelle, au-delà des langues. Pour tant d'entrepreneurs culturels, l'objectif est de faire vite de l'argent sur le web...

«Los Tabarnakos, cette expression mexicaine qui désigne les Québécois dans les tout-inclus, traite d'un phénomène plus profond que j'observe sans vouloir faire la morale: lorsque tu es à l'étranger, si tu n'as pas d'échange avec l'autre, tu ne comprends peut-être pas ce qu'est le voyage.»

«Los amigos de mis padres, ce sont les parents de mes amis immigrants latino-américains avec qui j'ai grandi à Québec. Je n'ai pas su avant l'âge adulte que plusieurs d'entre eux avaient été torturés pour ensuite fuir leur pays. Des gens dont je n'aurais jamais cru qu'ils étaient des rebelles, dont les enfants ont eu une vie normale.»

Quête, conquête, reconquête, nouvelle reconquête...

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