Louis-Guy Bégin, archéologue du world beat

Louis-Guy Bégin faisait le tour des marchés aux... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Louis-Guy Bégin faisait le tour des marchés aux puces à la recherche de vieux albums rock. Puis, il a découvert le world beat des années 60 et 70. Ce fut une révélation.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

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Depuis six ans, Louis-Guy Bégin collectionne et compile des musiques du monde d'une autre époque sur son blogue Les Rythmes étranges. Le site fête son 100e billet avec une compilation de groupes montréalo-haïtiens des années 70. Dépaysant.

Il y a les gens qui se passionnent pour les vieux disques rares et introuvables. Et il y a ceux qui aiment les musiques du monde.

Entre les deux, il y a Louis-Guy Bégin, 36 ans, auteur du blogue Les Rythmes étranges, qui fête ce mois-ci son 100e billet.

Dans une autre vie, ce géographe de formation ne jurait que par le vieux rock'n'roll. Il en jouait, il en collectionnait, il en mangeait. Et puis un jour, en fouillant dans les disques de son paternel, il a découvert la musique africaine. Ce fut une révélation. «J'ai pogné de quoi», dit-il.

Du jour au lendemain, son univers musical s'est élargi aux quatre coins du monde. Au lieu de chiner dans les marchés aux puces pour de vieux albums de rock, il s'est mis à la recherche de disques de world beat des années 60 et 70.

La quête s'est avérée fructueuse.

En moins de temps qu'il ne faut pour crier Miriam Makeba, Louis-Guy s'est retrouvé avec une substantielle collection de 33 tours d'occasion provenant du Congo, de Corée, d'Inde, d'Haïti, de Turquie ou de Pologne. Il n'en fallait pas plus pour qu'il décide de lancer un blogue pour partager ses découvertes.

Créé en 2008, Les Rythmes étranges est plus qu'une simple carte postale exotique. Louis-Guy Bégin y affiche ses trouvailles, mais aussi le plus d'informations possible sur les artistes, leur style musical, leur pays d'origine, sans oublier les pochettes de disques, souvent délicieuses, parfois totalement psychotroniques, qui sont reproduites pour chaque billet.

«Je vais plus loin que la simple écoute, confirme le résidant de Verdun. Ça me force à écouter la musique comme il faut. Ça me force à me poser des questions, à chercher sur l'histoire du pays. C'est peut-être ma formation de géographe, mais j'aime ça.»

Vive Haïbec!

Comme si ce n'était pas assez, Louis-Guy propose aussi des compilations homemade qu'il met en ligne afin de partager ses coups de coeur.

Concoctée pour le 100e billet de son blogue, la plus récente de ses compils s'intitule Montréal, terre de soleil. Elle est spécifiquement consacrée aux artistes montréalo-antillais des années 60 et 70, un créneau original qui le passionne particulièrement. Le résultat est un heureux mélange de musiques des Îles (konpa, biguine, merengue, konpa funk) avec des sonorités old school et une bonne ambiance de cabaret rétro.

Il faut savoir qu'en raison de sa forte diaspora haïtienne (plus de 100 000 personnes, sans compter les Guadeloupéens et les Martiniquais), le Montréal antillais a toujours entretenu une scène musicale assez vibrante, avec ses bars, ses orchestres et même ses étiquettes de disques (Haïbec, ça vous dit quelque chose?).

Les artistes qui gravitaient autour de cette scène n'ont pas vraiment connu de succès international. La plupart n'étaient pas des professionnels. «Ils conduisaient un taxi le jour et jouaient de la trompette le soir», résume Louis-Guy.

Mais certains, comme Albert Chancy, Adolphe Parillon, Max Labor, Henri-Pierre Noël, le groupe Haïti-Mini ou le Velox Machine Band de Montréal, ont heureusement laissé des traces discographiques de leur existence. «C'était des musiciens incroyables», précise Louis-Guy, enthousiaste.

Les exhumer sur son blogue était une façon de leur redonner vie, tout en dévoilant une facette méconnue de notre industrie du disque. «Je trouve que ça élargit le panorama de ce qui s'est fait ici, souligne Louis-Guy. C'est une dimension intéressante, qui amène un autre visage. Ça défait les stéréotypes qu'on se fait de la musique au Québec.»

Louis-Guy Bégin serait bien content que sa compilation sorte un jour officiellement. La demande grandit pour les musiques du monde vintage et Haïti, terre de soleil a tout ce qu'il faut pour plaire aux oreilles internationales.

En attendant, sa quête continue. De bazars ethniques en ventes de garage, l'archéologue du world beat trouvera sûrement de quoi nourrir encore son blogue et nos oreilles en quête de voyages spatiotemporels. Longue vie à ses rythmes, étranges ou pas.

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Le blogue Les Rythmes étranges: rythmesetranges.blogspot.ca




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