Jouer les berceuses de Vigneault

Fanny Mallette fait la bise à Gilles Vigneault.... (Photo: Ninon Pednault, La Presse)

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Fanny Mallette fait la bise à Gilles Vigneault. «Je ne suis pas une chanteuse, dit en riant la comédienne. Mais comme Une chanson pomme est une berceuse et que je suis une mère, j'ai fait comme si je la livrais à mes enfants qui l'ont d'ailleurs entendue des centaines de fois.»

Photo: Ninon Pednault, La Presse

Alain de Repentigny
La Presse

Après deux albums de duos de Gilles Vigneault, voici Tu peux dormir, le temps nous veille, un disque de berceuses écrites par le poète et reprises par 14 femmes. Dont deux comédiennes, Fanny Mallette et Pascale Bussières.

Gilles Vigneault ne connaissait pas Fanny Mallette quand son réalisateur, arrangeur et pianiste Daniel Thouin a suggéré que la comédienne chante sur ce nouvel album de berceuses de son cru. «Quand on l'a entendue, Alison [la femme de Vigneault] et moi, au studio, on n'en revenait pas: c'était d'une beauté, d'une simplicité, c'était pas prétentieux du tout. Elle ne se prenait pas pour une chanteuse alors qu'elle l'est. Et elle a fait ça d'une façon discrète et raffinée», raconte Vigneault au téléphone.

«Pour Pascale [Bussières], ç'a été pareil, reprend-il. On savait, à cause du film sur Alys Roby, qu'elle pouvait chanter mais elle a été capable de le faire tout simplement. Or, les berceuses doivent toutes être chantées simplement parce qu'elles exigent le recueillement, la tranquillité: c'est le premier lieu de transmission de la connaissance.»

Il ne faut pas s'étonner de voir deux comédiennes parmi les chanteuses d'expérience qui participent à ce disque, à l'exception de Julie Snyder qui y dit un texte. Les comédiennes, comme les chanteuses, sont des interprètes qui peuvent s'approprier des chansons comme des textes.

«Je ne suis pas une chanteuse, dit en riant Fanny Mallette. Mais comme Une chanson pomme est une berceuse et que je suis une mère, j'ai fait comme si je la livrais à mes enfants qui l'ont d'ailleurs entendue des centaines de fois. Quand je la répétais, mon plus jeune était à la maison et je l'ai chantée pour qu'il trouve les mots beaux et drôles. Ça m'a forcée à réinventer à chaque fois mon interprétation. En studio, je la chantais vraiment comme à mon petit gars, avec le sourire aux lèvres. C'est comme un petit clin d'oeil complice à son enfant avant de se coucher.»

«Ç'aurait pu être une interprétation à voix déployée, mais je trouve que la berceuse se prête bien à une voix un peu fragile, fait valoir Pascale Bussières. Je l'ai fait vraiment à la hauteur de mes moyens, en essayant juste d'être dans le sens de ce que ça raconte. Les amours, les travaux, c'est une petite berceuse très délicate, en apparence très simple mais qui dit des choses majeures sur notre condition, sur la construction de la vie, sur comment on arrive à se bâtir à travers nos réalisations et surtout à travers l'amour. C'est le grand talent de Vigneault: parler de choses immenses, mais avec une telle simplicité.»

Pascale Bussières n'était pas étrangère à l'univers de Vigneault, ayant déjà participé à quelques-uns de ses livres-disques publiés par La montagne secrète. Mais elle ne l'avait jamais rencontré.

«On m'avait dit qu'il ne serait pas en studio et ça m'a soulagée. C'était déjà un peu intimidant parce que mon instrument était un peu rouillé... On a fait quelques prises et je l'ai vu entrer: ah mon dieu, c'est Gilles! Il était tellement enveloppant, tellement chaleureux. Il est venu me dire qu'il aimait comment je faisais ça, il m'a donné un conseil, mais c'était de la direction très souple. J'étais très heureuse qu'il soit là finalement.»

Comme des berceuses

Il n'y a pas sur cet album que des berceuses comme Une chanson pomme. On y entend également des chansons qui ne s'adressent pas spécifiquement aux enfants comme J'ai pour toi un lac.

«On avait donné trois ou quatre possibilités de chansons à chacune et Ima a choisi J'ai pour toi un lac. Si elle veut chanter cette chanson-là avec un arrangement proche de la berceuse, c'est pas grave. Comme Jessica [Vigneault] avec La chanson du 29 février qui n'est pas une berceuse, mais qui en devient une à la façon dont elle le chante.»

Jessica, qui chante ce soir au Théâtre Outremont et qui donnera un concert avec Bia à Montréal en lumière, est une proche collaboratrice de son père. En plus de participer à son atelier de chanson à Natashquan et d'avoir fait les arrangements de ses livres-disques, elle a composé avec papa la musique des Éléments, que chante Bia sur l'album de berceuses, et a invité ses amis musiciens, comme le saxophoniste de jazz Yannick Rieu, à jouer sur La chanson du 29 février. Ailleurs sur cet album, l'accompagnement musical laisse toute la place aux voix et aux mots même si on peut entendre çà et là un violon ou un mellotron.

Gilles Vigneault affirme que ce disque lui a permis de découvrir certaines de ses chansons sous un nouveau jour. «Mitsou a fait une version absolument délicate et fine de simplicité des Mots du dimanche. Et j'ai découvert que Les îles de l'enfance, par Marie Denise Pelletier, était une chanson beaucoup plus chantante que la version que j'en avais faite.»

Vigneault reprendra sa tournée de spectacles avec Dan Thouin à compter du 12 avril. Il travaille également à un nouveau disque dont il a déjà écrit six chansons.

«J'ai beaucoup d'autres sujets car, hélas, il y a encore beaucoup à dire, lance-t-il en riant. À propos de la Terre, de l'écologie, du pays, de la conscience planétaire qu'il faut amener chez les jeunes, une conscience assez vive pour qu'ils aient le goût, la patience et l'intuition d'aller voter pour eux-mêmes un jour. Et puis, dans les crimes d'horreur et autres distractions qu'on voit à la télé ces temps-ci, il y a de quoi réfléchir sur nous-mêmes et sur l'humanité.»

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