Place aux sculptures humaines

C'est au tour de Montréal d'être investi par les installations vivantes de l'Autrichien Willi Dorner, qui présentera, à compter de samedi, ses sculptures humaines greffées dans le mobilier urbain du centre-ville. Immeubles, hôtels, marches, bancs, tous les lieux publics pourraient être pris d'assaut; en tout cas, partout où le chorégraphe a obtenu des permissions. Un parcours de combattant en soi, si l'on se fie à son entourage.

Créé en 2007 à Paris, ce «Parcours urbain» qui s'étend dans un rayon d'environ deux kilomètres a été présenté dans une quarantaine de villes, dont Londres, Marseille, Oslo, Philadelphie... Même si les «figures» se ressemblent, elles sont toutes uniques, puisqu'elles sont tributaires des lieux et des participants. Le succès de Bodies in Urban Spaces, au départ un projet photographique, ne se dément pas. Le créateur a des engagements jusqu'en 2013.

Hier, l'équipe de Willi Dorner nous a donné un aperçu de ces «coups d'éclat», parfois spectaculaires, qui peuvent attirer des dizaines comme des centaines de passants. Ici, dans un coin de l'église Saint-James, rue Sainte-Catherine, apparaissent une demi-douzaine de ces participants emboîtés les uns dans les autres; là, deux d'entre eux se dressent entre un mur et les feux de circulation au coin de la rue Aylmer et du boulevard De Maisonneuve; là encore, un jeune homme est lové dans la «craque» qui sépare les deux édifices de La Baie, rue Aylmer. Tout petit.

«Chaque fois, il s'agit d'occuper un espace marginal que nous ne sommes pas portés à regarder», explique Willi Dorner, arrivé ici lundi. En tout, 20 danseurs et acrobates locaux (étudiants et professionnels), recrutés l'hiver dernier à Montréal, produisent donc ces «sculptures temporaires» où les corps s'enchevêtrent. La plupart du temps dans des espaces restreints, coincés dans des recoins. Amplifiant le sentiment de domination de la ville sur l'individu.

«Je veux montrer à quel point nous sommes anonymes dans nos villes, à quel point le pouvoir économique écrase l'humain. C'est entre autres pour ça que les interprètes portent des capuchons», dit le créateur, qui a passé une semaine à faire du repérage ici au mois de mars.

Le parcours d'un peu plus d'une heure compte 35 arrêts, une pression énorme sur ces artistes qui maintiennent leurs positions, immobiles, pendant quelques minutes avant de courir vers la prochaine installation. Nous savons que l'immeuble de Bell et celui de la Gare centrale font partie des arrêts, mais l'équipe ne souhaite pas révéler tous les lieux. Comme elle espère ne pas révéler la conception des numéros. «Idéalement, on ne voit pas les participants créer leur figure. L'idée pour le public et les passants est de voir le résultat final.»

Il y a dans la démarche de Willi Dorner quelque chose qui rappelle le travail du photographe Spencer Tunick, qui investit les villes en mettant en scène des corps nus. Mais le chorégraphe insiste sur le caractère dénonciateur de son projet: «Je veux amener une réflexion sur l'espace urbain. Sur ces structures qui limitent les possibilités de l'humain, qui restreignent nos mouvements. Les corps que je mets en scène donnent un sens à l'espace autour de lui. Tout part de là.»

Début du parcours au Planétarium (1000, rue Saint-Jacques). Le 4 juin à 16h et 21h; le 5 juin à 16h; le 6 juin à 12h et 18h; le 7 juin à 12h. Gratuit.




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