Josef Sudek: lueurs dans la noirceur

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Vue de l'installation de l'exposition Josef Sudek. Le monde à ma fenêtre, présentée au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, jusqu'au 26 février.

Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada

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Le nouvel espace permanent occupé, depuis l'automne dernier, par l'Institut canadien de la photographie au Musée des beaux-arts du Canada présente, jusqu'au 26 février, une exposition consacrée au photographe tchèque Josef Sudek (1896-1976). Un artiste passionné par l'expression photographique et son potentiel de créativité.

Présentée à Paris l'an dernier à la suite d'une création de l'Institut canadien de la photographie, l'exposition Josef Sudek. Le monde à ma fenêtre réunit 163 images du photographe tchèque et de ses amis artistes. Quel est l'intérêt de cette première grande exposition consacrée à l'oeuvre de Sudek? Pour les amateurs de photographie, il réside certainement dans la façon dont Sudek a exploité la lumière et... le manque de lumière.

Josef Sudek était un artiste curieux, un explorateur de la photographie. Il a commencé à la pratiquer en 1913 avec un appareil 4,5 x 6 cm. Ses images les plus anciennes exposées à Ottawa datent de 1918 à 1928. Plutôt sombres, voire floues, elles témoignent du désir de Sudek d'expérimenter le genre pictorialiste alors à la mode, avec des paysages de la région de Prague reproduits grâce aux techniques de la gélatine argentique et de l'oléobromie. Tel son cliché Dimanche après-midi à l'île Kolin (1922-1926). 

Ses images du début du XXsiècle évoquent une région européenne en pleine croissance. Elles mettent aussi en évidence la touche de Sudek, son âme d'artiste dans le cadrage, dans la composition et les jeux d'ombres et de lumière. Il photographie alors des intérieurs d'église, ses amis, notamment le peintre de l'avant-garde praguoise Emil Filla ou encore le photographe Jaromir Funke. 

Le style Sudek

C'est à partir de l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne nazie, en 1939, que Sudek développe un style. L'absence de lumière (à cause des couvre-feux imposés à Prague par les nazis) l'a forcé à se satisfaire d'une obscurité récurrente. Et à l'exploiter. Comme il ne pouvait plus photographier librement dans les rues, il a pris des clichés depuis la fenêtre de son atelier. 

C'est ainsi que ce cadre de vitre et de bois est devenu un leitmotiv. Fenêtre mouillée de pluie comme dans La fenêtre de mon atelier, 1943, ou Scène de nuit depuis la fenêtre, 1940-1954. Bien des photos témoignent de sa débrouillardise et de sa volonté de créer, quelles que soient les circonstances. Elles donnent aussi une idée de l'ennui et de l'angoisse qui régnaient alors dans Prague occupée. Et du désir de Sudek de ne pas se laisser abattre par l'adversité.

Prague la nuit, vers 1950-1959, Josef Sudek, impression gélatine... (Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada) - image 2.0

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Prague la nuit, vers 1950-1959, Josef Sudek, impression gélatine argentique, 12 cm x 16,7 cm

Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada

Après la guerre, Sudek a poursuivi son habitude de photographier depuis sa fenêtre. Il a aussi repris ses pérégrinations à la campagne et en ville, photographiant les parcs ou la cité de nuit, les rues éclairées par des réverbères. 

Un film de 12 minutes du réalisateur tchèque Evald Schorm nous le montre dans Prague, en 1963, trimbalant, avec son air d'ours ténébreux, son lourd équipement pour aller photographier la nature. Avec sa seule main disponible puisque le soldat Sudek avait perdu son bras droit en 1917, lors de la Première Guerre mondiale. 

Homme solitaire

Mis à part ses portraits, on voit peu de personnages dans les photographies de Josef Sudek. Plutôt solitaire, il privilégiait les paysages, les photos de jardins, notamment dans ses lieux de prédilection qu'étaient le jardin du Séminaire et le jardin Kinsky. Il a aussi beaucoup photographié les objets de son environnement: verres, fruits, coquillages, chandeliers, etc. En leur conférant une aura de mystère ou illustrant le capharnaüm de son atelier, comme avec Nature morte, 1967, qui montre un indescriptible désordre! 

La dernière partie de l'exposition présente des photos de ses amis artistes, notamment Funke, Tibor Honty et Jan Svoboda. Des amis qu'il invitait chez lui pour des soirées musicales. Si Sudek était un esthète renfermé, il aimait le partage et jouissait de la convivialité de l'amitié, surtout quand elle s'accompagnait de créativité artistique.

Sans adhérer à un mouvement artistique particulier et profitant des nouvelles techniques, Josef Sudek a toujours cherché à tirer de la photographie tout son potentiel artistique et documentaire. Il symbolise aujourd'hui une époque et un style, celui de la photographie tchèque du XXsiècle. Mais aussi le désir humaniste de révéler et de révérer l'âme des choses de la vie. 

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Josef Sudek. Le monde à ma fenêtre, au Musée des beaux-arts du Canada (Ottawa), jusqu'au 24 février




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