Toulouse-Lautrec, révélateur de moeurs au MBAM

La chaîne Simpson, 1896, de Henri de Toulouse-Lautrec. Lithographie... (Photo Peter Schälchi, fournie par le MBAM)

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La chaîne Simpson, 1896, de Henri de Toulouse-Lautrec. Lithographie au pinceau, au crayon gras et au crachis. 82,8 cm x 120 cm. Collection particulière.

Photo Peter Schälchi, fournie par le MBAM

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Bénéficiant de la générosité d'un collectionneur européen, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente cet été une centaine d'affiches et d'estampes rares du peintre, graveur et dessinateur français Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901). L'exposition revisite l'âge d'or des cabarets parisiens et la courte vie d'un artiste précurseur et révélateur des moeurs de son époque.

Fasciné par le monde de la nuit parisienne, celui des cafés, cabarets, «goguettes», théâtres et maisons closes du quartier Montmartre à la fin du XIXe siècle, Toulouse-Lautrec en a dépeint l'effervescence et les vices, avec ses aplats colorés influencés par les estampes japonaises. Artistes, nobles, sportifs, artisans et prostituées ont été les héros des affiches et estampes qui feront sa renommée internationale. 

Brillant dessinateur originaire d'une famille aristocratique du sud de la France, Toulouse-Lautrec aura été un des meilleurs chroniqueurs et caricaturistes de son temps, comme l'avait été avant lui Gustave Doré. Ayant profité des derniers développements de l'art de la gravure, il a dressé un portrait de la société parisienne avec discernement, humour et sans jugement.

«Il a révélé un Paris festif, mais aussi très dur avec beaucoup d'amour et de compassion, explique l'historien de l'art Gilles Genty, commissaire invité de l'exposition. En même temps, il a affirmé une vraie liberté de conscience.»

Plusieurs lithographies de Toulouse-Lautrec sont accompagnées de leurs... (Photo André Pichette, La Presse) - image 2.0

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Plusieurs lithographies de Toulouse-Lautrec sont accompagnées de leurs épreuves d’essai, comme ici avec La chaîne Simpson. Cela permet de mesurer le cheminement de l’artiste entre ses premières esquisses et le résultat final.

Photo André Pichette, La Presse

Le transmetteur

Quelle résonance peut bien avoir en 2016 une exposition sur Toulouse-Lautrec? À première vue, on pense à la dimension esthétique et à la valeur historique de ses lithographies, dont certaines sont présentées pour la première fois. En parcourant les trois salles de l'exposition, on réalise toutefois qu'au-delà de ces deux mérites, la production du grand maître français nous parle aussi d'aujourd'hui. 

Si l'affiche en couleurs de grand format était un art dernier cri en 1895, elle est encore, à l'heure de l'internet, un de nos moyens de communication. La valeur contemporaine de l'oeuvre de Toulouse-Lautrec réside aussi dans les messages qu'il transmettait: la bohème des artistes, les écarts entre riches et pauvres, le sens de la fête et la condition féminine. Toutes choses encore très actuelles. 

Du commerce à l'art

Dans la première salle de cette expo créée en collaboration avec la Phillips Collection de Washington, on trouve les affiches réalisées pour des marques, des revues, des artisans, des expositions et même pour une fabrique de confettis britannique! Afin de conférer à des commandes commerciales le caractère d'une oeuvre d'art, Toulouse-Lautrec usait des coloris avec parcimonie, préférant la suggestion à l'énumération détaillée. Par contre, il n'hésitait pas à recourir aux teintes vives pour théâtraliser son sujet. 

Dans la deuxième section, dite du Café-concert, on découvre le style factuel et réaliste de Toulouse-Lautrec. Les artistes qu'il a décrits sont tels qu'il les a vus. La fatigue et la lassitude se lisent sur les visages de la chanteuse May Belfort et de la danseuse Jane Avril. La visite est agréable dans cette salle, car elle se fait en musique, avec des extraits de chansons interprétées par Aristide Bruant, Yvette Guilbert, Félix Mayol ou encore Bach (Charles-Joseph Pasquier) et sa «Madelon vient nous servir à boire». 

L’exposition présente plusieurs créations de jeunesse d’Henri de... (Photo André Pichette, La Presse) - image 3.0

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L’exposition présente plusieurs créations de jeunesse d’Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), notamment une tête de cheval réalisée au crayon à papier à l’âge de 15 ans et cette huile sur toile, Les jockeys, peinte en 1882.

Photo André Pichette, La Presse

La troisième salle éveille des souvenirs quand on aperçoit la célèbre affiche du chansonnier Aristide Bruant (1851-1925), avec son écharpe rouge et son chapeau mou. Une oeuvre majeure (et rare) qui rappelle que celui qui se moquait des riches et de l'opulence outrancière a été à l'origine de la chanson réaliste française, incarnée plus tard par Édith Piaf. 

Dans cette salle, on ne manquera pas d'admirer la série Elles, avec laquelle Toulouse-Lautrec évoque ses expériences avec des «gourgandines», ainsi qu'on appelait les prostituées. Il le fait avec respect, sans avilir. À cause de son infirmité aux membres inférieurs, de sa santé fragile (il est mort à 36 ans) et de sa petite taille (1,52 m), l'artiste ne s'est jamais marié, menait une vie de patachon alcoolique et recourait aux services de filles de joie. 

«Toulouse-Lautrec était un peintre de la femme à une époque où la condition féminine n'était pas terrible, dit Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM. Les femmes faisaient souvent de petits boulots et parfois de la prostitution pour survivre. À l'époque, peu d'artistes ont montré la prostituée avec une telle bonté. Il était très empathique et se sentait alors accepté malgré sa différence.»

L'exposition est accompagnée d'une publication de 134 pages présentant toutes les oeuvres ainsi que des textes d'historiens de l'art. 

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Toulouse-Lautrec affiche la Belle Époque, au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 30 octobre.

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