Virée des galeries: Jardins du précambrien

H, installation de Minerva Ayón, est accompagnée de... (PHOTO MINERVA AYÓN, FOURNIE PAR LES JARDINS DU PRÉCAMBRIEN)

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H, installation de Minerva Ayón, est accompagnée de petits écrans que les visiteurs peuvent utiliser pour altérer les couleurs de l'oeuvre, afin de changer nos perceptions.

PHOTO MINERVA AYÓN, FOURNIE PAR LES JARDINS DU PRÉCAMBRIEN

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Quelles sont les expositions à voir ce week-end? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

Un 20e Symposium sur l'américanitéLe Symposium international d'art-nature des Jardins du précambrien fête ses 20 ans. La galerie en plein air créée par René Derouin dans une forêt de Val-David, dans les Laurentides, explore cette année le thème de l'américanité, avec la participation de neuf artistes de cinq pays des Amériques.

Une fois arrivés à Val-David, en juin, les neuf artistes sélectionnés pour une résidence de deux semaines dans les Jardins du précambrien ont dû plancher sur le thème de l'américanité pour créer des oeuvres qui ont ensuite été installées dans le sous-bois.

Conservatrice au Musée d'art contemporain des Laurentides, Andrée Matte est la commissaire de cette édition du Symposium d'art-nature qui marque 20 ans d'échanges artistiques et culturels.

«Nous, Québécois, réfléchissons beaucoup à l'américanité, mais ce n'est pas vraiment une préoccupation des artistes venant d'ailleurs en Amérique. Quand on leur demande d'y réfléchir, cela donne toutefois des résultats étonnants et très enrichissants», explique Andrée Matte, conservatrice au Musée d'art contemporain des Laurentides.

La première oeuvre que l'on rencontre sur le sentier est sonore. C'est celle d'Alain Lalonde qui a créé une douce musique contemporaine avec des instruments à vent. S'asseoir dans l'agora de la sonorité pour apprécier cette musique est un bon prélude à l'harmonisation avec le paysage sylvestre.

Du nord au sud?

Puis, on découvre l'oeuvre de Minerva Ayón. La Mexicaine a créé H, installation qui évoque le changement de perspective qui s'opère quand on passe d'un pays à un autre. Pour Minerva Ayón, l'américanité est un jeu de perceptions. Elle l'a illustré en plaçant des yeux sur des arbres, des plaques d'aluminium sur le sol ou en suspension et en sculptant dans le bois des formes de cristaux de quartz. Minerva Ayón relie son oeuvre à la perception qu'on a du Mexique, pays d'Amérique centrale ou du Sud pour les uns et d'Amérique du Nord pour d'autres.

En provenance d'Haïti, Damas Porcena a créé tout près une installation mystique intitulée Vèvè Grand bois (grandbwa). Autour d'un arbre, le potomitan du temple vaudou, l'artiste a placé trois chaises en paille symbolisant les trois Amériques et typiques de la culture haïtienne.

«Ma mère a toujours sa petite chaise de bois qui lui vient de ses ancêtres», dit-il. Sur le site, un tracé de corde représente le «vèvè gran bwa», un esprit qui protège la nature et les animaux.

Puis, on trouve une sculpture cinétique de Joëlle Morosoli (de Québec). L'érosion des peuples fait référence à l'histoire du continent. Un bracelet d'or enroulé à un arbre rappelle l'enjeu pour lequel les conquérants s'y sont intéressés. Le bracelet est relié à une suite de tissus qui représentent les nations amérindiennes et se font «éroder» par cinq gros couteaux en acier symbolisant les cinq grands colonisateurs de l'Amérique que sont les Espagnols, les Hollandais, les Français, les Anglais et les Portugais. 

Cette oeuvre sur la disparition des cultures autochtones restera en permanence dans les Jardins du précambrien.

Drapeaux et quipus

Carlos Runcie Tanaka (du Pérou), qui a déjà participé au Symposium il y a 10 ans, a décliné le thème de l'américanité en exprimant la coexistence pacifique des 40 nations et territoires d'Amérique par l'utilisation des couleurs de leurs drapeaux. 

Pour La Hora de America, il a créé une «poésie visuelle» de l'identité américaine: 40 rubans aux couleurs des drapeaux sont enroulés autour de 40 branches blanches reliées à 40 arbres par des quipus en corde. Le quipu était un système de noeuds utilisé par les Incas pour écrire les nombres. Un bouleau accueille les couleurs du drapeau du Québec avec un quipu dont les noeuds signifient 2015.

Plus loin, sur un monticule, le Québécois Richard Purdy a créé Non public, oeuvre minimaliste qui réfère aux paysages qui ne sont plus accessibles au Québec à cause de la privatisation des lieux. Pour le symboliser, il a érigé une tour en bois haute de 3,6 mètres, sans porte ni fenêtres, et il a placé des pancartes «Propriété privée» sur les arbres des alentours. Par terre, il a déposé des morceaux de casse-tête pour exprimer, dit-il, «le chaos» de la société américaine, de plus en plus méfiante et obsédée par la sécurité.

Le repas des cultures

Originaire de Kamloops, Lea Bucknell a résumé l'américanité avec les mots «migration», «circulation» et «reconfiguration». Elle les a «inscrits» en sculptant la forme de leurs lettres sur un grand panneau de bois. 

«Quand les cultures se mélangent, elles ne créent pas forcément une nouvelle culture. Elles se surexposent et se nourrissent les unes les autres. Du coup, il y a reconfiguration, car émerge du nouveau, même si chacun garde sa propre histoire et ses traditions.» - Lea Bucknell, artiste

La dernière oeuvre est celle de Giorgia Volpe, artiste à la fois québécoise et brésilienne. Elle a installé des hamacs bleus qu'elle a tissés à partir de tubulures utilisées dans les érablières pour recueillir l'eau d'érable. Une oeuvre hybride découlant de ses deux cultures, tout comme son titre, Se la couler douce. Quatre hamacs sont accessibles, tandis que les autres ont été installés en hauteur, à plusieurs mètres du sol.

Trois stations poétiques (pour les trois Amériques) ont été créées avec des haïkus de Jean-Paul Daoust, écrits sur de petits panneaux placés parmi la végétation. Exemple : 

Dans les couleurs rendues folles du Mexique

Un poète attardé à un café

Lance des mots tels des dés

«Ce qu'il y a de plus beau dans le Symposium, c'est cette rencontre d'artistes qui ne se connaissent pas et viennent de pays différents, dit René Derouin, directeur artistique de l'événement. Ils s'approprient le territoire et le transforment pour créer des oeuvres qui parlent de paix, d'harmonie et d'américanité.»

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Symposium d'art-nature des Jardins du précambrien, 1301, montée Gagnon, Val-David, jusqu'au 12 octobre.

www.jardinsduprecambrien.com

Paysage à la rivière, 1842, de David Cox... (PHOTO FOURNIE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL) - image 2.0

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Paysage à la rivière, 1842, de David Cox l'Ancien (1783-1859), aquarelle, grattage, mine de plomb, 26,7 cm x 36,6 cm, MBAM, achat.

PHOTO FOURNIE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

La délicatesse du dessin britannique

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente jusqu'à la mi-août De Gainsborough à Moore, deux siècles de dessins britanniques, un survol du dessin ancien au Royaume-Uni comprenant une quarantaine d'oeuvres de la collection permanente du musée signées notamment Cotman, Flaxman, Rowlandson, Spartali Stillman et, bien sûr, Gainsborough et Moore.

L'exposition présente plusieurs acquisitions du MBAM, notamment celles provenant de la collection de Susan Watterson, parmi lesquelles on trouve Oedipe et ses filles, un dessin signé John Flaxman (1755-1826). Dans ce dessin de petite taille et magnifiquement réalisé au crayon et à l'encre en 1803, on reconnaît Oedipe, les yeux crevés, avec à ses pieds ses filles Ismène et Antigone se lamentant à la suite du suicide de Jocaste, leur mère... et celle d'OEdipe.

Autre dessin intéressant provenant de la même donatrice, L'histoire de Cornelia et de Tiberius Gracchus, de John Mortimer (1740-1779), relate à la plume et au lavis la tragédie de Cornelia, fille du général romain Scipion l'Africain (mort en 183 avant J.-C). Son mari, le tribun Tiberius Gracchus, ayant découvert deux serpents dans son lit, demanda conseil à un augure. Celui-ci lui annonça que s'il tuait le serpent femelle, sa femme mourrait, et que s'il faisait tuer le serpent mâle, c'est lui qui mourrait. Tiberius tua le serpent mâle et mourut peu après...

De Thomas Gainsborough, l'exposition ne présente que Paysage boisé avec une maison au loin, datant du début des années 1780. Une oeuvre à la pierre noire, craie blanche et sanguine somme toute assez banale quand on connaît la grande variété des dessins qu'a réalisés le romantique Gainsborough.

Par contre, nous avons droit à plusieurs dessins d'Henry Moore, dont ses Figures allongées et Figures mises en place, présentées dans un cadre placé verticalement sur un support afin de pouvoir les admirer tous les deux, en recto et en verso. Les deux dessins réalisés à la mine de plomb et à l'encre sont deux esquisses préparatoires provenant d'un carnet du sculpteur datant de 1942. Un travail de recherche fouillé qui nous donne une idée des réflexions qui animaient cet artiste avant d'entreprendre son premier geste sculptural.

Aquarelle au style journalistique

Nous avons particulièrement apprécié les aquarelles de l'illustrateur et caricaturiste anglais Thomas Rowlandson (1756-1827), notamment son dessin La salle des ventes chez Christie's, datant de 1801. Rowlandson avait un style à la fois humoristique et journalistique, donnant ainsi des nouvelles de son époque, avec des personnages colorés et tout en rondeurs qui préfiguraient la bande dessinée moderne.

À noter également une belle oeuvre de gouache et d'aquarelle de Marie Spartali Stillman (1844-1927), Luisa Strozzi, réalisée à Florence au début des années 1880. Une oeuvre admirable en ce qui a trait aux détails, notamment la douceur du visage rendue à partir de plusieurs couleurs délicatement apposées, mais aussi à la construction complexe du motif du vêtement principal et à la texture de la tenture que le personnage soulève de sa main gauche. Cette oeuvre avait été présentée à l'exposition du Royal Institute of Painters in Watercolours, à Londres, en 1884.

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Au Cabinet d'art graphique du MBAM jusqu'au 16 août.

www.mbam.qc.ca

André-Anne Carrier. Avec les mains nues, 2015, silicone... (PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE ART MÛR) - image 3.0

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André-Anne Carrier. Avec les mains nues, 2015, silicone et acier noir, 98 x 68 x 17 cm.

PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE ART MÛR

Les autres expos à voir

ANDRÉE-ANNE CARRIER

Déjà 11 ans. Art mûr célèbre encore cet été le talent des jeunes artistes visuels canadiens issus des plus hautes écoles du pays, dont quatre nouvelles cette année. La galerie a fait sa propre sélection parmi les oeuvres proposées par les professeurs des différentes universités. Au nombre de nos jeunes artistes préférés, André-Anne Carrier s'y trouve avec ses ready-made «tordus». À voir, entre autres, les travaux de Marc Knowles, Laura Demers, Frances Thomas, Jérémie Deschamps-Bussières, Christos Pantieras, Frédéric Laurin et Jason Stovall. 

À la galerie Art mûr (5826, rue Saint-Hubert), jusqu'au 29 août. http://artmur.com/

JAPON

Le Musée national des beaux-arts du Québec se fait le relais du Museum of Fine Arts de Boston qui possède une riche collection d'art japonais. Cette exposition démontre que l'art du pays du Soleil-Levant a beaucoup inspiré les artistes occidentaux, les impressionnistes notamment. La présentation comprend 130 oeuvres de peintres comme Van Gogh, Monet, Matisse, Munch et Cassatt. Ce dialogue fructueux se poursuit dans l'exposition jeunesse Nippon-Fiction, au même musée. 

Au Musée national des beaux-arts du Québec, à Québec, jusqu'au 27 septembre. http://www.mnbaq.org/

ISABELLE HAYEUR

Tant qu'à être à Québec, passez voir l'installation vidéo d'Isabelle Hayeur sur l'avenir du Québec eu égard au contexte sociopolitique actuel. L'artiste a demandé à des penseurs comme Micheline Lanctôt, Ianik Marcil, Lise Payette, Normand Baillargeon et Mohamed Lotfi vers où se dirige le Québec, entre austérité et néolibéralisme. 

À l'Agora (rue du Sault-au-Matelot, près de la rue de la Barricade) jusqu'au 2 novembre. http://www.passagesinsolites.com/

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