Musées nationaux: nouvelle vague de restrictions budgétaires

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Les revenus servant au fonctionnement du Musée d'art contemporain de Montréal proviennent presque exclusivement des fonds publics.

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Pour la quatrième année consécutive, le programme d'aide au fonctionnement des musées nationaux du Québec est amputé. En 2015-2016, les nouvelles restrictions budgétaires représentent 3 %. Dans ce contexte, des institutions muséales sont forcées de reporter des expositions, de ne pas pourvoir plus d'une dizaine de postes vacants et de refuser temporairement des dons d'oeuvres.

Dans le contexte des récentes compressions au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), le milieu muséal aurait préféré passer son tour.

«Il faut voir les choses dans une perspective encore plus large, plaide le directeur général des Musées de la civilisation à Québec, Michel Côté. Il y a 25 ans, les musées que je dirige avaient une subvention de 18 millions. Plus de deux décennies plus tard, même s'ils ont considérablement grossi, cette somme n'a pas changé.»

En quatre ans, le DG a vu son enveloppe au fonctionnement fondre de 12 %. Cette austérité frappe les deux autres musées nationaux, soit le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et le Musée d'art contemporain de Montréal, des sociétés d'État, ainsi que le Musée des beaux-arts de Montréal, dont le financement public au fonctionnement est calculé de la même façon.

Bien que d'autres fonds publics soient versés dans plusieurs programmes d'appoint, notamment par l'entremise de la stratégie culturelle numérique - qui cible des projets précis -, les restrictions budgétaires forcent les directeurs généraux à réduire certains services aux visiteurs, allèguent-ils.

«Chez nous, plusieurs postes ne sont pas remplacés, comme celui du conservateur pour les dossiers autochtones, constate M. Côté. On retarde aussi des expositions ou on en diminue carrément le nombre. En ce moment, j'ai même une personne qui voudrait me donner un fonds important sur la chanson québécoise, mais j'ai de la difficulté à l'accepter. Ça nécessiterait une personne à temps plein pour la prochaine année, or je ne peux pas la payer.»

Plus de place au privé : oui, mais...

Au Musée d'art contemporain de Montréal, John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef depuis à peine deux ans, sent aussi les effets des coupes. Les revenus servant au fonctionnement de son institution proviennent presque exclusivement des fonds publics. Le recours au privé sera donc une priorité au cours des prochaines années.

«Nous devons nous concentrer sur la fondation afin d'assurer la mission du musée. Il faut trouver une façon de générer plus de revenus, trouver de nouveaux commanditaires, mais le contexte pour le faire n'est pas idéal.»

John Zeppetelli, du Musée d'art contemporain

Son collègue des Musées de la civilisation à Québec est très inquiet, lui aussi. «La concurrence avec les autres secteurs, comme la santé ou l'éducation, est très féroce. Dans notre société, les réseaux culturels passent souvent en dernier», déplore M. Côté.

Et quand certaines mesures alternatives de financement sont mises en place, le gouvernement coupe aussi vite que les fonds privés entrent, déplore la directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil.

«Je comprends le contexte budgétaire et je n'ai pas de problème à ce que les musées soient performants, mais on ne peut pas d'un côté nous demander d'attirer davantage de philanthropes et, de l'autre, couper sans cesse dans notre financement. On lance un message très paradoxal aux mécènes», affirme Mme Bondil.

Au MBAM, ajoute-t-elle, le nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie, consacré à l'art québécois et canadien, est même autofinancé : l'institution a en effet promis au gouvernement que l'agrandissement du musée ne nécessiterait pas plus de fonds et que les activités seraient entièrement financées par le privé.

Or, cette façon de faire «unique au Canada» n'est pas reconnue quand l'enveloppe au fonctionnement fond sans cesse, martèle la conservatrice en chef. «Il faut cesser de couper», soupire-t-elle.

Québec se défend

Au cabinet de la ministre de la Culture, Hélène David, on tente de calmer le jeu. «Tous ces musées ont reçu cette année 1 million supplémentaire pour la stratégie numérique, ainsi qu'une bonification de 500 000 $ pour leurs programmations respectives. Il est important de le mentionner», affirme Philip Proulx, attaché de presse de la ministre.

En entrevue, M. Proulx renvoie au groupe de travail sur l'avenir du réseau muséal québécois, présidé par l'ancien recteur de l'UQAM Claude Corbo, qui a déposé un rapport sur la problématique du financement des musées nationaux en octobre 2013, entre autres.

Selon M. Proulx, certaines coupes subies par les musées découlent en partie de ce rapport, car on y indiquait «qu'une mise en commun de certains secteurs d'activités permettrait de faire des économies d'échelle».

Le groupe de travail, dont le rapport énonçait 61 recommandations, soutenait toutefois qu'il fallait augmenter de façon rétroactive les fonds consacrés au fonctionnement des musées nationaux et les bonifier dès 2015.

Au cabinet de la ministre, on répond que le rapport était «effectivement volumineux» et que la stratégie numérique injecte une partie des fonds qui étaient jugés manquants. De nouvelles rencontres entre le milieu muséal québécois et le ministère de la Culture sont prévues au cours des prochains mois pour faire le point sur la situation.

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