L'année Geneviève Cadieux

La photographe Geneviève Cadieux au Musée d'art contemporain... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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La photographe Geneviève Cadieux au Musée d'art contemporain de Montréal.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

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Deux expos à Halifax, une à Montréal et une à Joliette. Son triptyque primé à Venise exposé en ce moment à Québec. Une expérience de commissaire au Musée d'art contemporain de Montréal. De nouvelles oeuvres très lyriques présentées chez son galeriste René Blouin. Et l'émission, par Postes Canada, d'un timbre à l'image de son oeuvre La voie lactée. Quelle année pour la photographe Geneviève Cadieux! La Presse l'a rencontrée.

Un timbre dentelé destiné au courrier international sera émis demain et bien des Montréalais le reconnaîtront aisément. Il est constitué des fameuses lèvres de la photographie La voie lactée, de Geneviève Cadieux, qui se trouve bien en évidence sur le toit du Musée d'art contemporain de Montréal, à l'angle des rues Jeanne-Mance et Sainte-Catherine Ouest.

La sortie de ce timbre, avec les lèvres de la mère de Geneviève Cadieux, a lieu dans le cadre de la troisième émission philatélique de Postes Canada destinée à marquer 150 ans de photographie. Geneviève Cadieux est honorée en même temps que la Montréalaise Nina Raginsky et l'Anglo-Canadien Harold Mortimer-Lamb.

«Ce timbre est un cadeau du ciel, dit Geneviève Cadieux, en entrevue. C'est d'autant plus intéressant que les timbres vont disparaître...»

Cette année, Geneviève Cadieux est à la fois très occupée et... victime de la météo. Les précipitations de neige ont été tellement importantes en Nouvelle-Écosse en mars qu'elle n'a pu assister au vernissage d'une double exposition présentée jusqu'au 17 mai à la galerie d'art de l'Université Mount Saint Vincent (MSVU Art Gallery) et à la Dalhousie Art Gallery. Tant pis, elle reviendra la vernir avec son commissaire Vincent Bonin quand la neige aura fondu!

Cette expo rétrospective est une commande et une mise en circulation du Musée d'art de Joliette qui en présentera une version adaptée l'automne prochain. Elle rend compte de 27 ans de production de l'artiste, soit de 1985 à 2012. Nous en reparlerons à la fin de l'été...

En attendant, les amateurs de la photographe peuvent se rendre au Musée national des beaux-arts du Québec, dans la Vieille Capitale, jusqu'au 31 mai, pour admirer La fêlure, au choeur des corps. Pièce maîtresse de l'exposition contemporaine et conceptuelle Incarnations, il s'agit de son triptyque primé à la Biennale de Venise en 1990: une photo d'un baiser entouré de deux cicatrices.

Nouvelles oeuvres

Pas de blessures ni ecchymoses ni cicatrices à la galerie René Blouin, à Montréal, sauf peut-être celles, fugaces, que le vent dessine dans l'eau. Dans les grandes salles blanches de la galerie, Geneviève Cadieux expose jusqu'au 11 avril une production sur le paysage, exposition plus lyrique et moins incisive que d'habitude.

«Geneviève m'a dit que pendant longtemps, elle a cherché le paysage dans le corps et que maintenant, elle cherche le corps dans le paysage, dit René Blouin. Cela a certainement un rapport avec la maturité.»

L'apothéose de l'expo se trouve dans la troisième salle avec les trois oeuvres Flow, très picturales, qui représentent un plan d'eau en positif, un en négatif et un dernier où Geneviève Cadieux a poussé l'image si fort que des tons rosés donnent à l'oeuvre l'apparence d'une peinture.

L'oeil et l'esprit au MAC

Depuis jeudi dernier, Geneviève Cadieux présente l'exposition L'oeil et l'esprit au Musée d'art contemporain de Montréal. Une sélection d'oeuvres de la collection du musée qu'elle a préparée avec la conservatrice de la collection, Josée Bélisle. «J'adore le Musée d'art contemporain, dit-elle sur place. Je m'y sens un peu chez moi. Je connais les équipes. Elles sont très près des artistes.»

Ce n'est pas un baptême de commissaire pour Geneviève Cadieux. En 2005, elle a déjà été commissaire de l'exposition Off White, présentée alors à Dazibao.

Pour cette deuxième expérience, elle a travaillé avec Josée Bélisle, responsable de la collection au MAC. Elles ont préparé ensemble la mise en espace d'une centaine d'oeuvres de quelque 80 artistes en faisant des plans sur papier. Geneviève Cadieux s'était installée au musée pour se documenter sur la collection et faire ses choix parmi 8000 oeuvres d'art.

Toujours de l'audace

Pour intituler son regard sur la collection, elle a choisi L'oeil et l'esprit, titre du dernier ouvrage que Maurice Merleau-Ponty a achevé de son vivant, en 1960. Un livre dans lequel le philosophe s'interroge sur le corps humain, la peinture et les paysages de Cézanne. Un choix concordant, donc.

De façon assez audacieuse, Geneviève Cadieux a choisi de mettre en préambule de l'expo une série murale de plusieurs dizaines de portraits de différentes époques, surtout des portraits de femmes. Une installation de portraits les uns à côté des autres comme on en voyait avant dans les maisons particulières de collectionneurs.

L'audace de Geneviève Cadieux réside aussi dans le fait que bien des oeuvres sont antérieures à la période contemporaine.

«En fait, ces corpus, notamment les débuts de la photographie, sont là, car ils informent sur le développement de l'art contemporain», justifie Josée Bélisle.

«Cela montre l'importance de la continuité de l'art, ajoute Geneviève Cadieux. En regardant le mur, on a une partie de l'histoire de l'art qui nous est révélée. Être accueilli par ça, c'est jouissif!»

En face des portraits, Geneviève Cadieux a placé des peintures de paysages dans des tonalités similaires, notamment d'Emily Carr (qu'elle adore), de Naomi Jackson Groves et de J. E. H. MacDonald, une aquarelle de Trevor Gould, un portrait photographique d'Andres Serrano, une épreuve à développement chromogène de Cindy Sherman et un autoportrait de John Lyman, en hommage au paysagiste qui fit tant pour intéresser les Montréalais aux arts plastiques.

Dans les salles suivantes, des oeuvres sont au mur, contre le mur, installées sur le sol ou sur un long présentoir en forme de table de banquet, comme un repas de portraits, cette fois-ci en trois dimensions.

Dans la dernière grande salle, on remarque avant toute chose les «derviches tourneurs» d'Ana Hamilton, (bearings), 1996, des voilages noirs et blancs en organza de soie qui tournent sur des rails métalliques, tout près d'un tondo de Claude Tousignant.

Cette exposition «d'artiste» est d'autant plus agréable pour le visiteur que chaque salle dispose de grandes feuilles plastifiées avec des photos et des informations sur chaque oeuvre. Une initiative de Geneviève Cadieux que le musée devrait généraliser. Une Geneviève Cadieux qui a adoré son expérience.

«J'aurais pu faire une exposition totalement différente, dit l'artiste-commissaire. C'est un exercice très intéressant. Apprécier les liens entre les oeuvres. Avoir accès intimement à une collection. C'est enrichissant. Et puis, monter l'exposition, pouvoir voir ensuite dans la réalité ce que l'on a pensé, ça aussi c'est l'oeil et l'esprit d'une certaine manière.»

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