Entretien avec Christian Marclay: prendre le temps

Christian Marclay présente son oeuvre The Clock, un... (Photo Martin Roy, Le Droit)

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Christian Marclay présente son oeuvre The Clock, un montage de scènes de films d'une durée de 24 heures projeté en temps réel, au Musée d'art contemporain de Montréal.

Photo Martin Roy, Le Droit

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Plasticien, vidéaste, musicien et compositeur, Christian Marclay a travaillé durant trois ans avec son équipe d'assistants pour créer The Clock. Reconnu pour ses recherches sur les liens entre sons et images, l'artiste de 58 ans a voulu, avec cette oeuvre, explorer le passage du temps dans nos vies. Notre journaliste Éric Clément lui a posé quelques questions sur son travail.

Q/R

D'où est venue l'idée de The Clock?

Il arrive un moment dans notre existence où on sent que le temps passe trop vite. C'est une réflexion qu'on a dans la cinquantaine. Et puis le temps est essentiel pour moi dans la musique, car elle se décline dans le temps, comme John Cage l'avait si bien exprimé dans son oeuvre 4'33 (4 minutes 33 secondes). C'est donc une oeuvre tant visuelle que sonore sur le temps.

C'est donc dans la continuité de vos travaux de mixage de sons et de musiques ainsi que d'échantillonnages?

Tout à fait. J'ai développé mes habiletés en montage et en échantillonnage en commençant avec le son, avec mes mélanges de DJ. C'est ce qui m'a permis de comprendre comment on peut créer une sorte de continuité, même dans le désaccord. On a tellement l'habitude que tout soit coupé-collé dans notre quotidien avec les images de télévision.

The Clock est un hommage au cinéma et à l'obsession du temps chez l'être humain?

Je ne sais pas si on est plus obsédés par le temps aujourd'hui que dans le passé, mais on le mesure plus qu'avant avec nos montres, nos téléphones, nos ordinateurs. Nos vies sont un peu chronométrées et d'une façon nouvelle.

A-t-il été difficile de trouver ces milliers d'extraits de films pour construire The Clock?

Je me suis occupé du montage et mes assistants ont fait la recherche. Regarder des films toute la journée est un boulot assez agréable! J'avais en moyenne six assistants.Ils devaient chercher des images dans des westerns américains, des films japonais, français, des films de Bollywood, etc. Il fallait avoir le plus de diversité possible dans le genre et dans les langues puisque la bande-son est la trame sonore originale.

A-t-il été fastidieux de faire en sorte que l'heure dans le film soit la même que celle de la montre du spectateur?

C'est trois ans de montage tous les jours! Ç'a été très fastidieux. Mais j'espère que quand on regarde The Clock, on ne pense pas tellement à cet aspect et qu'on se laisse prendre par l'action.

Avec The Clock, on réalise que le temps correspond à une multitude d'attitudes que l'on a dans nos vies...

Oui, on se lève à peu près à la même heure, on mange aux mêmes heures. On est très dépendants de ce rythme complètement artificiel. Le soleil dicte un certain rythme, mais on vit aussi beaucoup au rythme de nos iPhone.

Avez-vous privilégié des acteurs ou des réalisateurs que vous aimiez?

Absolument pas. C'est toujours l'extrait qui déterminait le choix.

Qu'est-ce qui vous a intéressé particulièrement dans la réalisation de ce projet?

J'ai trouvé ça intéressant par rapport aux vidéos qu'on peut voir dans les galeries d'art. On ne sait jamais si la vidéo vient de commencer ou si c'est presque la fin. Je voulais créer quelque chose qui soit en boucle et qui puisse s'apprécier à n'importe quel moment sans qu'on ait l'impression d'avoir manqué quelque chose.

Comment avez-vous fait pour assurer une fluidité sonore si naturelle?

C'était essentiel, comme la colle qui tient le tout. Le son, c'est plus facile que l'image, car on peut mélanger deux sons et en obtenir un troisième, ce qu'on ne peut pas faire avec l'image.

Vous n'avez pas eu de problèmes de droits pour utiliser tous ces extraits de films?

Non, ça constitue du fair use («usage loyal»), puisqu'on crée quelque chose d'unique à partir des extraits. Si j'avais filmé tout ça, ça aurait été très ennuyeux. C'est parce qu'on reconnaît les films que ça rend le projet intéressant.

Vous avez eu des exigences particulières pour la projection de The Clock?

La seule chose que j'ai demandée, c'est que ça ne soit pas une salle de cinéma. Il faut un espace où les gens puissent rester longtemps, assis confortablement, qu'ils puissent entrer et sortir sans déranger leurs voisins. Les gens peuvent rester debout derrière. Moi, je suis content quand il y a beaucoup de monde.

Mais vous ne tenez pas à ce qu'on reste trop longtemps...

Des fous sont restés pour essayer de tout voir. Ce n'est pas un marathon. On a aussi une vie en dehors du film! Ces choix que vous allez faire quant à l'instant où vous allez voir The Clock sont des choix personnels. Vous devenez acteur dans le cadre de cette installation. Dois-je partir maintenant? Attraperai-je mon autobus à l'heure si je reste encore cinq minutes? Ces questions sont importantes, car elles vous engagent dans ce mécanisme.

Cette oeuvre est devenue une sorte de référence temporelle dans votre carrière...

Elle est aussi devenue un handicap! (Rires.) Je fais tellement de choses: de la musique, de la performance, de la peinture... J'espère que ce travail va stimuler la curiosité des spectateurs pour les autres choses que j'ai réalisées.




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