Décès du sculpteur et peintre Alain Aslan

Alain Aslan pose à côté du buste du... (Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Alain Aslan pose à côté du buste du Général de Gaulle.

Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse

Spécialiste du nu féminin, le peintre, dessinateur et sculpteur Alain Aslan est décédé, mardi, dans les Laurentides, à l'âge de 83 ans. Né en France, il avait immigré au Canada en 1995 avec sa femme Brigitte. Vivant discrètement au Québec, il était pourtant le plus grand peintre et sculpteur français de l'ère moderne ayant consacré son art à la femme.

Il était connu pour avoir sculpté les bustes de Brigitte Bardot et de Mireille Mathieu en Marianne, le symbole de la République française, représentée coiffée d'un bonnet phrygien. Ces bustes avaient été placés dans quelque 20 000 mairies de France dans les années 1960 et 1970. Premier buste diffusé en miniature du vivant de son auteur par le musée du Louvre, celui de Brigitte Bardot est encore vendu par le musée parisien.

Il était aussi réputé dans les années 1960 à 1980 pour avoir dessiné régulièrement la «pin-up du mois» dans la revue française pour hommes Lui. Inspiré par le dessinateur Alberto Vargas, qui dessinait des femmes sexy aux États-Unis pour le magazine Playboy, Alain Aslan a passé plus de 20 ans, mois après mois, à dessiner des modèles de femmes aux formes sensuelles et généreuses. Ses oeuvres sont visibles sur le site www.aaslan.com.

«C'était un monstre sacré, un immense sculpteur et un immense peintre, a dit à La Presse son agent, François Meyniel, joint en France. L'anatomie des corps qu'il dessinait était parfaite. C'est le seul peintre qui sculptait la peinture. Il ne peignait qu'au pinceau en multipliant les couches.»

«Il n'avait pas d'équivalent dans le monde, a ajouté l'historien français de la BD Christian Marmonnier, qui a coordonné depuis 2010 la sortie des trois tomes de Pin-Up d'Aslan. Il passait des dizaines d'heures avec chaque modèle.»

Dans le livre Français de Montréal, publié par le photographe Bertrand Lemeunier et l'auteur de cet article en 2005 aux Éditions La Presse, Alain Aslan avait raconté que sa carrière avait débuté par une fessée! «À 3 ou 4 ans, j'avais trouvé un crayon et barbouillé le papier peint d'un mur de la maison. J'avais fait le geste et cette peinture gestuelle me fascinait. Du coup, m'a mère m'avait acheté un carnet de croquis.»

Dessin du buste de Brigitte Bardot en Marianne,... (© CDE4, Aslan, Paris 2014) - image 2.0

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Dessin du buste de Brigitte Bardot en Marianne, 1970.

© CDE4, Aslan, Paris 2014

Il a par la suite suivi les cours de l'École des beaux-arts de Bordeaux puis avait étudié à Paris. Au début, il avait du mal à se concentrer lorsqu'il peignait des femmes nues. «J'étais gêné, disait-il. Je tournais le dos au modèle et je me retournais furtivement pour le regarder et pouvoir travailler. Je dirais presque que c'est par malchance que mon premier modèle était une femme!»

Alain Aslan était un maître du dessin mais a créé beaucoup de sculptures, notamment de vedettes. Il a sculpté la statue de Dalida qui a été placée sur la tombe de la chanteuse, au cimetière Montmartre, à Paris. Il a sculpté des hommes également: Alain Delon, Georges Pompidou et le Général de Gaulle dont le buste a été placé devant l'édifice de la Société Saint-Jean-Baptiste, rue Sherbrooke, à Montréal. Au Québec, il avait également réalisé les bustes des peintres Alfred Pellan et René Richard et le portrait de l'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier.

De son vrai nom Alain Gourdon (il avait pris Aslan, le nom de son grand-père d'origine arménienne, comme nom d'artiste), Alain Aslan aimait le Québec. Il avait dit: «Les Québécois ont le sens des valeurs et même une noblesse.»

L'artiste n'aura toutefois pas pu avoir de son vivant le plaisir d'une exposition rétrospective de ses oeuvres. «Les musées ne se sont pas intéressés aux oeuvres d'Aslan, regrette François Meyniel. Mais il est très collectionné. Quand on a vendu plusieurs de ses oeuvres au Crazy Horse, à Paris, en 2012, il y avait 350 personnes dans la salle.»

Alain Aslan ne cherchait pas la reconnaissance. Il était satisfait du travail accompli et avait toujours soif de créer. «Je ne me suis jamais pris pour un génie mais il y a ici une certaine modestie plus appréciée qu'en France, lit-on dans Français de Montréal. Ici, je suis heureux. Ma vie, c'est mon travail. Ce qui m'ennuie, c'est tout ce que je ne ferai pas. J'ai une grosse inquiétude: avoir atteint un sommet, ne pouvoir aller plus haut et risquer de redescendre. Ça, c'est très difficile à envisager.»

Les cendres d'Aslan retourneront en France, dans la région d'Aquitaine où il a grandi. «Il voulait que ses cendres soient dispersées au bord du lac de Biscarosse qu'il aimait beaucoup», a dit Brigitte Aslan à La Presse.




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