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La «French Connection» de la culture

Nathalie Bondil... (Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Nathalie Bondil

Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse

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Le phénomène n'est pas nouveau, mais il est cumulatif: de plus en plus de Français choisissent de s'établir au Québec. La légende veut qu'ils vivent tous sur le Plateau, devenu une petite annexe de la République française.

Cinquante-cinq mille d'entre eux se sont inscrits au consulat français à Montréal. Comme l'inscription n'est pas obligatoire, on peut facilement doubler le chiffre pour estimer leur nombre réel.

Dans le milieu de la culture, un rapide survol des festivals, des événements et des organismes révèle que c'est un milieu de prédilection qu'ils ont investi en masse et avec succès.

Une vingtaine d'entre eux y occupent des postes-clés: cela va de Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, arrivée à Montréal en 1999 avec un bébé naissant et un diplôme en histoire de l'art, et devenue une figure essentielle de la scène culturelle montréalaise, jusqu'à Mustapha Terki, fondateur du festival de musique électronique MEG (Montreal Electronic Groove), dont il lance des franchises un peu partout dans le monde, en passant par l'énergique Caroline Andrieux, fondatrice et directrice artistique du Quartier éphémère et de la Fonderie Darling, Nicolas Girard Deltruc du Festival du nouveau cinéma, Sylvie Teste des Escales improbables ou Frédéric Loury d'Art souterrain.

Je les ai appelés pour leur poser trois questions: quand et pourquoi avez-vous quitté la France? Qu'avez-vous trouvé chez nous que vous ne trouviez pas en France? Qu'estimez-vous avoir apporté à la société québécoise?

Premier constat, les Français qui occupent des postes-clés ne sont pas arrivés hier.

À peine une poignée est installée ici depuis cinq ans ou moins, comme le journaliste Mathieu Prost, dont on peut entendre la voix (et l'accent charmant) dans Le monde en bref, un segment d'actualités au Téléjournal de 18h animé par Patrice Roy.

Les autres sont arrivés au Québec au tournant des années 2000, ont fait leurs classes comme subalternes avant d'accéder à des postes de direction.

Nathalie Bondil a été pendant huit ans adjointe au directeur Guy Cogeval au MBAM. Caroline Andrieux a ramé pendant des années et vécu de petites subventions avant d'avoir les moyens de rénover la Fonderie Darling et d'y installer des ateliers qui attirent des artistes du monde entier.

Nicolas Girard Deltruc a d'abord travaillé à Paris pour le célèbre producteur Marin Karmitz et sa boîte MK2, avant de revenir au Québec, où il avait étudié, et de se joindre à l'équipe du Festival du nouveau cinéma, dont il a pris la direction en 2007. Il a sa petite théorie sur la nouvelle génération de Français qui ont investi le milieu culturel d'ici: «La crise des intermittents du spectacle en France et les changements dans leur statut ont déçu et désabusé beaucoup de gens du milieu de la culture. Convaincus que l'horizon était bouché en France, ils ont eu envie d'aller voir ailleurs. Le Québec, avec son ouverture, son goût de la nouveauté et son fameux PVT (Programme vacances travail), d'une durée de deux ans à l'époque, les a séduits.»

La déception face à une société française sclérosée est un thème qui revient souvent dans la conversation. Tous ceux à qui j'ai parlé ne se sentaient pas vraiment bien en France, trouvaient les rapports compliqués, les portes pour de nouveaux projets souvent fermées et les espaces trop étroits.

De grands espaces... mentaux

Caroline Andrieux raconte que c'est l'espace physique, mais aussi l'espace mental d'ici qui a tout fait basculer. Pourtant, avant de mettre les pieds à Montréal, cette spécialiste de la conversion de bâtiments industriels en lieux culturels ne savait même pas où se trouvait la ville sur une carte.

Invitée par le ministère de la Culture du Québec à venir faire le tour des ruines industrielles montréalaises, elle a eu un coup de coeur pour le faubourg des Récollets qui, à l'époque, ne payait pas de mine. «Toutes ces usines, ces forges et ces fonderies abandonnées, ça m'a fait halluciner. C'était pour moi d'une beauté sans nom.»

Au bout de plusieurs allers-retours, Caroline Andrieux a finalement décidé en 1997 de quitter la France pour les grands espaces montréalais. Elle n'a jamais regretté son choix.

Ce qu'ils ont apporté à la société québécoise?

À une autre époque, ceux qu'on appelait les «maudits Français», se seraient empressés de vanter leurs qualités et leurs mérites. Mais cette nouvelle génération de Français décoincés et sensibles se complaît rarement dans l'autosatisfaction.

Pourtant, la présence française dans le milieu culturel fait une différence: pour le bagage culturel avec lequel nos amis français arrivent ici, pour leur regard différent sur les choses, pour leurs contacts à l'étranger dont ils nous font profiter, pour leur désir de liberté d'autant plus grand qu'il a été brimé par la hiérarchisation extrême de la société française, pour leur côté entrepreneur et parce qu'ils nous font voir et parfois redécouvrir des choses qu'on ignore ou qu'on ne voit plus.

Cela prenait un Frédéric Loury pour constater que la ville souterraine n'était pas juste un long couloir impersonnel, mais un lieu propice à l'art contemporain; une Caroline Andrieux pour réveiller notre sensibilité au patrimoine industriel; une Sylvie Teste pour mêler les genres et créer des rencontres improbables au Vieux-Port, et une Nathalie Bondil pour prendre une institution un peu poussiéreuse comme le Musée des beaux-arts de Montréal et en faire un lieu dynamique, ouvert et générateur d'expositions qui se baladent un peu partout dans le monde.

Montréalais avant tout

La tentation serait de croire qu'il existe une sorte de «french connection», voire de mafia française, qui a pris le contrôle du milieu culturel montréalais. Il n'en est rien. Les Français que l'on retrouve dans le milieu culturel montréalais viennent d'horizons divers, ne se connaissaient pas en France et ne se fréquentent pas ici.

Mais, surtout, la plupart ont oublié qu'ils étaient français. Ils se voient avant tout comme des Montréalais. Ils sont peut-être venus d'ailleurs, mais tous semblent engagés à rester ici, à apporter leur touche singulière à la culture commune et à se rendre indispensables. Or, à ce chapitre, pas de doute, c'est bien engagé.

Vingt noms qui comptent

NATHALIE BONDIL

Directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, vice-présidente du Conseil des arts du Canada et vice-présidente et membre du comité de programmation de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal

Arrivée à Montréal en 1999 avec un bébé de 6 mois, un diplôme d'histoire de l'art et une âme de voyageuse, la directrice du Musée des beaux-arts de Montréal ne croyait rester dans la métropole qu'un an.

Quinze ans plus tard, Mme Bondil aime toujours autant l'esprit de Montréal et son système de gouvernance singulier: «Ici, dit-elle, la pyramide du pouvoir a été aplanie. On n'obéit pas à des énarques. Ici, la société civile a un beau rôle à jouer. Et les trois ordres de gouvernement représentent à mes yeux une force et une richesse. Tout cela rend mon travail tellement plus gratifiant.»

Malgré les rumeurs qui l'envoyaient dans des musées à Paris, Nathalie Bondil affirme: «Tant qu'on voudra de moi, je reste ici.»

Mustapha Terki... (Photo: Martin Tremblay, archives La Presse) - image 3.0

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Mustapha Terki

Photo: Martin Tremblay, archives La Presse

MUSTAPHA TERKI

Fondateur et directeur du Festival de musique électronique MEG (Montreal Electronic Groove)

Venu pour la première fois à Montréal en 1990 alors qu'il était programmateur pour le Festival de la chanson de Bourges, Mustapha Terki s'est installé à Montréal neuf ans plus tard pour deux raisons: l'amour et la rencontre avec le producteur Jacques Primeau (Rock et Belles Oreilles) avec qui il a fondé le Festival de musique électronique de Montréal, le MEG.

Ce qu'il a trouvé chez nous? Une effervescence, une créativité, une ouverture d'esprit. «Je sentais que les gens, ici, voulaient prendre des risques et faire les choses autrement. Ça m'a allumé.»

Frédéric Loury... (Photo: André Pichette, archives La Presse) - image 4.0

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Frédéric Loury

Photo: André Pichette, archives La Presse

FRÉDÉRIC LOURY

Fondateur et directeur général d'Art souterrain

C'est le service militaire français qui a amené Frédéric Loury à Montréal, en 1994, dans les bureaux de Hachette. Au bout de 18 mois, il a décidé de rester à Montréal, mais a mis 15 ans avant de fonder l'événement Art souterrain et de transformer les 7 km de couloirs et de passerelles souterrains du centre-ville en haut lieu de l'art contemporain.

«J'ai eu de la difficulté à faire ma place au début, mais ce qui m'a encouragé, c'est la facilité avec laquelle les portes s'ouvraient malgré tout. À Montréal, j'ai eu accès immédiatement à des gens qui, en France, dans les mêmes postes, ne m'auraient jamais adressé la parole. Ici, on donne toujours la chance au coureur.»

Sylvie Teste... (Photo: fournie par Sylvie Teste) - image 5.0

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Sylvie Teste

Photo: fournie par Sylvie Teste

SYLVIE TESTE

Fondatrice et directrice des Escales improbables dans le Vieux-Port

Née à Lyon, ayant longtemps travaillé à Paris, Sylvie Teste a eu un gros coup de coeur pour Montréal en 1993 en accompagnant la chanteuse Cesaria Evora dont elle produisait les spectacles.

Elle a fini par s'y installer 10 ans plus tard et par créer ses Escales improbables, le rendez-vous des arts multidisciplinaires et émergents qui aura 12 ans en 2015.

«Ce n'est pas toujours plus facile ici qu'en France, mais la grande différence, c'est qu'ici, lorsqu'on a une idée, on peut la tester immédiatement. L'énergie, le bouillonnement et le dynamisme québécois qu'on ne cesse de vanter, ce n'est pas une légende. Je ne saurais plus m'en passer. Ni de l'hiver, au demeurant.»

CAROLINE ANDRIEUX

Fondatrice et directrice artistique du Quartier éphémère et de la Fonderie Darling.

NICOLAS GIRARD DELTRUC

Directeur général du Festival du nouveau cinéma.

CHARLOTTE SELB

Directrice de la programmation aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

FLORENCE NOYER

PDG de Gallimard Canada.

MARIE-CHRISTINE PICARD

Directrice des opérations et de l'exploitation du cinéma Excentris.

SEGOLÈNE ROEDERER

Directrice générale de Cinéma Québec qui chapeaute les Rendez-vous du cinéma québécois, la Soirée des Jutra et la Tournée du cinéma québécois.

ALAIN DANCYGER

Directeur général des Grands Ballets canadiens.

DANIÈLE DE FONTENAY

Codirectrice générale et codirectrice artistique de l'Usine C.

FRÉDÉRIC KERVADEC

Chargé de la programmation nationale et internationale au festival Nuits d'Afrique.

MARIE LAURE SAINDANI

Programmatrice au Piknic Électronik et à Igloo Fest.

JULIEN VALMARY

Directeur du soutien et des initiatives stratégiques au Conseil des arts de Montréal.

ESTELLE LAI

Directrice chez Toxa et codirectrice du magazine Urbania et de son site web.

GILDA ROUTY

Présidente du conseil d'administration du Salon du livre de Montréal et directrice commerciale chez Bayard Canada.

MATHIEU PROST

Rédacteur et lecteur du Monde en bref pour le service des nouvelles de Radio-Canada et pour le Téléjournal de 18h.

MICHEL DE LA CHENELIÈRE

Pionnier de l'édition des manuels scolaires au Québec et mécène des arts à travers la Fondation de la Chenelière.

GUILHEM CAILLARD

Directeur général du festival de films français Cinémania.

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