Où est passé le goût du risque?

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L'économie des marchés émergents est en perte de vitesse, notamment en Chine où les investissements devraient croître de seulement 1%.

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Richard Dupaul

Les grandes entreprises de la planète ont-elles perdu le goût du risque? Une chose est certaine, elles investissent de moins en moins dans des projets de croissance et préfèrent accumuler des liquidités.

Peu importe les efforts des banques centrales pour stimuler le crédit - et elles en font beaucoup ces temps-ci -, l'investissement dans de nouvelles usines ou dans les technologies de pointe reste «LE» moteur de la croissance et de l'emploi.

En ce sens, le monde a de quoi s'inquiéter, indique une nouvelle enquête de la firme Standard&Poor's (S&P).

La firme de notation de crédit a interrogé 2000 des plus grandes entreprises de la planète et le portrait de son sondage montre essentiellement deux choses:

> D'une part, les grandes sociétés ont réduit leurs investissements en 2013. Plus inquiétant encore, elles devraient faire la même chose au cours des trois années suivantes;

> D'autre part, l'étoile des pays émergents pâlit auprès des grands investisseurs - une situation confirmée par un autre rapport des Nations unies.

Ainsi, les dépenses d'investissement des grandes sociétés ont baissé l'an dernier de 1% en termes réels (en soustrayant l'inflation), à 3327 milliards US, selon S&P. Or, au moment où les États-Unis, la Chine et l'Europe tentent de se remettre en marche avec d'audacieuses politiques monétaires, les entreprises, elles, semblent peu pressées à se risquer dans des projets de croissance.

D'ailleurs, les investissements du «top2000» devraient même diminuer de 0,5% cette année. Et surtout, autre mauvaise nouvelle: l'agence anticipe encore des replis inquiétants en 2015 (-3%) et 2016 (-2%).

Après des années de hausse des investissements, surtout dans les pays émergents, «les 2000 premières entreprises du monde jouent la sécurité et accumulent les liquidités», écrit S&P.

Combien de liquidités? Plus précisément 4500 milliards US - un record confirmé par d'autres enquêtes témoignant de la frilosité des grandes sociétés.

Les facteurs

Pourquoi cette panne alors que la Réserve fédérale et les autres banques centrales inondent le système financier de liquidités?

D'abord, parce que les chefs d'entreprises constatent que la croissance économique reste faible dans les pays développés et, surtout, que la faible inflation les empêche d'augmenter les prix... et leurs marges de profit, explique S&P.

Donc pas de croissance, pas d'investissement. Pas d'investissement, pas de croissance. Le monde est pris dans un cercle vicieux.

De plus, plusieurs grandes banques de la planète pensent surtout, et encore, à assainir leur bilan après les dégâts causés par la crise financière 2008. Du coup, elles hésitent à prêter pour des projets plus risqués. En Europe, en particulier, plusieurs critiquent vivement le faible niveau du crédit au secteur privé, ce qui tue tout espoir de reprise soutenue.

Par ailleurs, certaines industries mondiales, dont l'automobile et le secteur minier, souffrent de surcapacités, ce qui rend les projets d'expansion peu viables. Dans le secteur du fer, par exemple, l'abondance du minerai fait chuter les prix et personne ne veut investir dans ce contexte. S'ensuivent des fermetures, notamment dans le nord du Québec (Labrador Iron Mines), comme on l'apprenait mercredi dernier.

L'étoile des émergents pâlit

Autre raison du manque d'enthousiasme des entreprises: la perte de vitesse des pays émergents.

S&P anticipe une baisse étonnante de 4% des dépenses d'investissement dans les pays du BRIC cette année, soit dans la lignée de 2013. Cela touche les entreprises brésiliennes, russes et indiennes actives surtout dans les matières premières et, «de façon surprenante», la Chine où les investissements devraient croître de seulement 1%.

D'ailleurs, une autre étude publiée la semaine dernière témoigne aussi de l'essoufflement des investissements dans les pays émergents.

Certes en 2013, les économies en développement se sont taillé la part du lion des investissements directs étrangers (IDE): elles représentent 54% de ces dépenses (à 778 milliards US), indique un rapport de la CNUCED (Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement).

Toutefois, les flux de capitaux vers ces pays, qui montaient en flèche depuis le début des années 2000, tendent à plafonner, prévient l'organisme.

En fait, les investissements étrangers hors de la Chine pourraient même supplanter, dès cette année, les IDE dans l'empire du Milieu. Bref, le vent tourne. Une conséquence des doutes occidentaux envers l'économie chinoise, mais aussi de la propension grandissante des entreprises chinoises à investir au-delà de leurs frontières.

En fait, pour beaucoup d'entreprises, l'herbe semble plus verte chez les voisins ces temps-ci. Peu portées à investir à la maison, les sociétés misent beaucoup à l'étranger - un phénomène ironiquement de bon augure pour les États-Unis, le Canada et les autres pays «riches».

La CNUCED prédit en effet que les IDE vers les pays développés devraient croître de 35% cette année, plus forte hausse depuis cinq ans, alors que les investissements étrangers vers les pays émergents diminueraient de 0,2%. Le balancier commence donc à pencher de l'autre côté.




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