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Avortements tardifs: le Collège des médecins «préoccupé»

Le phénomène est suffisamment important, relèvent les auteurs... (PHOTO JENNIFER WHITNEY, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

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Le phénomène est suffisamment important, relèvent les auteurs de l'article paru dans la revue Neonatalogy, pour gonfler sensiblement le taux de mortalité infantile du Québec, qui intègre tout enfant né vivant, y compris ceux qui meurent peu de temps après avoir vu le jour.

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Le Collège des médecins du Québec est « préoccupé » par la manière dont les avortements tardifs sont pratiqués dans la province et vient de former un groupe de travail en vue d'établir de nouvelles lignes directrices à ce sujet pour les praticiens, a appris La Presse.

La porte-parole de l'organisation, Caroline Langis, a indiqué que le groupe de travail, spécialisé en éthique clinique, devra établir un portrait de la situation actuelle dans les établissements et produire ultimement un guide reflétant celui qui a été établi pour l'aide médicale à mourir.

La décision survient dans la foulée d'une étude chapeautée par une chercheuse de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui indique qu'un nombre non négligeable d'interruptions de grossesse pratiquées à un stade de gestation avancée mènent à des naissances vivantes « accidentelles ».

Le phénomène est suffisamment important, relèvent les auteurs de l'article paru dans la revue Neonatalogy, pour gonfler sensiblement le taux de mortalité infantile du Québec, qui intègre tout enfant né vivant, y compris ceux qui meurent peu de temps après avoir vu le jour.

« Comment ces enfants sont-ils pris en charge ? S'ils ne sont pas réanimés, est-ce que des soins palliatifs sont fournis ? Sont-ils admis dans des unités de néonatalogie ou meurent-ils dans la salle d'accouchement ? Les parents sont-ils informés si le foetus survit ? », demandent les auteurs, qui soulignent l'urgence d'améliorer les pratiques cliniques en matière d'avortement tardif.

À partir de 21 semaines

Le Collège des médecins, dans un document de référence sur l'interruption volontaire de grossesse datant de 2012, indiquait qu'il est préférable à partir de 21 semaines de gestation de procéder à une injection de chlorure de potassium ou de digoxine, qui touche le coeur, pour « éviter l'expulsion d'un foetus vivant » lorsque l'accouchement est induit artificiellement.

L'étude parue dans Neonatalogy souligne que le foeticide réduit la possibilité de naissance vivante, « mais il existe un risque d'échec et ce ne sont pas toutes les femmes qui optent pour cette option ».

La Dre Nathalie Auger, de l'INSPQ, a expliqué en entrevue que l'étude n'avait pas permis de déterminer pourquoi le foeticide n'avait pas été pratiqué dans les cas où il y a eu naissance vivante accidentelle.

« On ne sait pas si les femmes sont au courant du risque qu'il y a de ne pas pratiquer de foeticide », a-t-elle précisé en relevant que la recherche était basée essentiellement sur une analyse statistique des causes inscrites sur les certificats de décès.

4,4 % des cas de mort infantile

L'étude indique que l'interruption volontaire de grossesse a été enregistrée comme cause dans 4,4 % des cas de mort infantile survenus de 2000 à 2012. Dans la plupart des cas, la mort est survenue dans les trois heures suivant la naissance.

Le Dr Antoine Payot, un néonatalogiste qui dirige l'unité d'éthique clinique de l'hôpital Sainte-Justine, estime que l'évocation de naissances vivantes « accidentelles » par les auteurs de l'étude parue dans Neonatalogy est « plutôt tendancieuse » et cache une réalité plus complexe.

Selon lui, il s'agit « probablement », dans la plupart des cas, d'interruptions volontaires de grossesse sans foeticide choisies par des femmes « qui ont bénéficié d'un accompagnement palliatif à la naissance ».

« Nous avons beaucoup travaillé, notamment à Sainte-Justine, pour humaniser l'accompagnement palliatif en salle de naissance depuis 10 ans et cela a mené à une reconnaissance des deuils vécus par les patientes et une humanisation des soins pour ces bébés qui sont maintenant reconnus comme tels et non comme du "matériel biologique" », dit le Dr Antoine Payot.

Les avortements tardifs, particulièrement lorsqu'ils surviennent au-delà du seuil de gestation où le foetus est considéré comme viable, suscitent des interrogations éthiques importantes, y compris chez les praticiens eux-mêmes.

Les cas où le foetus présente des malformations congénitales majeures suscitent moins de difficultés éthiques que ceux où une part d'incertitude importante demeure quant à sa santé et à son développement ultérieurs, note le Dr Payot.

Dans un cas comme dans l'autre, la décision ultime quant à la poursuite de la grossesse relève de la femme ou du couple concerné, précise le médecin.

__________________

L'étude en bref

L'étude parue dans Neonatalogy sur les naissances vivantes « accidentelles » au Québec après une interruption de grossesse tardive indique que : 

8,6 % des morts infantiles survenues dans les 24 heures suivant la naissance qui ont été enregistrées de 2000 à 2012 étaient liées à une interruption volontaire de grossesse ;

4,4 % des morts survenues dans la première année de vie étaient liées à une interruption volontaire de grossesse ;

218 morts infantiles survenues de 2000 à 2012 avaient officiellement pour cause une interruption volontaire de grossesse.

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