Un quasi-sans-faute pour les robots chirurgicaux du Québec

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Il s'appelle Da Vinci, il a quatre bras et n'est pas très souriant. Mais si un tel robot se penche un jour sur vous pour vous opérer, ne paniquez pas. Malgré une étude qui montre que les robots chirurgicaux connaissent souvent des ratés aux États-Unis, les hôpitaux québécois qui les utilisent ne rapportent pratiquement pas d'incidents ou d'accidents impliquant ces machines.

Les cinq robots chirurgicaux en fonction au Québec n'ont donné lieu qu'à un seul accident impliquant un patient au cours des dernières années, selon des données recueillies par La Presse auprès des hôpitaux qui les utilisent. Le cas en question, un « défaut technique du robot », est survenu à l'Hôpital général juif. Invoquant la confidentialité, l'établissement refuse de fournir les détails de l'incident, mais assure que « le patient se porte bien aujourd'hui, sans aucunes séquelles ». Il s'agit du seul problème causé par un robot en 1851 interventions dans cet hôpital.

« Cet événement a permis d'améliorer les soins liés à la robotique chirurgicale partout au pays. », explique Emmanuelle Paciullo, porte-parole de l'Hôpital général juif.

L'Hôpital général juif est le seul au Québec à posséder deux robots chirurgicaux. L'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, le Centre universitaire de santé McGill et le Centre hospitalier universitaire de Québec en possèdent aussi chacun un. Ces trois établissements ne rapportent aucun accident ou incident au cours des deux dernières années. Les robots sont surtout utilisés pour des interventions chirurgicales en urologie et en gynécologie, mais aussi pour des opérations au foie, aux reins ainsi qu'en chirurgie bariatrique.

Le mois dernier, une étude américaine menée par des chercheurs provenant notamment du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a montré que les robots chirurgicaux ont provoqué au moins 144 décès et près de 1400 blessures en 14 ans aux États-Unis.

Patients coupés, pièces qui tombent dans le corps des malades, arcs électriques qui provoquent des brûlures : le document faisait état d'un taux « significatif » de problèmes. En entrevue à La Presse, l'un des chercheurs de l'étude avait dit craindre que le nombre de cas ne soit en réalité beaucoup plus élevé, puisqu'il n'existe pas d'obligation de les rapporter aux États-Unis.

Situation différente au Québec

La situation est différente au Québec, où tous les cas doivent faire l'objet d'un rapport officiel. Ces rapports se retrouvent cependant classés avec tous ceux concernant des « incidents ou accidents impliquant des équipements », si bien qu'il a fallu aux hôpitaux concernés plusieurs jours, et même dans certains cas plusieurs semaines, pour fournir à La Presse des statistiques sur les événements impliquant des robots.

« Je suis très surpris par les données américaines. Des pièces qui tombent dans les patients, des arcs électriques, je n'ai jamais vu ça. Et je travaille avec les robots depuis plus de 10 ans. », affirme le Dr Ronald Denis, chef du département de chirurgie à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Le Dr Denis explique qu'un ingénieur de l'entreprise qui commercialise le robot est présent à chaque opération en cas de pépin. Les chirurgiens font l'objet d'un entraînement intensif avant d'opérer des patients, et l'équipe s'est fait la main sur des cas simples avant d'attaquer des cas compliqués. Selon le Dr Denis, ces mesures expliquent l'absence d'accidents dans son hôpital.

Notons que l'entreprise Intuitive Surgical, qui commercialise le robot Da Vinci utilisé au Québec, ne rapporte aucun décès sur 17 200 interventions chirurgicales effectuées au Canada depuis 2003 (dont 5611 au Québec).

Pascale Saint-Pierre, porte-parole du Centre hospitalier universitaire de Québec, souligne que les robots sont utilisés depuis plus longtemps aux États-Unis qu'au Québec.

« Est-ce que la technologie utilisée aux États-Unis était de première ou deuxième génération et donc moins maîtrisée ? Est-ce que nos critères qui encadrent les chirurgies robotisées sont différents ? », avance-t-elle.

Jai Raman, chirurgien au Rush University Medical Center de Chicago et auteur de l'étude qui documentait les problèmes des robots aux États-Unis, convient que la technologie a beaucoup évolué au fil des ans, mais refuse de se prononcer sur la quasi-absence de problèmes répertoriés au Québec.

Les avantages du robot chirurgien

  • Permet d'éviter plusieurs opérations ouvertes (le robot permet d'opérer de façon peu invasive des cas qui seraient sinon inopérables de cette façon)
  • Douleur moindre pour le patient
  • Pertes de sang moindres
  • Temps d'hospitalisation réduit
  • Le chirurgien voit mieux ce qu'il fait qu'avec la laparoscopie conventionnelle (insertion d'une caméra par une ouverture du corps)
  • Permet aux hôpitaux d'attirer et de retenir des chirurgiens de haut niveau

Inconvénient

  • Absence de rétroaction tactile pour le chirurgien

Sources: Les chirurgiens Tien Le, de l'hôpital d'Ottawa, et Ronald Denis, de Sacré-Coeur, ainsi que le CHU de Québec

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