OGM et cancer: péripéties d'une étude controversée

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Gilles-Éric Séralini

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Une étude qui conclut que le maïs transgénique donne le cancer aux rats a fait la une des journaux en France et créé bien des remous au Québec depuis la semaine dernière. Son auteur, le biologiste français Gilles-Éric Séralini, publie ce matin au Québec son livre Tous cobayes!

«Elles ont causé dans la seconde moitié du XXe siècle le plus de décès sur la planète, non par mort brutale, mais par de longues maladies qui détruisent la vie à petit feu.»

Le préambule du livre de Gilles-Éric Séralini, biologiste à l'Université de Caen et président du conseil scientifique du Centre de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), ONG qui regroupe des chercheurs et des environnementalistes, va droit au but: l'industrie agroalimentaire est à elle seule responsable de l'augmentation du nombre de maladies chroniques et de cancers dans les dernières décennies.

Tous cobayes! raconte notamment les péripéties de l'étude publiée la semaine dernière par M. Séralini dans la revue Food and Chemical Toxicology. Avec sept autres chercheurs, il a suivi 200 rats pendant deux ans, ce qui correspond à leur espérance de vie normale. Ils ont observé que les rats nourris de moulée faite de maïs génétiquement modifié (OGM) souffraient et mouraient davantage du cancer, comparativement aux rats nourris à la moulée sans OGM.

Menée en secret

M. Séralini étant débordé, La Presse s'est entretenue avec l'un des coauteurs de l'étude, Joël Spiroux de Vendômois, médecin et président du CA du CRIIGEN. Le Dr Spiroux a défendu l'un des aspects controversés de l'étude - le fait qu'elle ait été menée dans le plus grand secret. Le livre décrit comment les communications entre chercheurs étaient cryptées et comment une fausse étude a été mise sur pied pour que l'Université de Caen ne s'y intéresse pas trop.

«Nous savions que, si elle avait des résultats importants, cette étude serait la première de longue durée en toxicité des OGM au monde, dit le Dr Spiroux en entrevue téléphonique. Certains lobbys auraient pu nous mettre des bâtons dans les roues. Quand des études ou des actions dérangent, des moyens un peu surprenants sont utilisés. Il y a des fuites pour que les revues ne veuillent plus publier les résultats.»

Et était-il vraiment nécessaire d'interdire aux journalistes à qui l'étude a été donnée sous embargo avant publication de la montrer à d'autres experts pour obtenir leurs commentaires?

«Nos résultats mettent en cause le laxisme des structures d'évaluation des pesticides partout sur la planète. Nous craignions qu'il y ait des pressions sur la revue. On l'a vu dans l'affaire Pusztai il y a quelques années. Le livre Le monde selon Monsanto raconte qu'il y a eu des pressions du premier ministre britannique.»

Ce livre, écrit par la journaliste Marie-Monique Robin, reprend une information du quotidien The Guardian, qui a écrit que Tony Blair a fait, avec succès, pression sur les supérieurs d'Arpad Pusztai pour qu'il soit congédié. Ce phytologiste émérite a affirmé en 1998, sur la base de résultats préliminaires, qu'il valait mieux éviter de manger des OGM. L'étude de M. Pusztai a été publiée en 1999 dans The Lancet pour stimuler le débat scientifique, selon l'éditeur de cette revue scientifique.

Un complément sur le web?

L'étude de M. Séralini et du Dr Spiroux a été critiquée notamment parce qu'elle ne donne pas tous les détails sur la diète des rats et les résultats cités. N'aurait-il pas été préférable de publier une annexe sur l'internet, comme le font de plus en plus de chercheurs?

«C'est une quantité astronomique de résultats, dit le Dr Spiroux. On ne pouvait pas tout publier. Nous allons donner tous les résultats avec les autres publications à venir.»

En entrevue avec la revue Nature, par contre, M. Séralini a affirmé qu'il ne publierait pas ses résultats complets tant que les sociétés produisant les semences transgéniques, comme Monsanto, ne publieraient pas les leurs. Ces données industrielles sont gardées secrètes même si elles sont évaluées par les autorités réglementaires.

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