Environnement: «Le Québec n'a plus les moyens de rater ses objectifs»

Lancement du projet «Le climat, l'État et nous»,... (Photo Alain Roberge, La Presse)

Agrandir

Lancement du projet «Le climat, l'État et nous», avec Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, Pascale Biron, professeure et directrice du département de Géographie, urbanisme et environnement à l'Université Concordia, et Normand Mousseau, professeur de Physique et directeur académique à l'Institut de l'Énergie Trottier.

Photo Alain Roberge, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Le Québec est incapable d'atteindre ses objectifs en matière d'environnement et c'est seulement par une refonte de la gouvernance qu'il peut éviter l'échec.

C'est là le constat auquel en arrive un groupe d'experts universitaires, qui propose de créer un poste de ministre du Développement durable distinct du ministère de l'Environnement et dont la tâche serait de centraliser et superviser les politiques environnementales afin d'établir entre les différents ministères touchés par ces politiques une cohérence jusqu'ici inexistante.

«L'incohérence des décisions, l'absence de données solides et de stratégies réelles coûtent très cher au Québec en dépenses directes», a tranché la directrice du département de géographie, d'urbanisme et d'environnement à l'université Concordia, Pascale Biron, lors de la présentation du projet «Le climat, l'État et nous», mardi à Montréal.

Elle a ajouté que le coût se mesure également en occasions ratées pour le secteur privé qui est freiné dans ses choix d'investissement par l'inexistence d'une vision à long terme, d'un cadre clair et de programmes facilitateurs.

«Le Québec n'a plus les moyens de continuer ainsi à rater ses objectifs environnementaux», a-t-elle martelé.

Le groupe d'experts, soutenu par le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, l'Institut de l'énergie Trottier et l'Institut du Nouveau Monde, souligne, outre l'absence de vision et de planification à long terme, le travail en silo des différents ministères et des municipalités et le manque de données scientifiques requises pour prendre des décisions éclairées.

«Tout le monde est d'accord qu'il faut protéger l'environnement, mais nous sommes incapables d'intégrer ce grand discours dans nos choix quotidiens», a insisté le directeur académique de l'Institut Trottier, le physicien Normand Mousseau.

Il a donné l'exemple de l'annonce, le 27 novembre 2015, d'une cible de réduction de 37,5 pour cent des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2030, suivie de l'annonce le 7 avril 2016, de la politique énergétique du Québec 2030: «Six mois plus tard, on arrive avec un plan énergétique qui ne rencontre pas les cibles qu'on s'est données six mois plus tôt», laisse-t-il tomber, y voyant illustration à fois désolante et typique du manque de cohérence d'un ministère à l'autre.

Le groupe d'experts propose donc la mise en place d'une structure partant d'un ministre du Développement durable qui chapeauterait un comité regroupant les différents ministres concernés - économie, sécurité publique, affaires municipales, santé et environnement, notamment - le tout relié au bureau du premier ministre.

«Actuellement, c'est très fragmenté, a fait valoir Rémi Quirion. On a de grands objectifs, mais pour les opérationnaliser par la suite, il y a trop de personnes qui sont responsables d'un petit bout.»

Il suggère ensuite de créer une Agence du développement durable répondant du ministre et responsable entre autres du financement des projets de développement durable, de la planification de l'adaptation aux changements climatiques, de la gestion de l'eau, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), qui serait appuyée d'un comité d'experts de différents domaines, le tout assujetti à la surveillance du commissaire au développement durable, dont la fonction existe déjà.

Le fait d'adjoindre un comité d'experts est incontournable, afin que les décisions soient basées sur la science, mais les experts avertissent qu'il faudra aussi consacrer des efforts à la mise à jour des informations scientifiques.

«On l'a vu pour les inondations du printemps, a rappelé Normand Mousseau. Les cartes (des zones inondables) pour Montréal remontent à 1978. On prend des décisions sur du vent», s'est désolé le chercheur.

Proposition «martyre»

En présentant le projet «Le climat, l'État et nous», mardi à Montréal, les représentants du groupe de 23 scientifiques a répété à quelques reprises qu'il s'agissait d'un projet «martyr», en ce sens qu'on le conçoit comme un point de départ et non une proposition finale.

Les idées qu'ils avancent sont d'ailleurs soumises à la consultation publique et tous les citoyens sont invités à s'exprimer d'ici le 18 mars prochain sur les questions environnementales et sur le projet lui-même sur le site web climat-etat-nous.org.

Normand Mousseau reconnaît, toutefois, que la population peut être désabusée par certains écarts entre les intentions et les résultats des initiatives environnementales gouvernementales, comme par exemple l'utilisation du Fonds vert à des fins qui n'ont guère d'impact sur l'amélioration de l'environnement ou la valse-hésitation face à l'exploitation des hydrocarbures au Québec.

«L'accumulation des échecs augmente le cynisme et est donc très mauvaise pour la démocratie parce que les citoyens ne croient plus à ce qu'on leur propose», admet Normand Mousseau.

Rémi Quirion estime malgré tout qu'il est essentiel d'impliquer les citoyens pour faire avancer la cause de la protection de l'environnement, car ce sont eux qui ont le plus d'influence en bout de ligne: «Il faut impliquer le grand public, la société civile davantage parce que ce sont eux qui vont amener les politiciens à voir l'importance du dossier».

Le scientifique en chef se dit convaincu, en contrepartie, qu'une tranche bien ciblée de la population répondra à l'appel: «J'ai surtout confiance aux jeunes, à la nouvelle génération, qui sont très sensibles du côté environnement, côté climat.»

Les contributions citoyennes serviront à alimenter les discussions lors d'une journée de réflexion et de débat dans le cadre d'un grand forum national, le 12 avril.

Le groupe d'experts, qui insiste sur le caractère non partisan et apolitique de leur démarche, dit vivement espérer que la question de la structure de gouvernance en matière de développement durable sera l'un des enjeux des prochaines élections provinciales en octobre.

Disant constater une réelle volonté d'agir pour préserver l'environnement dans l'ensemble des formations politiques, les scientifiques font valoir que leur proposition peut être portée par tous les partis puisqu'il en va de l'intérêt de tous d'aborder cette question avec une vision globale à long terme.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer