Une femme dit avoir été agressée sexuellement par un député libéral

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(Québec) Chacun des députés libéraux sera rencontré pour faire la lumière sur les allégations d'agression sexuelle lancées par une jeune femme contre un membre de l'équipe gouvernementale, a annoncé le premier ministre Philippe Couillard jeudi. Et son leader parlementaire a appelé l'individu à se manifester.

Cette femme prénommée «Alice» a pris la parole lors du rassemblement qui a lieu à Québec mercredi soir pour soutenir les victimes des agressions présumées survenues à l'Université Laval le weekend dernier. Elle a donné des détails sur Facebook de l'agression qui serait survenue dans un restaurant de Québec à l'été 2014.

«L'un d'entre eux, homme dont je ne nommerai pas le nom, mais qui siège présentement comme député libéral à l'Assemblée nationale, semblait me trouver bien de son goût, révèle-t-elle. Cet homme m'a agressé sexuellement, à mon lieu de travail. Et aujourd'hui encore, il prend des décisions.»

Elle travaillait comme hôtesse dans le restaurant. Elle n'identifie pas le député libéral qui l'aurait agressée et qui serait «un vieil ami du patron». Elle soutient que la police a voulu la dissuader de porter plainte pour protéger l'agresseur.

«Ce n'est pas parce que je ne l'ai pas dénoncé, a-t-elle révélé dans son discours à l'Université Laval. C'est juste qu'on a voulu protéger l'agresseur parce qu'il a un siège à l'Assemblée nationale, parce que c'est un homme important, parce que sa carrière est plus importante que l'agression que j'ai vécue.»

Philippe Couillard s'est dit «bouleversé» par les allégations. «J'ai une fille et une petite-fille, quand je vois ça, ça me renverse», a-t-il dit. 

«J'ai demandé au whip du gouvernement avec quelqu'un de mon cabinet de faire des vérifications auprès de chacun des élus. Bien sûr, c'est une situation délicate. Il faut que les droits des gens soient respectés. Mais je veux quand même aller plus loin sur cette question. Je ne prends pas non plus cette déclaration à la légère», a-t-il ajouté à l'entrée d'une réunion de son caucus. «On va demander à chaque député (...) s'il connaît la personne, s'il fait l'objet de rencontres avec les forces policières sur cette question, sans préjuger de la culpabilité», a ajouté le premier ministre.

Alors qu'un climat de suspicion s'est installé à l'Assemblée nationale, M. Couillard a invité à la prudence. «Ne nous transformons pas ici en enquêteur et en police, ce n'est pas notre job ici», a-t-il dit.

«Le message que je veux envoyer à la population du Québec, c'est que ce sujet n'est pas banalisé, n'est pas tassé, est traité au plus haut niveau de priorité, avec tout le respect et le sérieux qu'il mérite. Et le message aux femmes du Québec, c'est que: oui, dénoncez ces situations, mais vous avez le droit de vous sentir bien partout, dans toutes les situations, n'importe quelle heure du jour.»

Le leader parlementaire libéral, Jean-Marc Fournier, a dit ne pas connaître l'identité du député en cause. Il l'a appelé à sortir de l'ombre.

«Je pense qu'au moins, il devrait dire que c'est lui», a indiqué M. Fournier à sa sortie du Salon bleu.

À la sortie de la réunion du caucus, on a demandé à la vice-première ministre Lise Thériault si elle connaissait le député qui serait en cause, si l'un de ses collègues s'est manifesté lors de la réunion. «Ce qui se passe au caucus va rester au caucus. Vous aurez certainement l'occasion d'avoir des réponses à vos questions plus tard»,  a-t-elle dit. Elle a ajouté que «personne n'est au dessus des lois.» 

Elle a plus tard précisé qu'aucun député libéral ne s'est manifesté.

Lisée craint un «cover-up»

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a affirmé «qu'il y a un nom qui circule», sans toutefois le révéler.

Il craint que cette affaire ait été étouffée par un «cover-up», puisqu'il juge inconcevable qu'une plaignante sexuelle ait été dissuadée de porter plainte contre un agresseur sexuel.

«Qui l'a dissuadé ? a demandé M. Lisée. Ce n'est certainement pas à la police de dissuader une jeune femme victime d'agression sexuelle de continuer sa démarche pour avoir justice. Alors ça, c'est doublement troublant.»

Philippe Couillard nie tout cover-up. «Je pense que notre tacticien en chef exagère un peu», a-t-il dit.

Legault troublé

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a qualifié de «troublantes» les révélations d'«Alice».

«C'est épouvantable si, effectivement, c'est vrai que des policiers reprochent aux femmes de dénoncer. Il faut dénoncer ces policiers-là. Je veux dire: c'est inacceptable. Il faut plutôt les protéger, les accompagner, les encourager. On ne peut pas commencer à prendre la part des agresseurs.»

Un député libéral s'excuse

Le député libéral Serge Simard a semblé remettre en question les allégations de la plaignante lorsqu'on lui a fait remarquer qu'il «semble» qu'un député libéral serait impliqué.

«Vous avez bien dit "il semble", a-t-il souligné. On demande souvent à quelqu'un "c'est quoi le nom de ton maire" et il ne le sait pas.»

M. Simard s'est excusé quelques heures plus tard, après que ses commentaires eurent été dénoncés à l'Assemblée nationale.

«Je ne veux surtout pas banaliser ce qui s'est passé. C'est extrêmement grave et j'invite tous ceux qui sont victime de harcèlement de déclarer et d'aller vers les autorités pour s'assurer que tout cela s'arrête.»

La police confirme qu'elle enquête

Le Service de police de la Ville de Québec a confirmé jeudi matin qu'il enquête sur les allégations formulées par «Alice». Son porte-parole, David Poitras, confirme que la jeune femme qui a pris la parole à l'Université Laval a déposé une plainte en mars dernier.

«Dans ce dossier, il y a une enquête qui est ouverte et nous avons besoin de la collaboration de la victime pour continuer», a indiqué M. Poitras.

Il affirme que c'est la première fois que le SPVQ est informé d'allégations selon lesquelles on aurait tenté de dissuader la victime de porter plainte contre son agresseur. Il assure que de tels gestes «ne représentent aucunement les valeurs du service».

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