Des extras de 55 millions au MTQ

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Depuis 2010, la moyenne annuelle des extras compilés par la CAQ se situe à plus de 67 millions. En 2014, la facture s'Est élevée à près de 100 millions.

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On les appelle avenants, dépassements de coûts ou extras, mais la réalité est toujours la même. Ainsi, au cours des neuf premiers mois de l'année 2015, le ministère des Transports a dû débourser près de 55 millions supplémentaires pour la réalisation de certains de ses projets.

C'est ce qui ressort des renseignements transmis par le ministère des Transports du Québec (MTQ) à la suite d'une demande de La Presse, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. La liste de 84 contrats couvre la période entre le 1er janvier et le 1er octobre 2015. Les dépassements de coûts, qui ont tous été autorisés par la sous-ministre, totalisent 54 504 588$.

«Il y a de toute évidence une déficience dans la planification contractuelle au MTQ. Ça commence à ressembler à une volonté à ne rien régler», estime le député Claude Surprenant, porte-parole en matière de transport pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

La CAQ a également les chiffres du MTQ en main. Elle y voit la poursuite d'une culture de gestion des extras qui n'est pas à l'avantage des citoyens. Depuis 2010, la moyenne annuelle des extras compilés par la CAQ se situe à plus de 67 millions. L'année 2014 a été exceptionnelle alors que la facture s'est élevée à 99 411 451$.

Selon les documents du MTQ, un dépassement de coûts sur quatre est justifié par une modification dans le concept initial du projet. On compte également 31 extras liés à une surveillance additionnelle du chantier attribuable à des imprévus ou à une prolongation de l'échéancier. Ce fut le cas pour les travaux au tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui ont coûté 111 000$ de plus que prévu.

Rapport d'audit

Des dépassements de coûts ont également été relevés par les vérificateurs internes du MTQ dans 7 des 14 directions territoriales. Comme l'a révélé La Presse hier, un rapport de vérification a été achevé en décembre 2014 et transmis officiellement au MTQ en mai dernier, soit plusieurs mois avant que le ministre Robert Poëti n'en soit informé.

Quarante dossiers devant mener à la signature d'un contrat à une firme de génie avaient été soumis à une validation administrative. Résultat: 39 des 40 dossiers étaient jugés conformes. Mais après le passage de l'équipe de vérification interne, dans les mois suivants, il n'en restait plus qu'un seul qui respectait les normes de conformité.

Au MTQ, on reconnaît que certains fonctionnaires responsables de la validation (professionnels en conformité de processus) auraient été invités par leurs supérieurs à présenter les non-conformités comme de simples commentaires. Selon les sources de La Presse, des fonctionnaires auraient subi des pressions et même de l'intimidation, ce qu'ont dit ignorer le MTQ et le ministre Poëti.

«Cette pression est monnaie courante dans des ministères», estime le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Richard Perron. «Ces professionnels-là devraient relever d'une institution externe pour assurer l'intégrité du processus. Quand on affaiblit les pare-feu, on ouvre la porte à toutes sortes de situations intenables», ajoute-t-il.

La porte-parole en matière de transport au Parti québécois, la députée Martine Ouellet, qualifie la situation d'«inquiétante». «Il y a là tous les ingrédients de la collusion et de la corruption. C'est le danger de la pression exercée sur les fonctionnaires. Il faut changer la culture, mais pour l'instant, le MTQ et le ministre minimisent tout ça», constate-t-elle.

Il y a trois semaines, la commission Charbonneau notait dans son rapport définitif que «le MTQ a aussi négligé de donner suite à de nombreux rapports de vérification internes, du Vérificateur général du Québec (VGQ) et de consultants privés, qui faisaient état de problèmes récurrents quant à l'expertise du Ministère, à sa capacité de produire des estimations justes, à ses processus de suivi des contrats et à sa gestion des avenants».

- Avec la collaboration de William Leclerc

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