Un péquiste peint un portrait décapant de PKP

Tout n'est pas noir, insiste l'auteur Pierre Dubuc.... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Tout n'est pas noir, insiste l'auteur Pierre Dubuc. Québecor a fait des contributions importantes à la culture québécoise, mais «le lourd bilan antisyndical de PKP» pèse plus lourd, selon lui.

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(QUÉBEC) Un gestionnaire « erratique », qui a multiplié les erreurs et dont l'entreprise a été sauvée du naufrage par l'épargne des Québécois: le militant péquiste Pierre Dubuc brosse un portrait décapant de Pierre Karl Péladeau, le favori dans la course à la succession de Pauline Marois.

Dans un ouvrage de 150 pages, à paraître la semaine prochaine et intitulé PKP dans tous ses états, le ténor du SPQ Libre collige une longue liste de transactions, toutes connues publiquement, qui jette une lumière différente sur le parcours du magnat québécois des médias. Les ambitions de Péladeau ont été successivement internationales, pancanadiennes et finalement québécoises, à la suite d'une série de mauvaises décisions qui ont fait perdre de l'argent à Québecor, observe Dubuc, un partisan de Martine Ouellet dans la course à la direction du PQ.

« PKP n'est pas un self-made-man. Il est l'héritier d'un empire édifié par son père », souligne d'emblée Dubuc. Pierre Karl Péladeau soutient avoir fait fructifier le capital familial, mais une analyse plus serrée des transactions qu'il a faites « et l'évolution de Québecor au cours des années montr[ent] un portrait beaucoup plus nuancé », estime l'auteur.

Pour lui, la réputation de M. Péladeau comme homme d'affaires avisé est « démesurée ». Les réactions sont bien mesurées du côté de M. Péladeau. « Il ne commentera pas un livre qu'il n'a pas lu », a résumé son porte-parole, Marc-André de Blois.

À la fin des années 90, M. Péladeau était à la tête du plus gros imprimeur commercial au monde. Quebecor World comptait 160 000 employés. Huit ans plus tard, la multinationale se mettait sous la protection de la loi sur la faillite au Canada et aux États-Unis.

M. Péladeau était devenu le plus grand éditeur de journaux au Canada avec l'achat de Sun Media et d'Osprey Media. Il avait payé très cher Sun Media et l'a revendu 14 ans plus tard au quart de son prix d'achat. Sans l'appui de la Caisse de dépôt pour l'achat de Vidéotron, « l'entreprise familiale se dirigeait allègrement vers la faillite », soutient l'auteur, citant Michel Nadeau, un vice-président de la Caisse de dépôt à l'époque. « L'héritage paternel s'est évaporé à la suite d'une gestion erratique des héritiers », selon lui. Aujourd'hui, Vidéotron est la « vache à lait » de l'empire Québecor, la source de 75 % de ses revenus.

« Peut-être à cause de ses revers économiques, PKP a maintenant décidé d'investir le terrain politique. Après avoir contribué financièrement aux caisses électorales du Parti conservateur à Ottawa (2004, 2006), à celles du Parti libéral (2005, 2007, 2008) et de l'ADQ (2007) au Québec, PKP s'affiche maintenant comme le plus résolu des indépendantistes », relève Dubuc.

Parti conservateur

Celui qui aspire à diriger le parti de René Lévesque a aussi été un partisan de Stephen Harper sur la scène fédérale, observe Dubuc, un ténor de l'aile gauche du PQ. « Sun Media et Sun News ont, de façon outrancière, fait la promotion au Canada anglais de Stephen Harper et de ses politiques conservatrices », écrit-il.

Les conservateurs à Ottawa ont été attentifs aux arguments de Québecor dans divers dossiers, des « retours d'ascenseur », estime Dubuc. Ils ont réduit les subventions gouvernementales à Radio-Canada, concurrent direct de TVA. Ottawa a aussi décrété qu'il faudrait réserver une partie du spectre des ondes à d'autres entreprises de téléphonie cellulaire que Bell, Rogers et Telus.

Avec une pointe d'ironie, Pierre Dubuc relève que le souverainiste Péladeau avait soutenu « It's a big day for Canada! » quand Québecor avait fait l'acquisition des journaux Sun, qui se sont distingués dans le Québec bashing sans être freinés par le patron souverainiste. Sun News a logé à la même enseigne, « dans le but d'augmenter ses cotes d'écoute », analyse Dubuc.

Pour Dubuc, avec des campagnes de presse organisées, comme « le Québec dans le rouge » dans tous les médias de Québecor, il a pu arracher au gouvernement Charest un feu vert pour le programme de procréation assistée, et même un appui financier pour l'amphithéâtre de Québec, une facture de 400 millions de fonds publics. Même le Parti québécois de Pauline Marois a cédé et appuyé l'amphithéâtre, pour se rapprocher du magnat de la presse, dont les médias faisaient activement la promotion de la Coalition avenir Québec de François Legault, selon Dubuc.

Le PQ a alors mis au rancart son engagement pour la modernisation de la loi antibriseurs de grève; à l'époque des conflits, les députés péquistes refusaient de donner des entrevues aux journaux de Québecor.

« Dans toutes ces circonstances, PKP a mis ses intérêts personnels au-dessus, voire à l'encontre des intérêts québécois, sous le fallacieux prétexte que "ce qui est bon pour Québecor est bon pour le Québec" », écrit Dubuc, qui ne manque pas de rappeler le blâme récent du Commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale envers M. Péladeau pour être intervenu comme député en faveur de son entreprise.

Tout n'est pas noir, insiste l'auteur. Québecor a fait des contributions importantes à la culture québécoise, avec, par exemple, le projet « Éléphant - mémoire du cinéma québécois ». Mais « le lourd bilan antisyndical de PKP » pèse plus lourd, selon lui.

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