Un député libéral face à d'anciens comptes de frais

Yves St-Denis, député libéral d'Argenteuil.... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Yves St-Denis, député libéral d'Argenteuil.

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Louise Leduc
La Presse

Avant d'être élu député libéral d'Argenteuil, en avril 2014, Yves St-Denis, qui était président de la commission scolaire des Affluents, dans Lanaudière, a présenté des réclamations et s'est fait rembourser le billet et le kilométrage pour de nombreuses journées de golf et des factures de téléphone cellulaire dépassant régulièrement, et ce, largement, les forfaits habituels.

Les comptes de frais obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information témoignent du fait que M. St-Denis était très actif sur les verts, certaines années.

En 2009, il a fait des réclamations pour 12 tournois de golf; en 2011, cela s'est produit 13 fois et en 2013, 7 fois.

À titre de président de commission scolaire, il a notamment participé à des tournois de golf au profit de la Fondation des maladies de l'oeil, du théâtre Hector-Charland, de l'hôpital Le Gardeur, du Centre de santé et de services sociaux du sud de Lanaudière, de même qu'à des tournois de golf de l'entreprise Piscine Tropicana, de l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, de la Chambre de commerce de Terrebonne, de la Chambre de commerce de Mascouche, de la Jeune Chambre de commerce de Lanaudière, des villes de Repentigny, de L'Épiphanie, du Club Richelieu et du Club optimiste de Mascouche et de Rawdon.

En juin 2013, malchanceux, M. St-Denis s'est rendu à un tournoi. Il s'est mis à pleuvoir. Il est retourné à la maison, puis a repris le chemin du terrain de golf. Pour cette seule journée, il a fait une réclamation pour 186 kilomètres à la commission scolaire des Affluents, soit deux allers-retours.

M. St-Denis était aussi un habitué des déjeuners ou soupers des chambres de commerce de Terrebonne et de Mascouche, ce qui était pour lui l'occasion d'entendre notamment des conférenciers comme l'ancien maire de Mascouche, Richard Marcotte, et son directeur général, Luc Tremblay.

Fait à noter, à lire les documents obtenus à l'aide de la Loi d'accès à l'information, M. St-Denis ne réclamait jamais le remboursement de sa journée de golf proprement dite, mais seulement le kilométrage, alors qu'il réclamait ses repas dans les chambres de commerce.

En entrevue, M. St-Denis explique que les billets pour les journées de golf ne se retrouvent pas dans ses comptes de frais, mais qu'ils étaient néanmoins remboursés par la commission scolaire, à part. À certaines occasions, indique M. St-Denis, «il a dû arriver qu'on soit invités».

Mais pourquoi un président de commission scolaire est-il aussi souvent appelé à jouer au golf?

M. St-Denis explique la chose par le fait qu'il devait «faire la promotion de la commission scolaire à tous les égards». «On est beaucoup sollicité quand on est président d'une commission scolaire.»

Son emploi, dit-il, faisait en sorte qu'il devait «être présent partout», ce qui se constate d'ailleurs dans ses comptes de frais. Dans la seule année 2009, il a par exemple parcouru 7529 kilomètres.

Or, précise-t-il en entrevue, sa tâche de président de la commission scolaire ne l'occupait qu'à temps partiel.

Sa déclaration obligatoire au Commissaire à l'éthique à la déontologie spécifie qu'à cette époque, il était aussi propriétaire d'une compagnie à numéro, administrateur du Centre local de développement économique des Moulins et administrateur, jusqu'en avril 2014, au Cégep de Lanaudière.

Très actif au téléphone

Et comment expliquer ces factures de téléphone cellulaire, qui, selon les relevés de Rogers, dépassaient largement les forfaits habituels?

À cela, M. St-Denis commence par dire que «ce qu'il est important de savoir», c'est qu'il a utilisé son propre cellulaire, et ce, à ses frais, au cours de ses deux premières années à titre de président.

Plus tard dans la conversation, il dira que cela ne justifierait pas pour autant des remboursements anormalement élevés par la suite, ce qu'il assure ne pas avoir fait.

À son souvenir, ses demandes de remboursement ne dépassaient généralement pas une centaine de dollars par mois, sauf peut-être quand il se trouvait «à l'extérieur du pays», et qu'il devait «rester en contact avec la commission scolaire». Parfois, du matériel devait être remplacé.

En novembre 2010, constate-t-on, la commission scolaire lui a par exemple remboursé 752,50$.

En novembre 2011, la facture a été de 407,61$. En janvier 2012, 362,87$. En février 2013, 448,48$

Sur son compte de dépenses, à de nombreuses reprises, il écrit à la main «-25%, personnel».

«Je faisais une approximation», explique-t-il en entrevue.

Les listes de numéros de téléphone de ses interlocuteurs ne sont jamais annexées aux demandes de remboursement.

Au début de 2014, les demandes de remboursement de téléphone cellulaire n'apparaissent plus. «Je n'ai pas claimé ceux-là parce qu'il y avait une controverse. Le nouveau président n'a pas voulu les payer», explique M. St-Denis.

«Je trouve ça poche de passer pour un cheap», a lancé M. St-Denis à la fin de l'entrevue, disant avoir tant fait pour sa commission scolaire et avoir très peu réclamé de repas, par exemple.

Joint au téléphone, René Labrie, qui a été président de la commission scolaire à partir de l'élection de M. St-Denis comme député jusqu'aux élections scolaires de l'automne dernier, précise avoir de fait «refusé de signer ces comptes de frais parce qu'il manquait des pièces justificatives».

M. Labrie ne comprenait pas au surplus comment M. St-Denis pouvait avoir eu de telles factures de téléphone cellulaire, alors que les siens n'étaient que d'une dizaine de dollars par mois.

M. Labrie reconnaît par ailleurs avoir lui-même pris part à plusieurs tournois de golf du temps où il était vice-président de la commission scolaire des Afffluents. «Souvent, on était invités par des ingénieurs, des entrepreneurs, qui nous disaient: «On a des billets. Les veux-tu?» »

Nous avons demandé en vain à plusieurs reprises une entrevue avec le président de la commission scolaire des Affluents, Thomas Ducyk, qui était directeur général à l'époque où M. St-Denis était président. Le service de communications n'a pas davantage répondu à nos questions.

- Avec la collaboration de Serge Laplante

Controverse et départ houleux

Le départ de M. St-Denis de la Commission scolaire des Affluents a été houleux. En septembre, la commission scolaire a déposé une motion de blâme contre son ex-président, notamment parce qu'elle estimait qu'il avait utilisé les ressources de la commission scolaire à des fins partisanes, pour faire mousser son élection comme député libéral.

M. St-Denis a contesté cette motion de blâme devant les tribunaux et la Commission scolaire des Affluents a décidé de la retirer.

Le Journal de Montréal a révélé par ailleurs en novembre qu'Yves St-Denis refusait de rendre ou d'acheter deux ordinateurs qui lui avaient été prêtés par la commission scolaire.

À La Presse, M. St-Denis a soutenu qu'il avait utilisé son propre ordinateur au début de son mandat et qu'il était entendu qu'en conséquence, il garderait les ordinateurs usagés qu'il aurait en sa possession à son départ.

Les ordinateurs ont finalement été rendus quand le Parti libéral a sommé son député de régler la situation.

L'UPAC

En 2012, M. St-Denis a été l'objet d'une controverse quand des enquêteurs de l'UPAC se sont penchés sur un contrat de 465 000$ que la Commission scolaire des Affluents avait accordé à Rogers Communications pour l'entretien de 300 téléphones cellulaires.

M. St-Denis détenait alors 10% des parts de la boutique Rogers de Terrebonne à qui avait été accordé en partie le contrat.

Cette enquête n'a cependant pas donné lieu à des accusations, nous a indiqué l'UPAC.

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