Analyse

Amer lendemain de veille au PQ

Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau lors de... (Photo Christinne Muschi, archives Reuters)

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Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau lors de la soirée électorale du 7 avril.

Photo Christinne Muschi, archives Reuters

(Québec) Assommés par le verdict du 7 avril, les péquistes se retrouvent ce matin pour mettre un terme à l'autopsie de la défaite. Dur lendemain de veille pour un parti qui, en début de campagne, se voyait reporté au pouvoir et former un gouvernement majoritaire. À Québec l'amertume est palpable: la sortie acerbe, cette semaine, d'un Stéphane Bédard à l'endroit du vérificateur général, accusé d'avoir fait «la job des libéraux», en témoigne.

Même après deux mois, bien des péquistes sont toujours traumatisés par leur déconfiture. La course à la direction qui se profile paraît encore bien lointaine, le choix entre Pierre Karl Péladeau ou Bernard Drainville reste bien théorique quand, plus fondamentalement, on constate que seulement 16% des jeunes de moins de 24 ans appuient le PQ.

À observer les échanges à l'Assemblée nationale, leur résonance dans la population, on peut penser que l'heure est proche où la Coalition avenir Québec de François Legault dépassera le Parti québécois dans le coeur des électeurs. Cette semaine, le chef de la CAQ prédisait que son parti réserverait au PQ le sort que ce dernier avait réservé à l'Union nationale. Exsangue, l'ancien parti de Maurice Duplessis n'était plus que l'ombre de lui-même, au début des années 80. Son chef Rodrigue Biron avait rallié René Lévesque. Venu d'Ottawa, Roch La Salle avait lamentablement échoué à raviver les braises. Cela n'arrive pas souvent, mais les partis meurent aussi.

C'est le fond de scène de la Conférence nationale des présidentes et des présidents du PQ à Drummondville, qui, en soirée, rendra hommage à Pauline Marois - plusieurs femmes engagées y contribueront, notamment son ancienne patronne Lise Payette. Mme Marois avait été la chef de cabinet de la ministre à la Condition féminine.

Nouvelle formule pour la course à la direction

À l'instigation des députés Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, une poignée de circonscriptions, dans Montréal-Centre surtout, feront adopter une résolution demandant au parti d'examiner une formule de course à la direction où l'ensemble de la population serait invité à voter pour le nouveau chef. Tous les citoyens qui s'engageraient à signer une déclaration sur leur adhésion aux valeurs du PQ et à la souveraineté pourraient voter pour le prochain chef péquiste. Une somme symbolique, de 2$, par exemple, serait demandée.

Alexandre Cloutier, ex-ministre des Affaires intergouvernementales, pousse fort pour ces «primaires ouvertes». «Il faut ouvrir les fenêtres, rassembler davantage. On doit aller chercher des gens qui sont sympathisants, qui ont le goût de contribuer au renouveau du parti. Ils sont susceptibles de revenir chez nous», expliquait-il à La Presse hier.

Quel impact aurait la nouvelle formule sur la course?

On peut penser sans grand risque de se tromper que Pierre Karl Péladeau est bien plus populaire auprès des électeurs péquistes. Étendre le vote à l'ensemble de la population n'augure rien de bon pour l'ex-magnat de la presse. En revanche, une Véronique Hivon, qui jouit d'une image favorable chez les électeurs de toute allégeance, pourrait profiter d'un vote universel.

Bernard Drainville, lui, porte comme un boulet sa Charte de la laïcité, désavouée désormais par des péquistes qui l'appuyaient pourtant sans nuance avant le naufrage du 7 avril. Sylvain Gaudreault passe des coups de fil, Martine Ouellet suppute ses chances de rassembler les péquistes de gauche. Il faut s'attendre à ce qu'ils soient nombreux sur la ligne de départ.

Si on en croit Marc Laviolette, président de Beauharnois, Pierre Karl Péladeau est susceptible d'attirer de nombreuses adhésions au Parti québécois, mais pour une raison inattendue. «Je connais beaucoup de syndiqués qui veulent devenir membres pour lui sacrer une volée!», lance sans détour l'ancien président de la CSN.

Pour lui, le PQ devrait cesser de chercher des «formules magiques» et se pencher sur les problèmes fondamentaux. André Boisclair en 2005 avait ratissé les cégeps, vendu bien des cartes de membres à des jeunes «qu'on n'a pas revus à la campagne électorale de 2007», se souvient Laviolette, alors candidat.

D'autres sources à l'interne prévoient qu'il y aura passablement de réticences chez les militants à l'endroit de cette formule. Seule Montréal-Centre l'a faite sienne. «C'est mitigé à ce stade-ci, convient Alexandre Cloutier, mais les gens ont le goût d'en connaître davantage, il y a un appétit pour un débat sur cette question.»

Cette mécanique ne nécessite pas de modifications à la Loi électorale, mais elle suppose que le PQ décrète la tenue d'un congrès spécial, cet automne, un passage obligé pour modifier les statuts du parti. Cette formule des «primaires ouvertes» a déjà été utilisée en France, notamment par le Parti socialiste français. Elle avait débouché sur la candidature de... François Hollande.




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