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Négociations salariales des employés de l'État

Les professionnels du gouvernement veulent plus que les autres

Le ministre des Finances Carlos Leitao devrait déposer... (Photo Édouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

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Le ministre des Finances Carlos Leitao devrait déposer son budget au début du mois du juin.

Photo Édouard Plante-Fréchette, archives La Presse

(Québec) Les 25 000 professionnels du gouvernement du Québec se disent «sous-payés» et réclament des augmentations de salaire supérieures à celles des autres employés de l'État.

Ils veulent un «rattrapage salarial important» et se comparent aux professionnels du gouvernement fédéral, qui gagnent 27% de plus en moyenne.

«On ne vit pas sur la planète Mars. On ne croit pas que le gouvernement sera en mesure d'octroyer des augmentations de salaire de 27% directement à l'ensemble des professionnels», a indiqué le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Richard Perron, en entrevue à La Presse. Mais l'objectif du syndicat est d'obtenir des «ajustements significatifs aux échelles salariales». Il n'a pas voulu chiffrer ses demandes, mais il a confirmé que les professionnels veulent des hausses de salaire plus généreuses que les autres employés de l'État.

C'est la raison pour laquelle le SPGQ a décidé de faire bande à part et de ne pas intégrer le front commun syndical (CSN, FTQ, CSQ, SFPQ, etc.). Formé en pleine campagne électorale, le front commun dévoilera ses demandes salariales avant le budget Leitao, dont le dépôt est prévu au début du mois du juin. Les conventions collectives échoient le 31 mars 2015.

Le front commun veut combler l'écart de 8,3% de la rémunération globale qui, selon l'Institut de la statistique du Québec, sépare ses membres des autres salariés québécois. Cela représente environ 2,5 milliards de dollars. Le front commun ne réclamera pas forcément une hausse de 8,3%, mais le principe du rattrapage sera au coeur de ses revendications.

Les hausses de salaire «paramétriques» que le front commun négociera s'appliqueront à l'ensemble des employés de l'État, y compris les professionnels. Mais ces derniers veulent arracher des augmentations supplémentaires en négociant directement avec Québec.

Contexte difficile

Le défi est de taille, dans un contexte où les finances publiques présentent un déficit encore plus grand que prévu. Québec doit trouver 3,7 milliards de dollars pour atteindre le déficit prévu de 1,75 milliard cette année. Le premier ministre Philippe Couillard a pour «objectif» de respecter sa promesse électorale de retour à l'équilibre budgétaire en 2015-2016, mais son ministre des Finances, Carlos Leitao, laissait entendre la semaine dernière que l'échéancier est compromis.

Richard Perron croit malgré tout que «la conjoncture est très favorable pour faire valoir l'importance d'investir dans les experts du gouvernement». La commission Charbonneau a montré que la perte d'expertise au ministère des Transports a préparé la voie à la collusion. Le fiasco des projets informatiques, cédés à l'externe, a prouvé l'importance de renforcer le rôle des professionnels du gouvernement, qu'ils soient analystes informatiques ou comptables, soutient-il. Ces professionnels servent «souvent à débusquer les entourloupettes que les entreprises privées voudraient nous faire» dans des contrats. «C'est un investissement de se redonner l'expertise interne. Ça va donner des économies d'échelle qui vont souvent du simple au double. C'est comme ça qu'on peut aider à rééquilibrer les finances publiques», a-t-il plaidé.

Il rappelle que Philippe Couillard lui-même demandait au président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, de «préserver l'expertise de l'État dans les domaines stratégiques», lors de la cérémonie de prestation de serment du Conseil des ministres la semaine dernière. «Préserver l'expertise» passe par une rémunération accrue des professionnels, croit M. Perron.

Il y aura un départ à la retraite «massif» de professionnels au cours des prochaines années. Les salaires versés par le gouvernement doivent être «compétitifs» si l'on veut attirer les meilleurs candidats, selon le chef syndical. «On est tellement convaincus que nos membres sont sous-payés par rapport au marché que partout les gestionnaires du gouvernement ont de la difficulté à embaucher. Il y a péril en la demeure!», a-t-il lancé.

Selon lui, les membres du SPGQ ont perdu plus de 30% de leur pouvoir d'achat depuis la réduction des salaires de 20% de 1980. D'autres catégories de professionnels ont obtenu un rattrapage salarial dans les dernières années, comme les ingénieurs, les procureurs de la Couronne et les juristes de l'État. Mais les professionnels du SPGQ «ont été laissés de côté de négociation en négociation, au nom de l'austérité, de la conjoncture, des finances publiques qui vont mal», a-t-il déploré. Il ne veut pas que l'histoire se répète.

EN CHIFFRES

80 731$

Rémunération globale moyenne - salaires et avantages sociaux compris - des professionnels

du gouvernement du Québec

102 739$

Rémunération globale moyenne des professionnels

du gouvernement fédéral

Source: SPGQ, sur la base des données de 2013 de l'Institut de la statistique du Québec

Qui fait partie du SPGQ?

Le SPGQ compte 25 000 membres, dont environ 18 000 dans la fonction publique, 4000 à l'Agence du revenu du Québec et 3000 dans les sociétés d'État, les réseaux de la santé et de l'éducation. Ce sont par exemple des comptables, des actuaires, des fiscalistes, des analystes en informatique, des agronomes, des chimistes, des physiciens, des géologues, des architectes, des arpenteurs-géomètres et des ingénieurs forestiers.

Rencontre aujourd'hui

Au moment où les négociations dans les secteurs public et parapublic se préparent, le premier ministre Philippe Couillard rencontre les présidents des grandes centrales syndicales aujourd'hui à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs. Les chefs syndicaux sont Daniel Boyer (FTQ), Louise Chabot (CSQ), Jacques Létourneau (CSN) et François Vaudreuil (CSD).




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