Couillard promet un «dialogue social» avant de couper

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Le premier minsitre du Québec, Philippe Couillard

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(Québec) Philippe Couillard entend lancer un « dialogue social » avant de donner le feu vert à des coupes importantes dans l'appareil public. Le premier ministre se montre également prudent face aux recommandations du rapport Godbout-Montmarquette, dont la privatisation partielle d'Hydro-Québec et de la Société des alcools du Québec.

Philippe Couillard entend lancer un « dialogue social » avant de donner le feu vert à des coupes importantes dans l'appareil public. Le premier ministre se montre également prudent face aux recommandations du rapport Godbout-Montmarquette, dont la privatisation partielle d'Hydro-Québec et de la Société des alcools du Québec.

M. Couillard a promis en campagne électorale de créer une commission permanente de révision des programmes gouvernementaux. Il n'a toujours pas précisé à quel moment cette commission sera créée ni qui la dirigera. Mais mardi, lors d'une conférence de presse à Clermont, dans Charlevoix - la circonscription que détenait Pauline Marois -, M. Couillard a indiqué que les recommandations de cette commission seront soumises à une consultation.

« Je veux qu'on ait le temps d'avoir un dialogue social autour de ces questions-là, qu'on puisse interpeller la société lorsque les experts de la future commission de révision feront leurs recommandations. Ce n'est pas vrai qu'on va aller de l'avant sur des enjeux qui sont très sensibles dans la société sans avoir un minimum d'échanges avec la société civile », a-t-il expliqué.

La forme que prendrait ce « dialogue social » n'a pas encore été arrêtée. « On n'a pas nécessairement besoin de faire un grand sommet comme il a été le cas dans le passé », a indiqué M. Couillard en faisant allusion au sommet sur le déficit zéro de Lucien Bouchard. « Il y a d'autres formules qui ont été utilisées dans d'autres États où ils ont fait ce genre d'opération de révision de programmes. » Il a évoqué l'idée de mener des consultations à l'Assemblée nationale. « Il y a plusieurs formules possibles. On est en train d'étudier ça et de voir ce qui est le plus efficace. »

Il a toutefois prévenu qu'il est « excessivement déterminé à apporter les changements structurels nécessaires » pour remettre à flot les finances publiques. « Il ne faut pas s'attendre à l'unanimité à partir du moment où on fait des changements importants. Nécessairement, tout le monde n'est pas d'accord, nécessairement des gens s'estiment plus ou moins avantagés par les changements suggérés. Ce qui est important est de les présenter de façon ouverte et de donner l'occasion aux gens de s'exprimer », a-t-il soutenu.

Tout en ne montrant aucune précipitation dans la révision des programmes, il a promis de « poser des actions structurantes pour réduire les dépenses et nous rapprocher de l'équilibre budgétaire » dès le budget, prévu au début du mois de juin.

Le gouvernement Couillard a pour « objectif » d'atteindre le déficit zéro en 2015-2016 mais le ministre des Finances, Carlos Leitao, laissait entendre la semaine dernière que cet échéancier est compromis en raison de l'état des finances publiques. Pour cette année seulement (2014-2015), Québec doit trouver 3,7 milliards de dollars pour respecter la cible de déficit prévu de 1,75 milliard.

À l'issue de la première réunion de son conseil des ministres mercredi dernier, le premier ministre a annoncé les premières mesures pour corriger le tir : un gel d'embauche dans la fonction publique et parapublique, des « gains de productivité » représentant 2% de la masse salariale des employés de l'État, une réduction de 3% des dépenses administratives dans les ministères, les organismes publics et les établissements des réseaux de la santé et de l'éducation. Il espère ainsi dégager des économies de 490 millions de dollars.

Mandatés par Philippe Couillard au lendemain des élections pour examiner l'état des finances publiques, les économistes Luc Godbout et Claude Montmarquette ont dévoilé vendredi leur rapport qui recommande un remède de cheval : gel de la masse salariale des employés de l'État, hausses de tarifs, abolition de crédits d'impôt aux entreprises et privatisation partielle d'Hydro-Québec et de la Société des alcools du Québec. « Il n'est pas acquis qu'on va donner l'aval à tout ce qui est écrit dans le rapport en termes de recommandations », a indiqué Philippe Couillard.

L'idée de privatiser en partie des sociétés d'État n'est « pas à court terme » dans les cartons. « Ce n'est pas quelque chose qu'on va vouloir lancer tout de suite. Si, et j'insiste sur le si, une telle chose était considérée, voilà l'exemple d'un dialogue social ou d'un débat à avoir. Ce n'est pas quelque chose qu'on va lancer à brûle-pourpoint. On va utiliser les autres (moyens) également à notre disposition », a-t-il dit.

Luc Godbout et Claude Montmarquette suggèrent d'aller de l'avant avec l'augmentation du tarif des garderies subventionnées prévue dans le dernier budget Marceau. Le gouvernement Marois voulait faire passer le tarif de 7 $ à 9 $ par jour, ce qui rapporterait à l'État 125 millions de plus par année à terme. Mais Philippe Couillard a réitéré son engagement de limiter la hausse à l'indexation. Il a souligné que l'augmentation prévue par le Parti québécois représente une facture « considérable » de 1000$ par année pour une famille comptant deux jeunes enfants. « Je ne veux pas créer ce genre d'impact. Je veux maintenir le fardeau fiscal des Québécois où il est actuellement et, surtout, épargner les familles de la classe moyenne et à faibles revenus », a-t-il plaidé.

Comme La Presse l'a révélé mardi, le front commun syndical des employés de l'État présentera bientôt ses demandes salariales, avant le budget Leitao. Son objectif est de combler le recul de 8,3 % de la rémunération globale de ses membres par rapport aux autres salariés québécois, selon les données de l'Institut de la statistique du Québec. Cette revendication se chiffre à environ 2,5 milliards de dollars. Le pourcentage de 8,3% ne représentera pas nécessairement la demande syndicale à la table de négociation, mais le principe du rattrapage sera toutefois au coeur de son plaidoyer.

Selon Philippe Couillard, « c'est de bonne guerre qu'à l'approche du début des négociations chacun établisse ses positions ». Sans commenter directement la revendication syndicale, il a lancé un avertissement : « Il faut s'assurer d'avoir des demandes et des engagements qui sont compatibles avec la capacité de payer des contribuables. On voit quel est l'état des finances publiques. On a des resserrements importants à faire. Il faut que chacun y participe, c'est clair ».

Il compte rencontrer les dirigeants syndicaux « au cours des prochains jours ». Il s'est déjà entretenu avec certains d'entre eux récemment. Il veut « un rapport de communication ouverte » avec le front commun. « Les syndiqués sont des citoyens du Québec et sont comme nous tous préoccupés par la précarité des finances publiques », a-t-il dit alors que les syndicats ont déjà condamné publiquement son discours sur l'austérité budgétaire.

Philippe Couillard était à Clermont, où l'activité forestière est importante, pour annoncer une hausse de 42 millions de l'enveloppe dédiée aux travaux sylvicoles, qui passe ainsi à 225 millions pour 2014-2015. Le 7 avril, le Parti libéral a causé la surprise en s'emparant de la circonscription de Charlevoix, celle que détenait la première ministre sortante Pauline Marois.

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