Stratégie électorale: foulards ou dollars?

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Le Salon Bleu de l'Assemblée nationale où siègent les députés.

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(Québec)

Analyse. Aujourd'hui, en marge du caucus de ses députés, le chef libéral Philippe Couillard tiendra un point de presse pour parler d'économie.

Il reprendra son argumentation le lendemain et la semaine prochaine. Ce sera la même chose en octobre. Il martèlera le même clou jusqu'aux élections. Car c'est pour lui une question de vie ou de mort. Si le chef libéral ne parvient pas à faire porter la prochaine campagne électorale sur l'économie, lui et son parti seront, sérieusement, dans le pétrin. Le PQ, lui, a clairement choisi son cheval de bataille cette semaine: les questions identitaires.

L'idée de la tenue d'élections dès cet automne fait son chemin dans les officines péquistes. Bien sûr, aucune décision n'est encore prise, mais les prochains sondages, sur la satisfaction à l'endroit du gouvernement Marois et les intentions de vote, seront déterminants.

Les péquistes ne s'inquiètent guère du ressac causé par les propositions de Bernard Drainville à Montréal. Le reste du Québec se méfie viscéralement de la métropole, de ses élites. Ce qui n'est pas acceptable dans l'île de Montréal jouit d'un préjugé favorable à Gaspé, à Saguenay, à Huntingdon...

Autre morceau du puzzle du camp péquiste: le gouvernement Marois a stratégiquement débloqué 2 millions de dollars pour une vaste campagne de publicité destinée à vendre son projet de charte. Et les millions de dépliants distribués dans tous les foyers ne coûteront pas un sou au trésor de guerre du PQ, même s'ils porteront essentiellement sur ce qui constituera le coeur de la plateforme péquiste. Des précampagnes payées par les fonds publics... une bien vieille recette.

L'argent est toujours le nerf de la guerre: c'est ce qui permet d'acheter des panneaux publicitaires - les fournisseurs sont, ces jours-ci, courtisés par les partis politiques qui leur demandent des soumissions... «au cas où!».

Le DGE se tient prêt

Au bureau du Directeur général des élections, on a développé un sixième sens pour prévoir les humeurs des politiciens. Le DGE Jacques Drouin vient d'appuyer sur le bouton: son bataillon de directeurs d'élections devra être prêt pour une campagne lancée au début de novembre, tout de suite après les élections municipales - opération de routine, explique-t-on. Il n'en demeure pas moins que ce scénario paraissait impossible il y a quelques semaines à peine.

Le PQ pourra-t-il faire porter la campagne sur les thèmes identitaires? La position du gouvernement paraît clairement alignée sur des sondages d'opinion passablement sophistiqués.

En dehors de Montréal, le port du voile ou de la kippa n'a pas la cote. On est plus tiède quand vient le temps de toucher aux crucifix - M. Drainville ne décrochera pas celui de l'Assemblée nationale. Il a aussi bien vite saisi la perche des tribunaux pour éviter de se prononcer sur le bien-fondé de la prière aux réunions du conseil municipal de Saguenay.

Autre avantage pour le PQ

Le déclenchement d'élections cet automne offrirait un autre avantage, significatif pour le gouvernement: il lui éviterait de présenter un budget déficitaire le printemps prochain. Les signes venus du ministère des Finances sont constants: les recettes ne sont pas au rendez-vous, en particulier du côté de la taxe de vente. La base électorale du PQ ne tient pas mordicus à l'équilibre budgétaire; on veut surtout éviter de nouvelles compressions. Mais quand on espère aller puiser des appuis volatils au sein de la Coalition avenir Québec, mieux vaut ne pas montrer un budget imprimé en rouge.

Les libéraux pourraient-ils brandir l'épouvantail du déficit caché? Les plus vieux se souviendront que Robert Bourassa avait gagné sa première campagne, au printemps, en soutenant que Jean-Jacques Bertrand essayait de se faire réélire avant de déposer un budget dévastateur. Mais, plus récemment, Jean Charest s'est fait réélire avec une majorité en 2008, même si tout le monde savait que l'économie allait piquer du nez et que la Caisse de dépôt allait confirmer des pertes historiques dans les semaines suivant le scrutin.

«L'ordre... ou la rue?» Il y a un an, Jean Charest avait parié l'emporter avec une campagne sur ce thème qui divisait le Québec du printemps érable. Les anglophones appellent cela des wedge issues, des questions qui polarisent les électeurs autour d'un enjeu aussi limpide que «crémeuse ou traditionnelle». On lance les dés, le débat, quand on pense que la majorité tombera de notre côté.

La prochaine fois, ce sera: «Foulards ou dollars?»

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