La vie après la politique

Gilles Duceppe, Pierre Curzi, Liza Frulla, Jean Doré... (Photo: archives La Presse)

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Gilles Duceppe, Pierre Curzi, Liza Frulla, Jean Doré (de gauche à droite).

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Louise Leduc
La Presse

Jean Charest, Gérald Tremblay, Gilles Vaillancourt, Richard Marcotte, maire de Mascouche, et de nombreux péquistes, libéraux et ex-adéquistes ont quitté la vie politique au cours de l'année - quand ce n'est pas la politique qui les a largués. Comment fait-on le deuil du pouvoir après y avoir consacré parfois toute une vie ou l'avoir touché de près? Quatre ex-politiciens se racontent.

GILLES DUCEPPE: le politicien dans l'antichambre?

Une semaine après sa défaite, Gilles Duceppe venait de raconter, en conférence de presse, que ses enfants l'appelaient tous les jours pour vérifier «s'il était correct». Au micro, il avait l'air tellement secoué que la journaliste qui devait poser la question suivante n'avait pu s'empêcher de lui demander la même chose: «Et alors, êtes-vous correct?»

Il faut dire que la chute a été brutale. Deux semaines avant le scrutin, raconte Gilles Duceppe, le Bloc avait «20 points d'avance».

«Dans les premiers jours suivant l'élection, je n'arrêtais pas de penser que j'étais le chef souverainiste qui avait conduit ses troupes au pire échec. Seulement quatre députés élus. Je ne pensais qu'à cela, jusqu'à ce que je réalise que tout n'était pas noir, qu'avant cela, j'avais aussi connu cinq victoires.»

Pendant 20 ans, Gilles Duceppe a eu une soixantaine de personnes dans sa garde rapprochée - y compris un chauffeur et des gens qui recevaient ses appels téléphoniques, etc. Il trouvait étrange de ne plus avoir toute cette ruche autour de lui.

Mais le plus difficile demeure de s'habituer au rythme de la vie normale. «Une campagne électorale, ça demande beaucoup d'efforts. Même quand on en sort gagnant, on ressent ensuite une grosse baisse d'adrénaline. C'est encore plus vrai quand on a perdu et que, soudainement, on a 24 heures devant soi et qu'il faut se réhabituer à un taux d'adrénaline normal.»

Pour s'aider, Gilles Duceppe s'est remis à fond au vélo et il a passé beaucoup de temps en famille. «C'est auprès de nos proches, dans ces moments-là, que l'on trouve ce qu'il nous faut pour nous remettre sur pied.»

Pas facile, tout de même, de passer à autre chose quand à l'épicerie, au marché, partout les gens se ruent sur nous pour nous assurer qu'ils ont voté pour nous et que c'est tellement dommage... Après cela, allons comprendre comment on a subi une cuisante défaite!

Gilles Duceppe s'est graduellement reconstruit une vie professionnelle. Il a décroché une chronique et un blogue chez Québecor. Il donne son opinion, toutes les semaines. Il fait précisément ce qu'on reproche à d'anciens chefs de parti. «Comment peut-on tout le temps insister sur l'importance de l'implication citoyenne et refuser son droit de parole à un ancien politicien? Aux États-Unis, cela se fait couramment, qu'il s'agisse de Jimmy Carter ou de Bill Clinton.»

«Comme politicien, on est appelé à réagir tous les jours, à se faire demander ce qu'on pense de ceci ou de cela. On a cet entraînement, et ça ne se perd pas. Alors oui, la politique me manque parfois, mais je constate qu'on peut aussi avoir un impact en écrivant.»

Il reste à voir si la politique est bel et bien sortie de ce corps et s'il a fait une croix sur la mairie de Montréal, comme il l'a assuré...

JEAN DORÉ: réellement désintoxiqué

Jean Doré se souvient de s'être retrouvé à peu près seul dans une salle de cinéma, un jour de semaine, et d'avoir pensé: «Dire qu'il y a deux semaines, j'étais maire de Montréal!»

C'est en suivant les conseils de son médecin qu'il y était allé, au cinéma. Il a consulté un médecin après sa défaite à la mairie parce qu'il craignait de faire une dépression. «Le médecin m'a rassuré et m'a dit que ma léthargie n'était pas une dépression, mais une chute radicale d'adrénaline. J'étais carrément en sevrage de cette vie folle faite de journées de 15 à 16 heures de travail.»

«À la mairie, l'élection se tient un dimanche et, huit jours plus tard, quand on a perdu, on doit avoir fait nos boîtes. Comme élu, on a trois mois de salaire pour se faire une tête sur ce qu'on veut faire ensuite.»

Redevenir avocat? Après la vie trépidante qui avait été la sienne, Jean Doré ne se voyait pas dans un bureau à se plonger dans de fastidieuses procédures.

«Quand on est défait comme maire, on n'a plus de valeur marchande. On a perdu, on a l'air loser et les offres d'emploi ne pleuvent pas. On m'a bien offert de devenir vice-président aux affaires gouvernementales dans une grosse entreprise, mais je n'en ai pas eu envie. J'avais été patron, j'avais pu prendre des décisions, je ne me voyais pas en simple relais de décisions prises ailleurs.»

Jean Doré s'est finalement fait une niche dans les technologies de l'information, il s'est recentré sur sa famille et ne manque plus les moments importants. «Quand ma mère est morte, j'étais maire et je me trouvais à New York. Je suis vite rentré à Montréal, mais elle était morte 15 minutes plus tôt. Je n'ai pas pu l'accompagner à son dernier souffle.»

LIZA FRULLA: la page tournée

«On a été très courageuse, on a livré notre discours de défaite, on a consolé tout le monde, puis le lendemain matin, c'est le vide total. Je me souviens d'avoir regardé [mon conjoint] André et de lui avoir dit: «Je suis finie, je pense que je ne travaillerai plus jamais.» Il m'a répondu: «Peut-être que t'as raison, mais ce n'est pas grave.»»

Liza Frulla craignait que le scandale des commandites - survenu avant son arrivée chez les libéraux fédéraux - emporte sa carrière par ricochet, après lui avoir coûté son poste de ministre du Patrimoine.

«J'ai eu beaucoup de peine, ç'a été un deuil. Le plus dur, outre de perdre ma super équipe de sous-ministres, c'était de ne pas pouvoir finir ce que j'avais entrepris alors que je savais ce que nous avions dans les cartons. Et là, le Patrimoine passait aux mains des conservateurs.»

Les témoignages d'appréciation, notamment ceux venant du milieu culturel, ont été un baume pour elle. Puis est arrivé ce travail à la chaîne Évasion, suivi de la course à la direction du Parti libéral, dans laquelle elle s'est impliquée en appuyant Michael Ignatieff.

Aujourd'hui commentatrice à la télévision, Liza Frulla affirme qu'elle a «fait une croix sur la politique». «En politique, on ne s'appartient plus. J'ai une vie, maintenant.»

Mme Frulla est satisfaite du rôle de pédagogue politique qu'elle joue au petit écran, mais elle sait bien que «la seule façon tangible de changer la société, c'est de devenir législateur».

PIERRE CURZI: le désillusionné

Pierre Curzi refuse le cynisme et l'amertume, mais il ne cache pas sa désillusion. «Je suis fatigué d'entendre que la politique est l'art du compromis. La politique, c'est plutôt l'art de la compromission.»

La compromission, comme dans «ce qu'on entend à la commission Charbonneau»? Oui, mais cela va au-delà. «Je parle surtout de ces mains sales qu'on a quand on cède à une opinion pour ses propres intérêts ou pour garder le pouvoir.»

Pour garder le pouvoir, pour cadrer dans son camp. À un moment donné, cela n'a plus été possible pour Pierre Curzi. Pour lui, le coup de l'amphithéâtre à Québec, c'en était un de trop. Il a choisi de tourner le dos au Parti québécois pour siéger comme indépendant.

Ce qui l'a le plus troublé lors de son passage en politique, c'est «cette prise des leviers du pouvoir décisionnel de la société par une certaine élite financière et culturelle, par un certain establishment».

Il admet qu'il y a des jours où il se dit qu'il aurait pu goûter au pouvoir, être ministre de la Culture. «Je sais que sa marge de manoeuvre est très limitée», souligne-t-il toutefois.

De son passage en politique, il retient d'ailleurs à quel point l'appareil de l'État est lourd, presque immuable et imperméable au changement - et pas uniquement dans ces secteurs mammouths que sont la santé et l'éducation. «Même à l'intérieur de son propre parti, il est difficile de faire cheminer ses idées, on se heurte à une résistance importante.»

«Je n'avais pas prévu à quel point, en politique, tout en étant toujours occupé, je me sentirais terriblement seul.»

Seul au milieu de la foule de journalistes? «Vous savez, les journalistes ne sont pas toujours un réconfort à la solitude», lance-t-il dans un grand éclat de rire.

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